Dimanche, à Harare, les vieux démons africains ont resurgi. Beaucoup plus pour alimenter davantage les feux de la discorde, de l'inimitié et de la guerre fratricide que pour une simple jacquerie dans un pays autrefois connu pour sa production agricole et minière. La réélection du «Vieux» a provoqué émoi et stupeur au sein des milieux démocrates dans un continent qui, s'il a été presque débarrassé de la colonisation (à l'exception du Sahara Occidental), n'en possède pas moins les anciens stigmates. Car si, au nord, dans la paisible station balnéaire de Charm El-Cheikh, en Egypte, les chefs d'Etat et de gouvernement de l'Union africaine planchaient sur les mécanismes de règlement des conflits en Afrique, ainsi que sur la crise politique au Zimbabwe, à Harare Robert Mugabe s'est pratiquement autoproclamé vainqueur d'une élection présidentielle dénoncée par tous. Autant l'opposition locale que les leaders politiques africains. Mugabe est devenu indésirable. Mais, face aux tergiversations des chefs d'Etat et de gouvernement de l'UA à gérer un nécessaire virage à 180 degrés dans l'ancienne Rhodésie, et lui éviter une guerre civile fratricide, c'est le prix Nobel de la paix sud-africain, Desmond Tutu, qui a eu le courage de mettre toute la crème politique africaine devant ses responsabilités. Il s'est dit dimanche favorable, en dernier recours, à une intervention militaire au Zimbabwe sous l'égide de l'ONU, pour obtenir le départ du président Robert Mugabe. Desmond Tutu qui a été au premier plan de la lutte de l'ANC contre l'apartheid en Afrique du Sud a en fait lancé un appel aux dirigeants africains: il ne faut pas reconnaître le régime de Mugabe et restaurer la démocratie dans ce pays et, par ricochet, la consolider dans le reste des pays africains. L'appel pressant de Desmond Tutu doit être perçu par l'intelligentsia africaine, tout comme les politiques et ceux qui sont au pouvoir, que la démocratie en Afrique est un bien très précieux qu'il faut préserver et protéger des clivages ethniques ou politiques conjoncturels.
L'exemple de la Somalie, devenu un non-pays où la violence et les rapines se le disputent à la famine et la barbarie, est beaucoup trop près de nous pour qu'on l'occulte. Le Zimbabwe est tout près de tomber dans le gouffre d'une violence inutile. L'Afrique est-elle condamnée à n'être que le continent de la violence, de la famine, de la pauvreté, des épidémies, des guerres cycliques, le pays des seigneurs de la guerre ? Tous ces dirigeants africains, assis aujourd'hui sur le legs de millions d'hommes et de militants qui ont bouté hors du continent les colonisateurs européens, ont une lourde responsabilité dans cet état de fait. Auront-ils le courage à Charm El-Cheikh de dire non à la dictature, notamment au Zimbabwe, et donner ses chances à une si difficile paix en Afrique ?
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Posté par : sofiane
Ecrit par : Ali Babès
Source : www.lequotidien-oran.com