Un cœur rayonnant de savoir sur la région du Sud-ouest
Depuis sa fondation par Sidi M’hammed Ben Abderrahmane Ben Abi Ziane, -connu sous le nom de Ben Bouziane-, la zaouïa de Kenadsa fut un pôle de rayonnement du savoir dans la région du Sud-Ouest, un lieu de réconciliation et de règlement de différends entre les tribus avoisinantes et un refuge pour les fuyards pour un délit quelconque.
Son fondateur, Sidi M’hammed Ben Abderrahmane Ben Abi Ziane, communément appelé Ben Bouziane, est né à la seconde moitié du XVIIe siècle dans une famille chérifienne vivant à l’embouchure de l’Oued Daraâ. Certaines sources font un étalage détaillé de sa vie et plus particulièrement l’écrit de Mustapha Ben Hadj Bachir, intitulé «Taharat el anfasse oua el arwah el jousmaniah fi tarika chadlia ziania». A la mort de son père, le Cheïkh M’hammed Ben Abi Ziane quitta le ksar de Tahata dans les environs de Kenadsa et se dirigea vers la Zaouïa de Tafilalet, lieu de résidence du Cheïkh Abi Bakr Benazza, grand propagateur de la tarika chadlia. Ce Cheïkh lui enseigna le Coran et les fondements de la tarika chadlia. Selon l’écrit «El mourabitoun wa l’ikhouan», il eut pour autre initiateur le Cheïkh Mébarek Ben Abdelaziz. Son initiation terminée, il se déplaça à Fès suite aux conseils de ses précepteurs. Il y demeura huit ans comme élève de grands ulémas de l’époque tels l’imam Mohammed Ben Abdelkader El-Fassi, Cheïkh Soussi et son cousin Mohammed Ben Ahmed El Fassi, Abou Mohammed Abdeslam Ben Ahmed Jassous El-Fassi et Ahmed Ben Larbi connu sous le nom d’Ibn El Hadj El Fassi entre autres. Après sa pérégrination entre Tafilalet et Fès, il entreprit un voyage vers les Lieux Saints de l’Islam pour accomplir le pèlerinage. Sur le chemin du retour, il visita le Caire, Tripoli et Tunis où il fut entouré par de nombreux demandeurs du savoir. Il rentra par la suite chez lui et il entreprit la construction de la Zaouïa autour de laquelle avait été érigé le ksar de Kenadsa. Le rayonnement de ce lieu de culte et de savoir se répandit sur la région et devint un pôle d’attraction pour des visiteurs venus de toute part, les uns à la quête du savoir, les autres pour régler leurs différends. Selon les sources de la Zaouïa Ziania, Sidi M’hammed Ibn Abderrahmane Ben Abi Ziane est le 37e dans l’ordre des Cheïkhs de la tarika chadlia fondée par Abou El Hassen Chadli au lieu dit Chadla, situé aux environs de Tunis et qui s’est fixé au Caire jusqu’à sa mort.
Cheïkh M’hammed Ben Abderrahmane Ben Abi Ziane mourut au mois de ramadan de l’an hégirien 1145 et correspondant à l’an grégorien 1733.
Selon Sidi Abderrahmane Laâredj, Cheïkh de la Zaouïa de Kenadsa à l’époque, la bibliothèque de cette zaouïa renfermait 3.000 manuscrits en 1950. Il y avait aussi un astrolabe, ce qui porte à croire que l’astronomie, science qui étudie les astres de l’Univers, tels que les planètes et leurs satellites, les comètes, les astéroïdes, les étoiles, ou encore les galaxies, était étudiée dans cette Zaouïa.
Le rapport, établi par le Capitaine Gilbert Bonachère de la S.A.S de Kenadsa au cours du mois de janvier 1960, mentionne que, lors de la perquisition du domicile d’Ibrahim, le neveu de Si Laâredj Abderrahmane, Cheïkh de la Zaouïa Ziania, tous deux réfugiés à l’étranger, un astrolabe arabe a été trouvé parmi les effets. Il décrit l’objet comme ayant la forme d’un quart de cercle en cuivre d’un rayon de 18 centimètres et muni d’un pendentif permettant de le fixer perpendiculairement et d’un bras mobile articulé permettant aisément la lecture sur le cadran comportant plusieurs noms de lieux et d’orientations gravés clairement en lettres arabes telles que Marrakech, Sijilmassa, Fès, Meknès, Salé, Ouazan, Tanger, Le Caire, La Mecque, Médine et en regard des noms de ces villes, les tropiques du poisson, du scorpion, du taureau, du bélier... etc.
Il est ajouté dans le rapport que cet instrument a été saisi pour faire l’objet d’une «étude approfondie» et qu’il n’est pas le seul à avoir été «découvert» dans la région. Ce que le rapport ne mentionne pas mais qu’on trouve sur un feuillet de la bibliothèque de la Zaouïa comportant une description détaillée est le fait que sur cet instrument le mot mile, qui, chez les Arabes mesure 400 coudées, y est clairement gravé.
Le fait que plusieurs astrolabes furent «découverts» dans la région ou du moins celui faisant l’objet du rapport du Capitaine Gilbert Bonachère est-il suffisamment probant pour dire que l’astronomie faisait partie des sciences étudiées dans la séculaire Zaouïa de Sidi M’hammed Ben Bouziane? Les habitants de la région les utilisaient-ils comme seuls moyens d’orientations dans leurs déplacements? Si c’était le cas, alors on pourrait dire qu’ils étaient initiés à la manipulation de ces instruments, chose qu’il n’est usité de faire sans un minimum de savoir en astronomie.
L’astronomie est divisée en plusieurs branches: l’astrométrie, qui étudie les positions et les mouvements des astres; la mécanique céleste, qui fournit une explication mathématique de ces mouvements par la théorie de la gravitation. Les voyageurs, et en particulier les navigateurs, apprirent à s’orienter en observant les astres. Astrolabe, en astronomie, instrument servant à mesurer la position angulaire des astres sur la voûte céleste. Il est constitué d’un cercle ou d’un arc de cercle gradué en degrés d’arc, avec en son centre un bras mobile articulé. Après avoir aligné le point zéro du cercle sur l’horizon, on déplace le bras de l’astrolabe pour viser l’astre considéré, sa hauteur (ou azimut) se lisant sur le cadran en regard.
En revenant au rapport du Capitaine Gilbert Bonachère de la S.A.S, on s’aperçoit que celui-ci, quoique soucieux du détail dans la description de l’astrolabe «trouvé», ne mentionne nulle part la destination qui lui a été allouée. A-t-il fait partie du butin de guerre personnel du Capitaine ou se trouve-t-il quelque part parmi tant d’autres curiosités «retrouvées» et faisant partie des collections des musées français?
Messaoud Ahmed
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Posté par : sofiane
Source : www.voix-oranie.com