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L'ENTERREMENT DISCRET À MARSEILLE DE L'UNION POUR LA MEDITERRANEELa mer promise



Ironie du sort ou signe des temps, à Marseille l'on a inauguré un musée de la mer, le Mucem, destiné à la Méditerranée. Ou à l'Union pour la Méditerranée''
Au même moment, les présidents des parlements européens de la rive sud du grand-bleu étaient en conclave avec en face d'eux, à l'autre bout de la table, les riverains nord de la mer chère à Chypre, aux investisseurs offshore, à la Grèce antique et qui compte une majorité de pays endettés, au bord du gouffre, aux déficits endémiques et à l'avenir incertain. Au centre des deux rives, le président du Parlement européen (PE), Martin Shultz, socialiste, que veut bien signifier cela, ici et maintenant, et allemand de son état. Que veut Shultz'' Redonner vie à l'Union pour la Méditerranée et permettre de vraies convergences entre les habitants de l'espace Ulysse.
Depuis 1995, pourtant, date de la proclamation du processus de Barcelone, traité juste et généreux entre le nord et le sud de l'Europe, tout a été dit et évalué, posé, analysé, scruté, diagnostiqué pour que la Méditerranée, tous versants confondus, aille bien. Mieux, devienne intéressante, prospère. Bruxelles, hélas, a choisi, dès Barcelone proclamé, de dévier, de contourner les accords de la Costa-Brava, de louvoyer, de piétiner les engagements.'L'Europe du Nord, repue, égoïste, sous pression et commandements allemands et aux ordres des marchés et des agences de notation, délaisse son flanc sud, notamment le Maghreb, pour n'avoir d'yeux que pour l'Est, les ex-Balcans, les ex-satellites de l'ex-URSS (Pologne, Tchéquie, Slovaquie, Slovénie...), tout bénéf pour Berlin mais rien de bien substantiel et de gagné pour les autres. Les intérêts de l'UE et de l'OTAN se mélangent, alors, coïncident avec le règne de Manuel Barroso, président de la Commission européenne.
Ce dernier plus proche de l'Amérique que défenseur de la construction européenne, véritable représentant des marchés, ultra-libéral, partisan zélé de Bush junior, au plan économique et politique, surnommé, ici, le Texan de Bruxelles, casse, petit à petit, et un à un, tous les mécanismes de coopération avec le Maghreb et même avec l'Europe du Sud. Même le Portugal, son pays natal et dont il a été le chef de gouvernement pendant de longues années, ne trouve pas grâce à ses yeux, et est remballé comme les autres, comme un malfrat. La mission de Barroso n'était pas de construire l'Europe, mais de déconstruire tout ce qui pouvait s'opposer aux marchés, aux bourses, aux actions, aux tribulations de la haute finance, aux casinos bancaires... Le processus de Barcelone, à défaut d'être formellement mis en cause, c'est un traité, pas possible de le tuer publiquement, a été vidé de sa substance. Barroso et les siens, soutenus, il est vrai, par des chefs d'Etat et des parlementaires-lobbyistes, inventent d'autres structures et d'autres cadres et les juxtaposent sur Barcelone. La politique de bon voisinage dit PEV qui éloigne Oran, Tunis, Rabat, Alger, Annaba, Monastir, Tripoli de Bruxelles et rapproche de la capitale européenne Kiev'd'autres villes de l'extrême-est du continent. Au grand dam des sudistes. Des pays comme l'Espagne, l'Italie tentent la persistance, mais le départ de Chirac, allié de poids et regardant vers le Sud, Madrid et Rome tombent dans l'escarcelle de Berlin. Sarkozy arrive et avec lui s'ouvre l'ère du tout vers l'Amérique, l'OTAN, la civilisation blanche et l'Europe aux Européens. Dans l'esprit et la bouche de l'ex-locataire de l'Elysée, cela signifiait la barrière, la frontière entre le Nord, chrétien et civilisé, et le Sud-Maghreb, musulman et sauvage.
L'Union pour la Méditerranée était, dès l'entame, c'est une idée de Sarkozy, conçue comme un complot.'Elle devait servir à orienter la Turquie vers cet espace pour la persuader d'abandonner ses velléités européistes, permettre aux Arabes riverains de la Méditerranée de négocier avec Israël et isoler l'Algérie dans le Maghreb. Les premières décisions sont, à cet égard, éclatantes quant aux intentions de Sarkozy. Il préside avec Moubarak, actuellement encagé, en attendant un hypothétique procès ou une mort certaine, le plus tôt serait meilleur pour lui, l'ensemble, travaille en coulisses pour attribuer le siège de l'UPM au Maroc et promeut dans la direction de l'Union pour la Méditerranée des agents de la France possédant des nationalités diverses et de pays méditerranéens. L'Algérie se retrouve dans l'UPM dans la situation de quelqu'un qui dans une main n'a rien et dans l'autre possède... le vide. (yed fargha ou yed mafihache). Lors d'un sommet à Bruxelles, les Allemands, les Espagnols et les Anglais, exacerbés par le comportement de Sarkozy, exigent de rajouter «Processus de Barcelone» à «Union pour la Méditerranée».
C'est ce mort-né, ce bâtard institutionnel qui n'est ni l'héritier légitime du traité de la Costa-Brava, ni l'émanation d'un compromis historique, que Martin Shultz tente de réanimer.'Schultz est certes allemand, mais à l'impossible nul n'est tenu.
L'inauguration de l'UCEM, musée de la Méditerranée, achevée à Marseille, les riverains de la Méditerranée doivent se rendre à l'évidence et dépoussiérer le processus de Barcelone.'En organisant un enterrement discret de l'Union pour la Méditerranée...
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