«93% des 17.000 chercheurs nationaux ne produisent rien du tout»
Le professeur Hafid Aourag, enseignant-chercheur à l’université de Tlemcen et au Centre de recherche universitaire (CRU) de Sidi Bel-Abbès, vient d’être nommé officiellement à la tête de la nouvelle direction générale de la recherche scientifique et du développement technologique créée dans le sillage de la restructuration récente du ministère de tutelle.
Nominé pour le prix Nobel de physique en 2006, reconnu comme l’un des meilleurs chercheurs en 2006 par l’université de Cambridge, considéré par l’OCI comme le meilleur chercheur des pays islamiques, Docteur honoris causa aux Etats-Unis, ce physicien hors pair présente assurément une carte de visite des plus impressionnantes qui le désigne d’office, de l’avis même de nombre de scientifiques nationaux et étrangers, comme l’une des personnalités les plus aptes aujourd’hui à prendre en charge les destinées de la recherche scientifique et du développement technologique en Algérie. De passage à Sidi Bel-Abbès, il a bien voulu nous entretenir des missions et objectifs assignés à cette nouvelle structure d’organisation de la recherche dotée, pour la première fois, d’une entière autonomie administrative et financière.
La voix de l’Oranie: La nouvelle direction générale créée par le ministère de tutelle est appelée désormais à prendre totalement en charge en Algérie le volet de la recherche scientifique et du développement technologique. Concrètement, comment se présentent les choses pour vous?
Le professeur Hafid Aourag: L’état a défini 34 priorités nationales en termes de recherche, c’est-à-dire 34 programmes englobant à peu près l’ensemble des secteurs d’activités connus… Au niveau de notre direction générale, nous sommes appelés donc à mettre au point l’ensemble de ces programmes. Pour ce faire, il y a une toute une organisation qui est mise en place. Il y a d’abord ce que l’on appelle les comités-programmes. Ce sont des panels d’experts qui vont se réunir pour essayer de mettre au point des projets de recherche autour de ces priorités nationales. La nouveauté que nous avons introduite dans le nouveau mode d’organisation est que nous avons décidé d’intégrer dans les comités-programmes les compétences nationales exerçant à l’étranger. Donc, nous avons fait appel à des compétences avérées, reconnues à l’échelle internationale, pour étoffer ces comités et apporter leur expérience dans la mise en place de ces programmes de recherche et assurer leur suivi-évaluation dans le temps. Une fois établis par ces comités d’experts, ces programmes seront soumis à des commissions intersectorielles qui sont au nombre de 10 et non de 34. Pourquoi, diriez-vous? Parce que nous avons des programmes qui ont des ‘’affinités» entre eux et imposent inévitablement, pour qu’il n’y ait pas de redondances, une nécessaire collaboration entre les secteurs concernés. Dans une seconde phase, ces programmes seront soumis à l’organe suprême en la matière qui est le conseil national de la recherche scientifique et du développement technologique, dont les travaux seront présidés par le chef du gouvernement. Au bout de la chaîne, c’est pour ainsi dire à ce conseil national que revient le droit d’avaliser ou non les programmes établis. Les programmes finalement adoptés feront par la suite l’objet d’un appel à projets lancé à l’intention de la communauté de chercheurs nationaux exerçant en Algérie et à l’étranger. Les chercheurs intéressés peuvent soumettre leurs projets à l’appréciation des comités-programmes qui décideront de la pertinence de les retenir ou non. Une précision: les programmes établis en référence aux priorités nationales déjà définis par l’état s’inscrivent tous dans un réel contexte de développement socioéconomique du pays. Il s’agit pour nous, non pas de faire de la recherche pour de la recherche mais faire de la recherche un véritable instrument de développement… En somme, aller vers des choses concrètes en rapport avec les conditions de vie du citoyen algérien.
- Un échéancier précis a-t-il été prévu pour la concrétisation de tous les programmes et projets retenus par votre structure?
