Ex-sociétaire de l'équipe algérienne lors des Mondiaux espagnol et mexicain, Fathi Chebel a été vainqueur de la Coupe de France avec Nancy et Michel Platini. Son nom imprime la liste des personnes consultées à Alger sur la situation du football algérien. Il répond aux questions du Quotidien d'Oran. Le Quotidien d'Oran : Vous étiez dernièrement à Alger pour des discussions avec des interlocuteurs divers sur la situation du football algérien. Dans quelle logique s'inscrit votre déplacement ? Fathi Chebel: J'y étais récemment pour trois jours à la demande de responsables qui président aux destinées du sport et du football algériens. Ils ont souhaité avoir mon point de vue dans le cadre de la consultation en cours sur le football algérien. J'ai cru comprendre à travers mes entretiens sur place qu'on cherche à bien comprendre les tenants de la crise actuelle. C'est une espèce de débat ouvert. Les personnes consultées sont invitées à exposer crûment leur lecture du football algérien à tous points de vue : organisation, niveau technique, état de la formation, etc. Q.O.: Vous avez été consulté en qualité de quoi ? F.C.: De footballeur tout simplement. J'ai été entendu en ma triple qualité d'ex-international algérien, d'ex-pro du Championnat de France et de technicien. Je n'ai jamais perdu le contact avec le football algérien. Depuis ma participation aux Mondiaux espagnol (1982) et mexicain (1986), je suis resté à l'écoute de ce qui s'y passe via les médias mais aussi grâce à mes rencontres avec les acteurs du football algérien. Q.O.: Quel regard portez-vous sur la situation de la discipline ? F.C.: Le football algérien va très mal. Apprécié sous l'angle des résultats internationaux - meilleur baromètre s'il en est -, son état n'incite guère à l'optimisme. La Coupe du Monde n'en finit pas de nous tourner le dos. L'Algérie n'y est plus de la partie depuis 1990. Cinq absences consécutives (Italie, Etats-Unis, France, Japon-Corée du Sud et Allemagne) ! Cela se passe de commentaires. Le plus grave, c'est que les portes de la Coupe d'Afrique lui sont fermées depuis deux éditions (2006 et 2008). Au regard des années 1980 et début 1990, c'est une descente aux enfers. On ne peut pas tomber plus bas. Les interlocuteurs que j'ai rencontrés à Alger sont conscients de l'acuité de la crise. Q.O.: L'absence prolongée du Mondial et de la Coupe d'Afrique n'en sont que les effets. Pourquoi une telle descente aux enfers comme vous dites ? F.C.: Les raisons sont connues et identifiées. On n'arrête pas d'en parler depuis une quinzaine d'années. Le football algérien - on ne le répétera jamais assez - souffre d'une rigueur dans le travail à la base. Mais son plus grand tort, c'est l'absence d'anticipation et de projection sur l'avenir. Depuis une quinzaine d'années, la discipline donne l'impression d'être gérée à la petite semaine. On travaille sous la pression des échéances, on pare au plus pressé. Un objectif qui nécessite un travail à la longue est expédié en deux temps trois mouvements avec les dommages que l'on sait. Sans une restauration de l'action à long terme, sans une organisation des clubs qui épouse les normes convenues, sans une formation digne de ce nom, la sortie de crise n'est pas assurée. Pourtant, cela a bien existé avant. Les clubs jouissaient de moyens et de structures idoines, d'où leur capacité à produire les talents de la trempe de Belloumi, Madjer, Assad et autres. Ce modèle, les talents qu'il a générés et l'apport des professionnels algériens évoluant en Europe ont donné les résultats que tout le monde connaît. Q.O.: Sujet inévitable, l'équipe nationale a été au menu de vos échanges à Alger... F.C.: On en a évidemment parlé. Une équipe nationale n'est que le reflet de la situation d'ensemble d'un football. Prétendre bâtir un onze compétitif sur fond de néant est une illusion. Il faut revenir à l'ère des clubs organisés, porteurs de travail fécond. Mais, en même temps, il faut élaborer une véritable politique en faveur de l'équipe nationale, définir les critères de choix du staff technique. Le dernier coach (ndlr, Jean-Michel Cavalli) ne faisait pas l'unanimité. Le travail d'une équipe nationale doit reposer sur tout un staff et non sur un seul homme. Regardons ce qui se passe aujourd'hui : la tendance est à une équipe collégiale. Q.O.: L'apport des «pros» évoluant en France (et à l'étranger) a toujours été au coeur du débat sur l'équipe algérienne... F.C.: C'est un faux débat. Une équipe nationale doit être constituée des meilleurs Algériens, qu'ils évoluent en Algérie ou en France. La force du staff technique réside précisément dans sa capacité à bâtir une EN hautement compétitive sans s'encombrer des considérations géographiques. Dès l'instant où il est porteur d'un passeport algérien - la FIFA en fait le seul critère réglementaire d'appartenance nationale -, un joueur a vocation à endosser le maillot vert. En 1982 et 1986, un tel débat n'était pas à l'ordre du jour. Q.O.: Avez-vous convenu avec vos interlocuteurs à Alger d'une mission particulière ? F.C.: Nos discussions n'ont pas été formalisées de la sorte. Il s'agissait de passer en revue une situation, de donner son point de vue, suggérer des pistes de travail. Bien entendu, j'ai dit que j'étais disposé à apporter ma contribution au profit du football algérien selon une forme à définir. On n'en a pas parlé dans le détail. Les formes d'intervention sont nombreuses. Entre autres contributions, je peux jouer un rôle en direction des joueurs évoluant en France. On en compte aujourd'hui 18 à même d'endosser le maillot de l'équipe nationale. Ex-pro, je connais la plupart des dirigeants et coaches de clubs. Je suis en contact permanent avec Philippe Piat, le président de l'Union nationale des footballeurs professionnels et président de la FIFPRO. Je suis membre des «Variétés club de France». C'est une sélection d'anciens joueurs, de coaches et de journalistes parmi lesquels le président de l'UEFA, Michel Platini (Il a joué avec Chebel à Nancy). Je suis tout à fait disposé à oeuvrer d'une façon ou d'une autre, à faire profiter le football algérien de mon carnet d'adresses.
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Posté par : sofiane
Ecrit par : Propos Recueillis Par S Raouf
Source : www.lequotidien-oran.com