Oran - A la une

La dignité retrouvée de nos émigrés



Elle est derrière un immense drapeau aux couleurs nationales qu'elle tient fortement contre elle, à ses côtés son mari et son fils, un jeune homme d'une vingtaine d'années. Une famille presque ordinaire marchant avec conviction un vendredi à Oran. Pourtant, dans la voix de ce trio, une pointe d'accent du sud-ouest de la France, très reconnaissable, donnant un cachet particulier au "Dawla madania machi âaskaria", suivi par "Karim Younès maymathelnach" qu'ils reprennent en ch?ur? Cet été, cette scène et bien d'autres du même genre ont frappé les observateurs et les participants aux marches des vendredis, dont les rangs ont été grossis par nombre d'émigrés venus, comme de coutume, passer une partie de leur congé annuel au "bled". Mais cet été 2019 ne sera à nul autre pareil pour les émigrés qui ont passé leur temps entre plage, visites familiales et marches mêlés aux Oranais. Notre famille aperçue vendredi dernier réside à Perpignan. "Nous sommes ici parce que nous aussi sommes fiers d'être Algériens. Nous sommes là pour libérer notre pays de tous ces bandits", dit la mère de famille. Plus loin, comme pour expliquer que leur statut d'émigré, aujourd'hui, ne les coupe nullement de ce qui se passe au bled, elle ajoute : "Nous sommes avec notre peuple. Là-bas, nous sortons le dimanche et nous n'arrêterons pas !" Et du coup, l'on perçoit dans le ton de sa voix et dans son regard une pointe de fierté qui, désormais, s'exprime et s'affiche, et c'est aussi cela ce qu'a apporté comme évolution et bouleversement le hirak depuis le 22 février. Dans la même logique, ce sont encore d'autres émigrés venus de très loin, en l'occurrence de Montréal au Canada, et qui ont pris la peine de nous expliquer que "la révolution du 22 février 2019" est une révélation à l'étranger. "Cela fait 7 ans que j'ai émigré au Canada, et depuis le 22 février, des collègues de travail et des amis sont subjugués par les images qu'ils ont vues de ces millions de manifestants dans les rues où pas la moindre casse n'a été enregistrée", raconte Asma. Cette image de cette Algérie insoupçonnée est, en fait, aussi, une révélation pour Asma qui a dû tout quitter en Algérie parce qu'"en tant que femme, je ne pouvais plus vivre, ni travailler avec le poids de la société. Chaque jour, il fallait tenter de se faire respecter, dans la rue, au travail, supporter les blocages des supérieurs hiérarchiques, il n'y avait plus d'espoir, de perspectives". Et d'expliquer cette fierté reparue brutalement qui fait que pour la quasi-majorité des émigrés, c'est désormais la tête haute qu'ils peuvent dire "là-bas", oui, nous sommes Algériens. Alors pour ceux et celles qui ont passé leur mois d'août à Oran, les instants de communion avec la population, la famille, les instants retrouvés d'appartenance à un peuple à une terre, à une histoire ont été immortalisés à coups de vidéos, de selfies et d'échanges. Et les "Algériens d'ici" l'ont, eux aussi, si bien senti que, chaque vendredi, des milliers de voix lancent à la tête du pouvoir : "Klitou lebled, hajartou lawled?"
D. LOUKIL
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