- Nous sommes actuellement en pleine phase de constitution de ces commissions intersectorielles qui vont se réunir à partir du mois de novembre en cours pour commencer à établir les programmes. Le lancement des projets doit se faire au plus tard avant la fin janvier 2009. Pour tout dire, nos objectifs ne se limitent pas uniquement aux programmes nationaux de recherche. C’est tout le tissu scientifique algérien qui est concerné par l’organisation à mettre en place. Notre but est de créer des pôles de compétitivité, des pôles d’excellence et des technopoles. Connaissant la zone de Sidi Bel-Abbès qui a une vocation agricole et électronique, nous essaierons de mettre en place des centres de recherche dans ces deux domaines précis. Dans la même lancée, nous allons proposer également la construction des centres de recherche similaires, mais d’autres domaines de spécialités, dans les régions centre, Ouest, Est et Sud du pays, et ce, selon les vocations et les compétences présentes. Enfin nous avons en voie de finalisation un grand projet intitulé «Grands équipements». L’état soutient une série d’actions considérées comme stratégiques pour le pays pour que nous puissions disposer chez nous d’une recherche de pointe dans des domaines de spécialités bien spécifiques. Nous envisageons donc la création d’un centre national de recherche, à la hauteur de nos espérances, avec l’acquisition de grands équipements ultramodernes qui seront dirigés par des compétences scientifiques étrangères des plus confirmées et secondées des experts algériens qui se formeront au fur et à mesure sur ces instruments de pointe pour prendre, par la suite, la relève dans le cadre d’un réel rapport de transfert de technologie.
- Dans cette configuration nouvelle, que deviennent alors les agences nationales de recherche, telle l’ANDRU ou encore les laboratoires et centres universitaires existants?
- Il va sans dire que dans le cadre de cette organisation nouvelle de la recherche, certaines de ces agences sont appelées à être dissoutes… Parce que les textes de loi en vigueur prévoient la création d’agences thématiques et non pluridisciplinaires comme ce fut le cas auparavant. L’ANDRU gérait jusque-là la recherche universitaire dans son extrême diversité et dans une thématique bien définie. On ne peut pas mélanger dans une même structure de recherche la biologie, la physique et les sciences sociales. Désormais, chaque domaine de spécialités devra disposer de sa propre agence. Cela dit, nous voulons que la recherche arrive aussi à se dissocier administrativement de l’université. Il faut donner une autonomie réelle au chercheur dans la gestion directe de son laboratoire. Mais d’ici là, pour mettre définitivement de l’ordre dans ce milieu, nous allons d’abord commencer par établir un audit sur le réseau de laboratoires actuellement en activité, car certains d’entre eux n’ont même pas lieu d’exister. Le bilan se révèle pour nous des plus catastrophiques. A vous de juger: sur 17.000 chercheurs permanents et enseignants-chercheurs, il n’y a que 7 % de l’effectif total qui arrive à produire quelque chose en matière de publications internationales et de brevets. 93% de nos chercheurs potentiels ne produisent rien du tout. C’est pourquoi nous considérons que la priorité de l’heure doit nous inciter à investir également sur l’homme, pas seulement sur les équipements et les projets de recherche. Donc, il faut songer à motiver nos chercheurs en veillant à instaurer à leur profit un régime de primes qui soit réellement incitatif pour ceux d’entre eux qui sont les plus productifs. Aussi, il ne faut pas ignorer que la recherche repose en bonne partie sur la post-graduation, c’est-à-dire la masse d’étudiants inscrits en magister et en doctorat. Nous sommes en train de préparer un statut du doctorant qui permettra de régler beaucoup de problèmes posés par cette catégorie d’étudiants. Aujourd’hui, un jeune doctorant perçoit la même bourse que celui inscrit en première année universitaire. Avec un revenu de misère, c’est un véritable problème de survie qui se pose pour lui. Donc, dans le nouveau statut, il est attendu que le doctorant doit percevoir une bourse conséquente qui le mettra à l’abri de la précarité et s’investir totalement dans le travail de recherche. Nous envisageons également d’élaborer un statut du post-doctorant. Parce qu’aujourd’hui certaines filières d’enseignement sont pratiquement saturées dans la plupart des universités du pays. Même avec un doctorat, certains trouvent les pires difficultés immenses à se faire recruter… Alors qu’on a passé tant d’années à les former, on ne va pas maintenant les jeter à la porte ou les pousser à s’exiler ailleurs. Donc, dans le cadre dudit statut, pour éviter toute déperdition, la direction générale que je dirige prévoit de les recruter par contrat et les intégrer directement à nos programmes de recherche.
