Oran - Revue de Presse

La sakina ou la présence de plénitude



La sakina ou la présence de plénitude L’amour du prochain fait partie d’un certain oubli de sa propre présence, c’est à dire à faire rentrer dans son concept de présence la présence d’autrui, et cette présence d’autrui elle doit être vécue non pas comme quelque chose d’hostile, qui va nous manger l’air, qui va manger quelque chose de nous, ablatif de vous même, mais au contraire de datif, quelque chose qui va vous apporter vous donner. Le Coran dit : «Nous vous avons créé d’un homme et d’une femme, nous avons fait de vous des peuples et des tribus, afin que vous connaissiez les uns et les autres. Nous retrouvons même dans la différenciation du genre humain l’exigence de connaissance. Donc cette altérité des êtres est fondatrice de l’exigence d’amour pour les uns et pour les autres sinon c’est le mal, la non-présence, le mal. Vous occultez quelqu’un, vous le tuez quelque part. Moi qui ai beaucoup traité de musulmans en tant que médecin, surtout dans la période d’immigration des années 70. Ce qui m’avait frappé, mais fortement choqué, c’est non pas tellement que l’on ennuie ces hommes, à l’époque il y avait tout un système très intolérant, un autre discours avec une forte connotation rejetante. Ce n’était pas le plus grave. Il y avait ce que les Américains appellent un stroke, une espèce de contact, même dans l’autisme une mère qui bat son enfant, c’est un élément positif de contact, de relation, de lieu. Alors c’était l’absence même de regard. C’était des gens, on les regardait, ils passaient à ras des murs, ils n’attendaient ni regard et personne ne leur apportait la moindre attention. Eux ou le mur c’était pareil. Chosifier donc dans son esprit un être humain était une catastrophe à ce moment là, et c’est là où j’ai vu les conséquences en tant que médecin de cette situation psychologique et aussi de cette situation de privation affective quelle qu’en soit la nature. Donc cette rupture de la relation entre soi et autrui est une perdition, quelque chose de terrible qui efface une présence. Et quelque fois par l’esprit, quand vous effacez quelqu’un se trouve-t-il effacé. C’est complètement opposé à notre notion d’humanisme, et il faut parler de l’humanisme musulman. Et il n’y a pas que l’humanisme occidental qui fait qu’un autre est un exemplaire unique de création, je crois que Heidegger disait « Eisiger, l’unique », chaque être humain est un unique exemplaire en soi. Il y a un commencement, une fin, à ma perception, peut être pas dans l’absolu, mais andin pour nous il doit être un commencement et une fin de tout. Il n’est pas un objet, il est une vie, il est un tout que je n’ai pas le droit de diviser, de séparer. Cet exemplaire unique donc à la limite est quelque chose qui sacralise l’humanisme, qui est presque une religion de l’humain. Dans l’Islam il y a cette émergence de l’humanisme, justement dans le fait que la volonté de Dieu est de faire de chaque être humain le réceptacle du divin, et ce réceptacle est une préparation à son épanouissement, et que son épanouissement on n’a pas le droit de le freiner, l’épanouissement d’une présence. Alors là cela devient pour le croyant, c’est le véritable objet de l’ensemble créé, c’est à dire une humanité parvenue à son destin d’humanisme, de solidarité dans le Coran, d’humanité primaire. Ibn Arabî parle de l’homme parfait, d’homme premier, et de l’humanité d’homme premier qui selon sa conception aurait atteint au stade de tous, d’initié ou de prophète. A suivre... Dr Dalil Boubakeur
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