63 harraga interceptés au large d’Oran
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Dans la nuit de samedi à dimanche, une énième embarcation transportant des candidats à l’émigration clandestine a été interceptée par les garde-côtes, au large d’Oran.
La particularité de cette autre tentative qui dépasse l’entendement est que l’embarcation de type sardinier, de 9 mètres de long, transportait… 63 personnes. Agés entre 16 et 35 ans, tous ces jeunes sont originaires de la ville d’Oran: Ras el-Aïn, les Planteurs, le centre-ville, la place Valéro, Saint-Pierre, M’dina J’dida, etc. Selon une source informée, la préparation de la traversée a duré un mois et l’embarcation, portant le nom de «El-Aâti Allah», est immatriculée à Beni Saf sous le numéro BS 472. Les informations recueillies n’ont pas révélé les modalités de son acquisition, si elle avait été volée ou si elle devait servir à la traversée avec la complicité de son propriétaire. Toujours est-il, celui qui l’a mise à la disposition des harraga semble avoir réalisé l’affaire de sa vie, les harraga ayant payé 15 millions de centimes chacun pour pouvoir prendre part à ce voyage vers l’eldorado européen. Près d’un milliard de centimes donc, plus précisément 945 millions de centimes, ont été récoltés pour cette traversée qui, si elle avait réussi, aurait été une affaire en or pour le «passeur».
De source digne de foi, on apprendra que les garde-côtes sont intervenus à la suite d’une information qui leur est parvenue, indiquant qu’une embarcation transportant des harraga était en difficulté au large d’Oran. Aussitôt après, les recherches ont débuté, et ce, dès samedi vers minuit. Ce n’est que le lendemain (hier), vers midi, que le bateau des garde-côtes accostait avec à son bord les 63 harraga ainsi que le sardinier qu’il remorquait.
De l’eau sera distribuée aux harraga par les militaires qui avaient pris place auparavant sur les quais du port. Cinq par cinq, les jeunes ont été par la suite priés de se diriger vers un bureau spécial, installé à même le quai, pour l’enregistrement de leur identité et de leur filiation. Nous avons eu l’opportunité de nous approcher de l’un d’eux et de pouvoir lui poser quelques questions sur cette mésaventure. Il s’agit du jeune Miloud, âgé de 27 ans, habitant à la place Valéro. «Le départ a été pris à partir de la plage d’Aïn El Turck», devait-il déclarer en précisant que, «à cause de la charge trop lourde, l’embarcation évoluait difficilement et lentement sur l’eau avant de s’arrêter à quelques milles de la côte.» Il ajoutera que «l’embarcation s’est arrêtée une première fois, mais a pu redémarre avant qu’une deuxième panne ne l’immobilise complètement». «A l’arrêt, le sardinier a commencé à vaciller et nous voyions alors notre rêve d’atteindre Almeria vaciller également», raconte le même Miloud. «Nous avons cru alors que c’était notre dernière heure» dit-il en faisant remarquer que, «la mer qui était calme au départ, a commencé subitement à s’agiter» de sorte qu’ils n’avaient rien d’autre à faire que d’attendre, soit la mort, soit un sauvetage salutaire. C’est ce dernier que la Providence leur envoie. «Grâce à Dieu, nous avons vu venir les garde-côtes. Je l’avoue, ne n’ai jamais été aussi heureux de voir des hommes en uniforme que cette fois», lancera-t-il. Le jeune Miloud signalera, par la suite, que lui et ses compagnons ont été bernés par un «passeur» qui leur avait promis une traversée à bord d’un chalutier. «Nous avons payé pour une traversée en chalutier. 15 millions de centimes constituent une somme importante que l’on n’accepte de donner que si on est sûr d’arriver à bon port. On n’aurait jamais payé autant ni accepté d’être en si grand nombre si on avait su que nous allions partir à bord d’un sardinier de 9 mètres. Malheureusement, nous avons été mis devant le fait accompli, le jour même du départ, et étions donc obligés de tenter le coup», raconte Miloud.
Interrogé sur les motivations qui l’ont conduit à prendre ce risque, il dira qu’il est orphelin de père et de mère, et qu’il n’a pour toute famille que son frère, en expliquant: «Je n’ai pas trouvé de travail et mes conditions de vie sont lamentables. Ma vie, comme celle de tous ceux qui sont assis là, sur ce quai, tournant le dos à Oran et continuant à regarder la mer, est pénible. Vous croyez que si nous avions -n’allons pas jusqu’à dire la belle vie!- mais au moins une vie décente, nous nous serions jetés ainsi à la mer? C’est le fossé qui se creuse chaque jour davantage entre nous, les pauvres malheureux et les riches, ainsi que toutes les fausses promesses des autorités de nous assurer les conditions d’une vie normale qui nous poussent au suicide.»
Miloud et ses 62 compagnons d’infortune ont été remis, hier après-midi, entre les mains des gendarmes qui devront les auditionner et les présenter à la justice pour tentative d’émigration clandestine.
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Posté par : sofiane
Source : www.voix-oranie.com