«Le cinéma, ce n’est pas quelque chose qui fonctionne tout seul»
Le réalisateur algérien Lyès Salem était, lundi en soirée, à la cinémathèque d’Oran pour la présentation, en première nationale, de son premier long métrage «Mascarades». Il a bien voulu, avant la projection, répondre aux questions de La voix de l’Oranie.
La voix de l’Oranie: Vous décrochez, en 2003, un César pour un de vos premiers courts métrages, «Cousines». En 2008, «Mascarades», vous récidivez avec votre premier long métrage en arrachant la plus haute distinction du 1er Festival du film francophone d’Angoulême. Vos coups d’essai s’avèrent de vrais coups de maître..
Lyès Salem: Je ne sais pas si on peut appeler çà des coups de maître. Bon, c’est vrai pour mes films «Cousines» et «Mascarades». Je suis très heureux de m’apercevoir que ce que je peux faire trouve un écho favorable auprès des jurys, j’en suis très heureux. Je crois surtout que je m’entoure bien avec des gens qui sont de très bons professionnels dans leur domaine. Là dessus, je ne sais pas si j’ai encore quelque chose à dire.
-Le film «Mascarades» sort dans les salles en Algérie en première mondiale. Doit-on voir dans cette décision une volonté délibérée du réalisateur ou un «cadeau» de la production?
-Non, c’est une volonté délibérée.
-Comme ce fut le cas pour le film «Indigènes» de Rachid Bouchareb?
-Cà, je ne le savais pas, mais voilà, peut-être.
-Oran abrite depuis deux ans déjà le Festival international du film arabe...
-Oui, je le sais.
-Vous auriez pu participer à la seconde édition qui s’est déroulée en juin dernier?
-Je n’ai pas pu participer parce qu’on n’était pas prêt, le film n’était pas encore fini.
-Le cinéma algérien est aujourd’hui en crise après avoir connu des années de gloire. Votre sentiment sur cette agonie de l’industrie cinématographique algérienne?
-La situation du cinéma aujourd’hui est liée à la situation économique et sociale du pays, elle ne dénote pas. Et s’il y a eu effectivement un moment où le cinéma algérien alignait de très bonne qualité avec le climat du moment «Chroniques des années de braise» de Mohamed Lakhdar Hamina, forcément une fois que l’Etat s’est retiré, a fermé les entreprises... C’était un cinéma étatique, il faut bien le rappeler. Le cinéma, ce n’est pas quelque chose qui fonctionne tout seul. Il a besoin d’une industrie. Comme toutes les industries, s’il n’y a pas une volonté politique de promouvoir cet art, il ne peut se passer grand chose parce que cela coûte de l’argent. On a besoin de salles pour exploiter, de laboratoires de mixage, de matériels technologiques, de formation...
-Vous trouvez normal qu’il ne doive sa survie qu’aux quelques produits de cinéastes expatriés?
-Il y a beaucoup de gens qui sont expatriés, qui vivent à l’étranger, qui ont peut-être trouvé des moyens qui sont un peu différents du fait de l’endroit où ils sont basés, où le cinéma est quelque chose qui a pris plus de sérieux, en tous cas quelque chose qui est porté, où ils essaient de trouver des fonds pour participer à un cinéma qui soit algérien. Cela ne fait pas d’ombre du tout aux Algériens qui sont sur place, bien au contraire. Cela crée une synergie. J’ai pour preuve tous les films qui se sont faits dernièrement en Algérie grâce à des événements comme l’année de l’Algérie en France ou Alger, capitale de la Culture arabe, 2007. Je sais que c’est un faux débat de savoir d’où on vient, l’important est que le cinéma algérien se fasse, que les techniciens travaillent, les acteurs aussi et que la production ou la réalisation qu’elle vienne d’Alger, d’Oran, de Sidi Bel Abbès ou de Toronto, pour moi cela n’a pas d’importance.
-C’est la première fois que vous venez à Oran?
-Oui, c’est la première fois.
-Votre film sera projeté à la cinémathèque qui a vu défiler les plus grands noms du cinéma universel.
-Je le sais. C’est une très belle salle. J’ai fait des essais tout à l’heure. Je crois que l’on va avoir sûrement une belle projection.
-Vous pensez déjà à votre prochain film?
-De loin.
Entretien réalisé par G. Morad
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Posté par : sofiane
Source : www.voix-oranie.com