Quelque cinquante parlementaires de vingt-cinq pays d'Europe à la rencontre des leaders politiques des pays du Moyen-Orient (Jordanie, Israël, Territoires palestiniens et Egypte) pour s'informer et se faire une opinion des réalités complexes de cette région. Quatre jours d'immersion totale, vécus comme une sorte de compression du temps de l'espace. Démarche inédite. Pour ne pas en rester, l'idée est d'ancrer durablement cette initiative des « Parlementaires pour la paix ». Récit. Après les immenses espoirs suscités par les années Oslo, censées conduire Juifs et Arabes vers la paix (1993-2000), le scepticisme, la méfiance et le retour à l'état de guerre larvée ou déclarée avaient réoccupé, ces dernières années, les esprits des peuples de la région. Une vraie régression car tous les réflexes mortifères avaient refait surface. S'abandonner au fatalisme est la pire des postures ! C'est justement pour contrecarrer ce type de sentiment que la mission (Parlementaires for peace) a donc convié une cinquantaine de parlementaires, députés, sénateurs et autres élus) de vingt-cinq pays d'Europe pour aller parcourir, en quatre jours (en février 2008), la Jordanie, Israël, la Palestine et l'Egypte à la rencontre des dirigeants politiques de ces pays. Echanges d'avis et de cartes de visite... Regards et propos croisés sur la paix et l'urgence de la mettre en application. La Jordanie est une véritable caisse de résonance du conflit israélo-palestinien où 45% de la population est d'origine palestinienne. « Il n'est guère de famille en Jordanie qui n'ait un de ses membres (fils, cousin ou autre parent) en Cisjordanie. Tout ce qui s'y passe a des répercussions ici, chez nous », nous dit Dina Lahlou, directrice de Rubicon, une ONG internationale. Parmi les parlementaires européens, certains connaissent déjà la région pour s'y être rendus à plusieurs reprises, d'autres viennent pour la première fois. Ils sont de France, du Portugal, d'Espagne, de Roumanie, d'Allemagne, de Suède ou de Lettonie... Un véritable kaléidoscope politique en mouvement ! Temps fort de cette visite, l'audience avec le roi Abdallah II. Dans un round-up géopolitique, le roi, jeune et moderne, a déroulé son argumentaire. Il considère que l'« année 2008 est un tournant ». Pour lui, les deux principaux interlocuteurs de ce conflit sont en phase. « Le courant passe très bien entre Ehud Olmert et Mahmoud Abbas. Ils comprennent les problèmes. La communauté internationale doit les soutenir », s'empresse-t-il de préciser. Et d'ajouter en guise d'alerte : « Si les négociations ratent, l'avenir sera sombre pendant longtemps ». Le roi semble aussi extrêmement préoccupé par la situation irakienne, laquelle a poussé un million d'Irakiens à se réfugier dans son pays. « L'Irak doit être aussi stable que possible », souligne-t-il avant de reconnaître l'« énorme défi posé sur le plan de la sécurité du Royaume par le terrorisme venu d'Irak ». Nous avons pris en bus la direction de Jérusalem. Des moments saisissants de cette traversée en route : vallée du Jourdain, Pont du Roi Hussein pour les uns, Pont d'Allenby pour les autres, mer Morte, traversée des territoires palestiniens, entrée dans Jérusalem... Succession de villages palestiniens et des « nouvelles villes » ou des colonies, c'est selon. Puis, le fameux mur de séparation ou barrière de sécurité... Ici, les mots sont les reflets des revendications des uns et des autres. La seule porte de sortie, pour ne pas sombrer dans ce piège, est de choisir le vocabulaire précisé dans les résolutions onusiennes. Et encore ! Les commentaires des parlementaires vont bon train. Les interrogations fusent. Chacun intériorise, autant que faire se peut, les images prises ici ou là, pour pouvoir entrer, après décantation, dans une phase d'interprétation. Détour par le mont des Oliviers, au moment du coucher du soleil - d'une rare intensité -, pour « voir » la vieille ville de Jérusalem : mosquées, églises, chapelles, etc. Un profil magique surligné par la lumière du soleil couchant. Et, chacun de nous, conscient de cet instant qui ne se reproduira pas de si tôt, de chercher à immortaliser l'événement ! Cet exercice se répétera dans l'enceinte de la vieille ville : devant le mur des Lamentations. Des religieux, avec leurs habits noirs, chapeaux et paillottes... sont happés par l'ivresse de ces Lieux saints. Conviés à un dîner de gala à la présidence, par Shimon Peres, le président de l'Etat hébreu a livré ses analyses de la situation. « Il y a une différence entre un régime politique et un régime religieux. Les religions ne font pas de compromis ». « Il serait