Le sénateur John McCain est un vrai héros américain. Il a été un aviateur courageux, aux états de service tout à fait honorables. Contrairement aux chicken hawks («faucons froussards») qui ont évité de servir pendant la guerre du Vietnam mais trépignent d'impatience à l'idée d'envoyer de jeunes Américains se battre en Irak, la vie de McCain est en accord avec sa politique.
Au Sénat, tout en soutenant le choix de la guerre en Irak du président Bush, il est prêt à défendre son indépendance de point de vue sur des problèmes comme la réforme des finances des campagnes électorales et le réchauffement climatique. Par conséquent, lorsque McCain, candidat à la présidence, déclara que s'il était élu il travaillerait avec les démocrates et les indépendants et chercherait le consensus, il était tout à fait crédible. Après tout, c'est exactement ce qu'il faisait en tant que sénateur. Tout portait donc à croire qu'il choisirait celui qui ferait campagne avec lui selon cette approche. Son ami le sénateur Joseph Lieberman, ancien démocrate et partisan de la guerre en Irak, semblait son choix le plus logique.
Nous savons ce qui s'est passé. Lorsque sa campagne s'est trouvée apparemment au point mort, McCain a fait de la bonne communication - à l'intention des fondamentalistes de droite de son propre parti. Le gouverneur Sarah Palin est alors monté sur la scène nationale, le verbe triomphant. Quoiqu'on puisse dire des opinions du gouverneur, personne ne peut qualifier le choix de la hockey mom d'Alaska d'audacieuse tentative de consensus.
Elle a été choisie, pour emprunter le jargon des analystes, pour dynamiser la base du parti, notamment les radicaux qui se méfient du manque d'enthousiasme de McCain pour les causes qui les passionnent, comme le créationnisme et l'interdiction de l'avortement.
Selon les calculs de campagne de McCain, un outsider politique aux visions simplistes devrait séduire les électeurs blancs de la classe moyenne. En outre, une femme vice-présidente peut éventuellement attirer les électeurs déçus par la défaite d'Hillary Clinton en faveur de Barack Obama dans la course à l'investiture démocrate. Pour l'instant, le choix Palin semble avoir été payant.
Les questions sur son passif ont été esquivées, son inexpérience est élevée au rang de vertu et toute critique est taxée de sexisme. Fort de mon expérience de responsable électoral lors d'une campagne politique britannique, il me semble que les démocrates devraient garder à l'esprit trois choses importantes.
Tout d'abord, Palin n'est pas candidate à la présidence. Il est impossible de l'imaginer survivant à une campagne pour des primaires. Elle n'aurait jamais résisté aux rigoureuses investigations menées au cours des mois de campagne. Cela dit, personne ne semble disposé à se pencher sur son héroïque manque de qualifications à s'asseoir à un battement de cil du Bureau ovale. Deuxièmement, c'est McCain que les démocrates devraient attaquer. C'est lui qui veut être président, pas la femme de l'Alaska. C'est la vision de l'économie et des affaires étrangères de McCain, et non l'opinion de Palin sur Darwin et les méfaits de l'éducation sexuelle, qui devraient servir de cible.
L'économie n'est pas le point fort de McCain. Alors que Wall Street était en train de s'effondrer, il maintenait que les fondamentaux de l'économie américaine étaient encore solides. La solution de McCain semble être un prolongement des politiques de Bush - des réductions fiscales pour les riches, et des promesses de réduction des dépenses publiques. Comment y croire ?
Sous Bush, les républicains ont transformé d'énormes surplus en déficits d'une profondeur terrifiante. La crise hypothécaire et l'étranglement du crédit ont mené à des mesures de renflouement de banques et à la nationalisation d'assureurs de crédits hypothécaires. L'Amérique a besoin de contenir ses dépenses fiscales et celles de ses ménages, afin de pouvoir réduire les sommes qu'elle emprunte et qu'elle doit.
Ce n'est pas facile, quand les riches deviennent toujours plus riches - et qu'ils font la noce comme jamais depuis les folles années 20 - et que le revenu des ménages moyens stagne depuis trente ans.
L'égalité sociale n'est pas sans importance, même en Amérique, le pays des opportunités. Lorsqu'ils entreront dans l'isoloir en novembre, les Américains voteront-ils pour des problèmes de guerre des cultures» - le sexe et les armes - ou en pensant à l'hypothèque qu'ils ne sont pas sûrs de pouvoir rembourser ?
En ce qui concerne les affaires étrangères, c'est Obama qui a dit avec justesse que l'Amérique doit cesser de concentrer ses activités militaires sur l'Irak pour se tourner vers l'Afghanistan. Son adversaire a commencé par ridiculiser ce qui est rapidement devenu la sagesse populaire. Al-Qaida possède encore des bases avec les talibans à la frontière entre l'Afghanistan et le Pakistan. Si l'on veut sérieusement les maîtriser et les éradiquer, il faut mener une campagne efficace dans la province d'Helmand, au Waziristan du Nord et du Sud, et dans les régions troublées entre les champs de pavot d'Afghanistan et les madrasas du Pakistan.
Enfin, si les États-Unis veulent du changement, pourquoi élire une liste qui épouse justement les attitudes caractéristiques des années Bush, et qui illustre certaines des raisons de son impopularité et de ses échecs, de la bigoterie partisane et des agressions de la raison et de la science jusqu'au rejet des opinions du reste de l'humanité au nom du principe l'Amérique d'abord» ? Si j'étais un démocrate, j'abandonnerais Palin à la merci des enquêtes des blogueurs. Les élections sont trop importantes pour nous tous pour commencer et finir avec elle. Je reviendrais au problème central. C'est là que les élections seront gagnées ou perdues.
Traduit de l'anglais par Bérengère Viennot
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Posté par : sofiane
Ecrit par : Chris Patten *
Source : www.lequotidien-oran.com