C'est une population en colère que nous avons rencontrée, hier, au niveau
du Terrain Gazelle à Kouchet El Djir, un quartier de la ville situé au fond
d'un oued défiant toutes les normes de l'aménagement du territoire.
Le traumatisme de ces trois derniers jours d'intempéries y est encore
vivace parmi les quelques 500 familles du quartier. Une population qui s'est
sentie abandonnée car elle était «seule» à affronter le déluge. «Ni les
services de la commune, ni ceux de la protection civile n'ont pu faire quelque
chose», affirme-t-on du côté des habitants. «On a dû s'organiser tous seuls en
construisant des sortes de barrages contre les eaux à l'aide de sacs de sables
qu'on a déposés les uns sur les autres devant nos portes pour éviter à ce qu'on
soit submergé par les flots», ajoutent-ils. La nuit du 25 au 26 janvier restera
longtemps dans les mémoires des habitants du Terrain Gazelle. Douze heures de
pluies torrentielles ont suffit à réveiller l'oued en furie qui a tout emporté
sur son passage. Un véhicule de marque Renault 18 qui a fait un bond de
plusieurs dizaines de mètres, est planté sous 50 centimètres d'un sol de boue
et de déblais comme pour témoigner de la violence du déluge. La voie menant au
quartier, dont une partie a été bitumée il y a à peine six mois pour permettre
l'accès des véhicules communaux chargés de la collecte des ordures, est
carrément éventrée. Même les réseaux souterrains de l'AEP et de l'assainissement
ont été déterrés. On croirait, sans exagération aucune, que le quartier a été
frappé par un violent séisme comme le laissent penser les tranchées que les
eaux ont creusées et dont les plus impressionnantes ont jusqu'à deux mètres de
profondeur. A la vue de ces dégâts, on se demande comment ces maisons précaires
ont pu résister aux torrents.
Pour les habitants du quartier,
même s'ils sont plus ou moins habitués à ce type de mésaventures suite à une
importante pluviométrie, cette fois-ci, les choses sont bel et bien
différentes. Pour eux, la violence des flots aujourd'hui, confirme les craintes
déjà exprimées par les anciens du quartier. En effet, selon ces derniers, les
travaux réalisés dernièrement en amont sur la route de la corniche supérieure,
ont fait que les eaux qui prenaient avant différents itinéraires, et dont une
bonne partie prenait la direction ouest vers les zones de Mers El Kébir, se
déversent aujourd'hui dans une seule et unique direction : le Terrain Gazelle à
Kouchet El Djir. C'est un changement de taille qui risque de causer une
catastrophe sans précédent, si les pouvoirs publics ne prennent leurs
dispositions. Autre facteur aggravant et non des moindres, les puits situés
dans la zone boisée mitoyenne du quartier, et qui servaient d'avaloirs naturels
en cas de fortes pluies, sont actuellement obstrués par les déblais que
certains particuliers rejettent, à l'abri des regards dans la forêt,
préviennent-ils. Mais l'urgence pour les habitants du quartier aujourd'hui est
de remettre en état la seule voie d'accès vers la «civilisation». Sans eau, ni
électricité, les sinistrés lancent un appel de détresse à l'adresse du wali
d'Oran, seul, selon eux, capable de prendre les décisions qui s'imposent. «Nos
enfants, particulièrement les plus jeunes, n'ont pas pu rejoindre leurs écoles
aujourd'hui. Même un homme adulte a du mal à franchir ces tranchées,»
affirment-ils. C'est pour cela, ajoutent-ils, «qu'on interpelle le wali en
personne pour assister la population.»
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Posté par : sofiane
Ecrit par : Houari Barti
Source : www.lequotidien-oran.com