aisé de retourner à Gaza, mais nous ne le ferons pas. Nous ne bougeons pas ». Il écarte l'idée de « punition collective », et d'ajouter : « Notre position sur Gaza est la même que celle de M. Abbas... Il faudra attendre les élections palestiniennes de janvier 2009 pour que le problème de Gaza soit résolu ». En attendant, c'est par l'économie qu'il faut passer. « Il faut créer des pôles industriels en Cisjordanie. L'aide financière est très problématique ». Joao Soares, le président de la délégation parlementaire portugaise à l'OSCE, se dit « inquiet » par la situation dramatique des Palestiniens de Gaza. Pierre Besnaïnou, qui, de par ses origines tunisiennes, se veut être le trait d'union entre Juifs et Arabes, a résumé ce dilemme terrible : « Nous savons où nous voulons aller, en termes de vision stratégique. Mais nous ne savons pas comment y entrer ». Les différents acteurs de ce drame sont-ils vraiment prêts à entrer dans ce cercle vertueux ? Direction Ramallah pour une rencontre avec Salam Fayyad, le Premier ministre palestinien. Cet homme incarne la nouvelle génération des dirigeants de ce peuple. Il s'est attardé sur les réformes économiques qu'il compte mener, en précisant sa volonté de lutter contre la corruption. Il n'a pas peur des mots en se livrant à cette autocritique : « Pourquoi sommes-nous dans la situation dans laquelle nous nous trouvons. Nous avons échoué lamentablement ». Sa tâche est considérable, et semble l'angoisser : « Il faut reconstruire le pays. Mais par où commencer ? », avoue-t-il, avec sincérité. Sa priorité : remettre l'économie en marche. « 250 projets doivent être mis sur pied » s'empresse-t-il de dire, mais, au passage, il fait ce constat : « Les check-points nuisent au développement économique ». Retour à Jérusalem, et rencontre avec Tzipi Livni, ministre des Affaires étrangères. « Ce conflit est entre les extrémistes et les modérés », indique-t-elle. Terrorisme, Hamas, Hezbollah, Iran... sont au coeur de tous les discours. Le chef de la diplomatie israélienne n'a pas manqué de lancer cette pique : « L'initiative de la Ligue arabe n'est pas acceptable telle qu'elle est. L'idée de normalisation est très bonne. Mais nous voulons la paix avec les Palestiniens ». Déjeuner à la Knesset, avec Mme Dalia Itzik, sa présidente, en présence de députés israéliens. Propos croisés. Rappel des fondamentaux des positions de l'Etat hébreu. En fin d'après-midi, rencontre avec Ehud Olmert, le Premier ministre israélien très à l'aise lors de son intervention, en maniant l'humour. Ses propos peuvent être résumés en une phrase : négociations directes avec les Palestiniens. Pas d'intermédiaires, donc ! Car, pour lui, « Un pays arabe sur deux est plus extrémiste que les Palestiniens ... » ! Notre marathon se poursuivra avec un dîner dans un restaurant en ville qui s'appelle « Darna » (Chez nous). Gastronomie marocaine et musique arabe rythmeront la soirée. C'est dans ce contexte que l'on a pu entendre Avi Dichter, ministre de la Sécurité intérieure, nous parler du portrait-type des kamikazes palestiniens. Récit, anecdotes, descriptif détaillé de l'univers mental des « bombes humaines ». Lendemain, petit déjeuner au King David Hotel, en présence de Benyamin Netanyahou, président du Likoud. Fidèle à ses positions, il faut se concentrer sur ce qu'il appelle « la paix économique », repoussant à plus tard toute solution politique. Cap est mis sur Ramallah pour une rencontre avec Mahmoud Abbas, le président de l'Autorité palestinienne, à la Mouqataa. Mahmoud Abbas nous a livré sa vision personnelle. Il dit croire au processus de paix. Et rappelle les réunions régulières entre Palestiniens et Israéliens pour faire avancer les dossiers. Au passage, il dénonce le « coup de force » du Hamas ! Départ pour le Caire, dernière étape de ce périple où la rencontre avec Hosni Moubarak a été annulée, pour des raisons de calendrier. La seule fausse note de ce voyage. Elle est due à la partie égyptienne. Au terme de ce périple exceptionnel d'une rare intensité, les organisateurs comptent prolonger durablement cette initiative des « Parlementaires pour la paix », afin de faire dialoguer les représentants des peuples, pour établir des passerelles et tenter de faire avancer la paix. « Nous sommes là pour apporter une modeste contribution à la paix, nous dit Pierre Besnaïnou. Je crois que Juifs et Musulmans pourront vivre ensemble. Cette cohabitation est possible ! »
Parlementaires pour la paix
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Posté par : sofiane
Ecrit par : Reportage de Hichem Ben Yaïche
Source : www.lequotidien-oran.com