- En dehors de la recherche universitaire, le développement technologique et l’ingénierie, la recherche en sciences sociales et humaines, l’information scientifique et technique, qui constituent, entre autres, l’essentiel de votre plan d’action, vous avez retenu d’autres axes de recherche revêtant un caractère prioritaire pour le pays…
- Effectivement, il y a des aspects que la DG est loin d’avoir négligés dans son programme. Un exemple parmi tant d’autres, celui des risques majeurs (séismes, inondations, éboulements et catastrophes diverses) qui représentent pour nous l’une des plus grandes priorités nationales. Sur la question, vous n’êtes pas sans ignorer que nous avons déjà réunis à Alger des compétences avérées (Portugal, Italie, France, Algérie…) qui ont eu à gérer des observatoires de catastrophes naturelles dans leurs pays respectifs. En ce qui nous concerne, nous avons mis en place déjà un comité national d’experts chargé de l’élaboration d’un programme pour la gestion des risques majeurs. Notre objectif est d’aboutir à la création d’un grand observatoire des catastrophes qui soit en mesure de modéliser, traiter, analyser et diffuser toutes les informations d’un phénomène donné. En clair, il y aura dans le futur observatoire un tableau lumineux matérialisant sur cartes les zones à risques susceptibles d’enregistrer des catastrophes naturelles et les experts et les décideurs auront tout le loisir de suivre l’évolution en temps réel des phénomènes et d’agir en conséquence. C’est en somme un projet global qui entre dans le cadre d’un programme intersectoriel très varié. Nous souhaitons que dans une année ce centre d’observation des risques majeurs soit opérationnel et fournisse ses premiers résultats aux experts. Par ailleurs, nous avons aussi retenu d’autres programmes importants concernant le solaire et les énergies renouvelables en Algérie. Nous sommes en négociation avec des partenaires allemands pour la création d’un centre national d’énergies renouvelables. A ce titre, nous avons en projet la construction d’une future tour solaire sur un site de la nouvelle ville de Sidi Abdellah. C’est la deuxième dans le monde après celle qui existe déjà en Allemagne. Cet ouvrage futuriste nous permettra donc d’avoir une captation d’énergie solaire maximale et, partant, envisager une conversion de la transférabilité de l’énergie solaire en énergie électrique ou thermique.
- Toujours en matière de coopération scientifique internationale, quels sont vos objectifs principaux?
- Notre démarche est dictée par le seul souci de rendre plus ‘lisible’ l’Algérie en matière de recherche scientifique et adhérer à tous les organismes de recherche internationaux pour pouvoir collecter le maximum de fonds de financement. Plusieurs actions sont engagées avec le NEPAD, la communauté européenne, des pays ayant pour nous un caractère spécifique… Voilà à peu prés la stratégie globale de cette nouvelle direction générale.
Entretien réalisé par A. Abbad
Mr AOURAG VS AVEZ PUBLI2 UN ARTICLE PARLANT DE LA FINALISATION DU STATUT PARTICULIER DU PERSONNEL DE SOUTIEN à LA RECHERche le 26 février 2011 or jusqu'à ce jour on attend tjrs le résultat de cette finalisation mais en vain svp ou en es ce statut et surtout que la date limite de bene ficier de l'effet rétroactif a été fixé au mois de Juin 2011 merci de ns répondre
benira chahinez - employé au CNERIB - alger, Algérie
17/04/2011 - 13711
JE SUIS TRES HEUREUX DE
ADEL ABBES - SIDI BELABBES, Algérie
11/12/2010 - 9161
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Posté par : sofiane
Source : www.voix-oranie.com