Le dialogue intègre les valeurs
Le divorce islamo chrétien né des croisades allait plutôt susciter des oeuvres peu favorables à l’Islam durant plusieurs siècles. A la suite de Raymond Lulle en Espagne (1276) et du Concile de Vienne (1311) l’Arabe allait être étudié et traduit au même titre que le Syriaque ou l’hébreux et des traducteurs sérieux allaient faire connaître l’immensité de la civilisation arabo musulmane : Averroes grâce à Michael Scot (1280) Moïse Ben Tibbon, Albert le Grand (1206-80) et bien d’autres traducteurs introduisirent science, philosophie, art et culture de l’Islam en Occident, Il faut également, noter l’apport remarquable du petit royaume de sicile sous Roger II et Charles d’anjou. Notons que la première imprimerie officielle en langue arabe. Historiquement c’est avec François I que se restaure une connaissance non polémique de l’Islam associé à la Turquie de Soliman le Magnifique allié du Roi de France contre Charles Quint. (Traité des capitulations, après Pavie (1526) - Ainsi dès 1530 se fonde l’orientalisme français au Collège de France crée par François I. Par la suite François Savary (1615) crée la première imprimerie de langues orientales à Paris grâce à laquelle DURYER (1647) retraduit en Français (et non plus en latin) le texte Coranique. En 1793 enfin, est crée par le Directoire la fondation des langues orientales illustrée par Volney puis Sylvestre de Sacy qui détermineront la campagne d’Egypte de Bonaparte.
Depuis lors les courants culturels n’ont cessé d’alimenter la connaissance réciproque entre la France et l’Islam concrétisée en 1926 par l’ouverture de la Grande Mosquée de Paris et illustrée aujourd’hui par plus de 5 Millions de musulmans en France.
De très nombreuses traductions du Coran sont aujourd’hui à la disposition du public francophone. Mais ces traductions remplacent-elles le texte sacré ? La lecture en langue Française du Coran se heurte à bien des difficultés inhérentes à la traduction d’un texte religieux transposé d’une culture à l’autre, et par ailleurs, comme le note Régis Blachère (l’introduction au Coran) a suscité ce qu’il appelle «un certain désarroi du lecteur non arabisant». Il faut, dit-il : «lui faire sentir toute les difficultés, les incertitudes et les ignorances qui, à chaque pas, arrêtent le traducteur, l’astreignent à la prudence et l’obligent à des aveux. En d’autres cas, il convient de mettre loyalement le lecteur non arabisant au fait des approximations et des insuffisances de la traduction offerte à sa curiosité ; il doit pouvoir y discerner ce qui est sûr, indiscutable, parce que tiré sans effort de l’original arabe, et ce qui est subjectif, susceptible d’interprétations différentes, parce que fondé sur l’exégèse islamique et la philologie européenne ; tout doit être justifié à ses yeux et il faut, par suite, qu’il trouve dans la version offerte une réponse aux questions qui surgissent naturellement dans son esprit et aussi à celles qu’il se poserait s’il était islamisant.
Enfin le lecteur est en droit de réclamer du traducteur une présentation telle du Coran que ce livre recouvre son allure vivante et sa primitive harmonie, en perdant cet aspect chaotique que lui a donné une recension insoucieuse de la chronologie.
Y a t-il donc pour des raisons de forme et de fond une distanciation irréductible dans l’approche coranique en langue française ou plus généralement la lecture française de l’Islam dans ses textes et ses pratiques se heurte-t-elle à une impossibilité de transmettre cette sensibilité particulière, cette vibration ou cet effet magique que les musulmans cultivent si ardemment à la lecture du Coran Arabe ? « Nous l’avons révélé en vérité en tant que Coran Arabe, peut-être réfléchirez vous ? « Coran (43-2) Au fond l’expressivité de la pensée arabophone trouve-t-elle toujours son équivalent francophone pour aboutir à l’évidence d’une pensée ineffable qui, comme dit Hégel : «Ne devient clair que lorsqu’elle a trouvé le mot.» Boileau lui-même plus poétiquement nous incitait: «ce qui se conçoit bien s’énonce clairement «et les mots pour le dire arrivent aisément... « Il n’en demeure pas moins pour le musulman, que hors cette difficulté toujours réelle de parvenir au cœur sacré de la poésie coranique par le seul secours de la langue française, il y a une grande utilité à connaître et à exprimer les autres aspects de sa religion avec les mots du français. Tout d’abord la pensée religieuse, tout-intuitive et spirituelle - ineffable par définition - n’est pas tributaire des seuls mots qui resteront toujours insuffisants quelle que soit la langue à dire les sentiments et les sensations nés de l’expérience du divin qui forment la part non verbale et indicible de la pensée humaine. Le sacré reste le sacré et nous pensons que si la prière, les rites et actes liturgiques de l’Islam doivent garder leur authenticité et leur vigueur arabophonique d’origine, il n’y aura pas d’inconvénient à ce que la francophonie - comme nous le faisons aujourd’hui - exprime l’intellect islamique, la réflexion et le commentaire avec les outils de la langue française d’une culture et d’une civilisation arabe qui gagnera la précision et même la richesse son passage à la langue française.
Suite et fin
Dr Dalil Boubakeur
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Posté par : sofiane
Source : www.voix-oranie.com