
C'est une tranche d'instant vraie où l'homme trouve la capacité rare de devenir dieu et prophète en même temps. Un geste suffocant par sa sublimité et miroitant dans la profondeur des esprits la puérilité de l'a priori des guerres et des haines entre les peuples et qui tout compte fait prouve que l'espèce humaine dans sa vulnérabilité a toujours en elle insoupçonnés les attributs des grands apôtres.A Paris, boulevard Saint Michel. Par un froid sibérien un couple se promène en traînant le pas. L'homme d'une élégance racée passe devant un clochard français grelotant, assis à même le trottoir, pieds nus et en tricot de peau. Il s'arrête, se dévêtit de son manteau de cachemire neuf et griffé et le pose sans mot dire sur les épaules de l'infortuné sans abri couvrant et réchauffant ainsi un grand roman livré à la faim et au froid. L'homme défroqué de son couvre dos reprend sa promenade comme si de rien n'était.Inattendu dans l'indifférence générale des passants, le geste réfléchi et pesé par le promeneur sain de corps et d'esprit paraît inouï. La force du don est l'?uvre à ciel ouvert d'un Algérien dont la nationalité est dénoncée par deux ou trois mots qu'il adresse à sa femme qui l'accompagnait. On aurait aimé l'interroger, le presser de répondre à moult interrogations sur l'Humanité pour comprendre la densité de sa générosité particulière, mais son élan en lui-même suffisait à démontrer l'ampleur d'un coup de c?ur dépouillé de ces calculs et de ces réflexions qui ont fini aujourd'hui par transformer la Terre entière en jungle et l'espèce humaine en condensé d'animalité de plus en plus affirmée. L'interrogatoire aurait été superflu car le c?ur est plurilingue et parfois il emprunte le langage de l'absolu qui éblouit.Cet éblouissement-là est voyage vif et brûlant à travers des contrées palestiniennes, syriennes, et autres encore plus lointaines où des hommes s'entretuent rendant la prédation un jeu passionné donnant libre cours au décompte des assassinats de femmes et d'enfants. Il est grandiose secousse de la conscience pour que se percutent dans la tête des passants, les tragiques randonnées forcées des migrants avec le refus de la compassion. Il est leçon de générosité et de solidarité qui atteste que l'Homme du Sud sait donner et se défaire de son bien quand l'humanisme réclame un sens. Il est simplement sublime définition de la vie.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : M Abdou BENABBOU
Source : www.lequotidien-oran.com