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LE CAIRE, CAPHARNAÜM La confrérie des Frères musulmans, l'autre caserne d'Egypte



De notre bureau de Bruxelles, Aziouz Mokhtari
Depuis 1928, date de leur entrée officielle sur la scène politique, encouragés, financés et drivés par les Anglais, les Frères musulmans guettent le moment propice pour prendre le pouvoir, un peu, puis un peu plus, puis tout le pouvoir.
Disciples de la tradition complotiste, sunnite, musulmane, très bien rodés depuis Mouâwiya et les Ommeyades ayant fourbi leurs armes à l'école anglosaxonne, aussi redoutable que félonne, les «frérots» savent y faire en politique, c'est sûr, il ne faut pas en douter. Le Conseil suprême des Forces armées vient tout juste d'être humilié devant le monde entier pour avoir supposé que Mohamed Morsi, président élu, se contenterait du rôle de potiche, de faire-valoir. Les militaires égyptiens, certes, affaiblis par la corruption, le déshonorant traité dit de paix avec Israël, honnis par la plèbe pour leur compromission avec la dynastie Moubarak, vont, sans doute, regretter amèrement leurs errements dans l'analyse qu'ils ont réalisée sur Morsi. Est-ce une faute de renseignement ' Les errements du maréchal Tantaoui, décideur en dernier ressort ' De fortes pressions américaines ' Nul ne peut répondre avec exactitude à cela, ce qui est sûr, pourtant, c'est que le nouveau raïs d'Egypte ne manque pas de témérité et a enclenché un vrai processus de décantation dans le pays. Vouloir rétablir le Parlement dissous par le Conseil des Forces armées est un acte majeur, aux conséquences graves, au sens politique et historique du terme. Mohamed Morsi, c'est dommage pour l'Egypte et pour l'ensemble du monde dit arabo-musulman, est, certes, un civil, mais le projet qu'il porte et qui le porte n'est pas civil. C'est une vision sociétale réactionnaire, féodale, anti-progressiste, qui relègue la femme, rétrograde les coptes, d'un mot, la confrérie des Frères musulmans apporte de très dangereuses réponses à de vraies questions, des drames réels. «El- Asker» ne sont pas aussi, il est vrai, une alternative. Depuis Nasser, voire du vivant de l'officier libre, les hauts gradés d'Egypte ont confondu intérêts personnels avec intérêts de la nation, ont pris l'Egypte comme bien privé, Masr ou Misr étant devenue, pour eux, une vraie poule aux œufs d'or. Israël et les humiliations qu'elle a fait subir à la caserne d'Egypte feront le reste. Aujourd'hui, Tantaoui et les siens sont à la tête d'un vaste empire économique (30% des richesses du pays) et contrôlent à peu près tout. En lâchant Moubarak pour empêcher une succession dynastique, l'armée égyptienne n'a pas prévu que la brèche ouverte par Square Tahrir et le renseignement égyptien était une digue qui pouvait emporter au-delà de Moubarak et de quelques autres. Les Etats-Unis qui soutiennent Morsi — le raïs d'Egypte est invité dès l'automne prochain en Amérique — n'accepteront pas un coup de force des militaires. D'ailleurs, ces derniers le pourront-ils ' Pas sûr, en face les Frères musulmans ne sont pas aussi désarmés et aussi civils que l'on croit. La confrérie est l'autre caserne d'Egypte. Le bras de fer commence et Tahrir n'est plus l'arbitre…
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