L'un des aspects les plus méconnus dans une campagne électorale, au-delàdes tractations de coulisses, reste celui de son financement. Un sujet, à la limite du tabou, quis'apparenterait presque à un secret d'Etat tellement le dossier de l'argent, ausein des partis politiques, est entouré d'une chape de plomb que n'ont le droitde connaître que les hautes sphères de décisions et quelques initiés du sérail.A une question directe sur le coût d'une campagne, les réponses les plusvolontaires prennent différents sentiers quand ce n'est pas un visage fermé etune fin de non-recevoir qui vous répondent. A Oran, la situation n'est guèredifférente et l'on se contentera, à défaut d'éluder complètement votre demande,de vous aiguiller sur les textes officiels régissant le financement d'unecampagne électorale. Officiellement, les états-majorspolitiques s'appuient, dans un premier temps, sur le financement légal etautorisé avec l'apport de l'Etat. Une aide étatique allouée aux partis en licepour les besoins de l'affichage. Cependant, si ce chapitre reste entouré demystère, au sein même de la composante de base de chaque parti, il échappecomplètement à l'entendement du commun des mortels. Salah, cadre dans uneentreprise privée, la quarantaine à l'horizon, et une calvitie bien installée,avoue son ignorance sur la question. «Tu sais, c'est un chapitre dont on neparle jamais. Je sais que les militants cotisent et c'est l'Etat qui finance levote mais pas plus», dira-t-il. Morad, un abstentionniste convaincu, trouvedans «tout cet argent gaspillé» de l'eau à son moulin. «Au lieu d'utiliser cesmilliards pour construire des logements et donner du boulot aux plus démunis,ils préfèrent les offrir à ceux qui en ont», soutient-il, la lèvre supérieurelégèrement retroussée et le regard noir. La campagne fait pourtant des heureux,sur la place, puisqu'elle est considérée booster le chiffre d'affaires desimprimeries qui auront à tirer les affiches des partis. D'un autre côté, etselon des indiscrétions partisanes, le coût d'une petite campagne électoraletournerait autour de 200 millions de centimes. Le qualificatif de «petite»renvoie à l'incapacité de couvrir et de contrôler tous les bureaux et centresde vote estimés à respectivement à 1.600 et à un peu plus de 240, dispatchéssur les 26 communes d'Oran. Quant à une grande campagne, elle reviendrait àquelque chose comme 500 millions de centimes. Notre interlocuteur, rompu auxélections, et préférant l'anonymat, répertorie les besoins des partis, l'espacedes trois semaines officielles que compte la campagne en sus du jour propre descrutin, à quatre points jugés importants. La location des locaux de campagneainsi que des salles pour les meetings, la communication (téléphone, fax,Internet), aux divers déplacements et à la prise en charge des militants et desjournaliers devant couvrir les bureaux de vote, le 17 mai prochain, sont parmiles chapitres budgétivores. Ainsi, à titre d'exemple, le jour J, certainspartis prévoient d'assurer à leurs troupes, en dehors des militants, le minimumen versant 500 à 700 dinars pour les responsables de bureaux de vote et environ2.000 dinars pour les chefs de centre en plus de leur alimentation. D'autresformations mettront quelque 3.000 dinars rien que pour les agents de bureaux.Une situation qui a rendu nécessaire des «alliances» conjoncturelles pour uncontrôle par procuration des bureaux et centres de vote. Les sourcesd'approvisionnement en billets de banque restent, quant à elles, la grandeinconnue dans l'équation financière et plus elles sont multiples etinépuisables plus c'est jouable pour les partis, nous assureront-ils. Descotisations militantes pour les formations structurées organiquement et pouvantcomposer avec un matelas de militants conséquent aux donations et autres«cadeaux» de sympathisants, les relais et les promesses auront certainement unpoids non négligeable dans la course à l'argent. Il est donc demandé auxcandidats à la députation de s'impliquer, non seulement pécuniairement mais àtous les niveaux et les militants et sympathisants de la cause d'assurer,chacun, une part des contraintes financières. Certains n'hésiteront pas àmettre la pression sur les fortunes d'Oran en vue d'approvisionner le parti etde parrainer un aspect de la campagne en mobilisant de l'argent et du temps encontrepartie de certaines promesses électorales à tenir pour les prochainesurnes. D'autres partis ont l'habitude d'organiser des rencontres culinairespour faire le plein d'enveloppes. Même si ces rendez-vous coûtent cher, lacollecte est pour le moins appréciable, selon notre informateur. Des pratiques,sous le manteau du fait qu'il est interdit aux partis politiques de procéder,officiellement, aux collectes d'argent. Tous les moyens sont engagés pourmettre le maximum de chances de son côté et la formule «l'argent est le nerf dela guerre» n'a jamais sonné aussi vrai que pour ces législatives.
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Posté par : sofiane
Ecrit par : Ayoub El-Mehdi
Source : www.lequotidien-oran.com