Oran - Revue de Presse

La question de l'armée en Egypte



Moubarak aurait quitté le pouvoir et son régime se serait effondré dès le premier vendredi de la révolte populaire en Egypte, s'ils n'avaient pas bénéficié de l'appui que l'armée leur prodigue subtilement. Il est par conséquent faux d'attribuer à cette armée une position de neutralité dans le bras de fer qui a opposé les manifestants de la place Ettahrir et autres lieux en Egypte à Moubarak et son régime.

 Certes, l'armée n'est pas intervenue contre les manifestants anti-Moubarak et a même proclamé qu'elle considère légitimes leurs revendications. Mais par ailleurs, elle a laissé faire, sans réagir fermement, les nervis armés du régime qui ont tenté de déloger par la violence les manifestants de la place Ettahrir. Il a été établi que des manifestants ont été arrêtés, interrogés et torturés par des éléments de l'armée. Que le haut commandement de cette armée a couvert les manipulations et manÅ“uvres tentées par Moubarak et le sérail du régime pour avorter la révolution du peuple.

 Si l'armée n'a pas ouvertement réprimé les manifestants, ce n'est pas parce que son commandement répugne à lui donner l'ordre. C'est que tout simplement il aurait été incapable de se faire obéir par une bonne partie des troupes. Il se trouve que le gros de l'armée égyptienne et du corps de ses officiers subalternes est composés de conscrits fils de ce peuple en révolte et nourrissant la même haine que lui contre Moubarak et son régime.

 Le haut commandement est lui peuplé d'officiers supérieurs attachés à la survie du système symbolisé par Moubarak parce qu'ils en sont des bénéficiaires privilégiés. L'intervention de l'armée aurait conduit à sa division et à la ruine de la confiance qu'elle a auprès du peuple égyptien, malgré le fait qu'elle soit le pilier et le bouclier du régime honni. L'accélération des évènements ces derniers jours en Egypte, la situation extrêmement grave pour le pays induite par l'entêtement de Moubarak et du sérail à préserver leur régime ébranlé et la montée en puissance irrépressible de la révolte populaire ont fait que l'armée n'a pu rester dans la position de «neutralité» qu'elle observait depuis le 25 janvier. Le moment est arrivé pour elle de se découvrir, en lâchant franchement Moubarak et sa cour. Après le départ de Moubarak, il y a cependant le risque d'une militarisation préservée du système qui se mettra en place. Autant dire alors que la révolution sera dévoyée et que l'armée gardera sa place et son rôle centraux et déterminants dans le pouvoir. Le peuple égyptien ne s'est pas soulevé pour en arriver à ça. Il l'a fait pour en finir avec le système qui, depuis 1952, régente son pays et dans lequel l'armée est l'acteur clef et l'institution disposant du droit régalien sur le sort de tout le peuple et de la distribution de ses richesses. Moubarak est parti. Mais son départ ne signifie pas la fin du problème fondamental dont souffre la nation égyptienne, qui est que l'armée depuis 1952 empêche l'instauration de la démocratie et d'un pouvoir civil auquel elle ne doit pas commander mais obéir. Un régime, même démocratique au possible après la chute de Moubarak, sera toujours sous tutelle militaire si la révolution ne va pas au terme de ses idéaux.


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