-«Le Président a
besoin de temps pour qu'il accomplisse son oeuvre et réalise son projet
républicain et de développement» A.Ouyahia, (1)
La présidence à
vie, entérinée à bras levés par le Parlement de ces temps de démissions
collectives, est donc de nouveau à l'Å“uvre.(2) Voulue envers et contre tout, la
restauration du mandat perpétuel n'est pourtant qu'une illusion. Les
constitutions d'avant 1996 ainsi réhabilitées n'ont en effet jamais rien
garanti, ni la durée aux chefs de l'Etat successifs, ni la stabilité au pays.
Une fois réglée la question de cette seule réforme menée à terme, la
reconduction du Chef de l'Etat pour une durée indéterminée, n'était plus qu'une
formalité. Selon les résultats officiels, il a été confirmé dans ses fonctions
avec 74,11% de participation électorale et une majorité de 90,24% des suffrages
exprimés. Ces taux sont un défi au simple bon sens des Algériens. Tout
commentaire est dès lors superflu. Après la longue parenthèse d'une campagne
sans concurrents et sans enjeu, il était temps pour le pays de reprendre
contact avec ses réalités. Politiques, économiques ou sociales, celles d'hier
et d'avant-hier restent au mieux en l'état. Celles de demain s'engagent dans une
crise internationale, financière et économique, aussi apparemment durable
qu'imprévue. Elle sera le contexte de l'achèvement du programme présidentiel.
S'y ajoutent les traces, dans une opinion publique ignorée, de la violence
faite au pays par une parodie d'élection présidentielle plurielle. Le tout
pèsera du poids de ses retombées sociales et politiques sur la situation de la
grande majorité et sur l'évolution de l'Algérie. Aussi l'important est-il dans
la suite.
Peu savent en
quoi consiste ce qu'on a appelé le ‘Programme du Président' et où il en est.
‘Enrichi' au jour le jour, il a tourné en fourre-tout, sans objectifs et sans
stratégie identifiables. Son second et dernier axe portait sur les ‘réformes' à
mettre en oeuvre. Décidées au pied levé et lancées sans concertation, elles
sont aussitôt ‘réformées' avant même qu'elles ne prennent forme. L'achèvement
de ce « programme ambitieux » a surtout justifié «l'appel réitéré pour la
révision de la Constitution »'. (3) Le Président reconduit dans ses fonctions,
le nouveau programme n'est désormais plus que celui ‘du gouvernement'. Doté de
150 milliards de dollars ( !), il prévoit un autre million de logements, deux
ou trois autoroutes clés en mains, au demeurant nécessaires, ainsi que rien
moins que trois millions d'emplois à créer. (4) Ce programme improvisé est de
réalisation aussi peu probable que le précédent. Cependant l'essentiel du
premier ‘Programme', celui du ‘Président', repose sur deux volets-clés. Le
premier a été un succès complet. Il a en effet consacré la volonté du chef de
l'Etat de réhabiliter le principe constitutionnel et la réalité effective d'un
pouvoir à vie. Cela n'allait pas de soi ni n'a relevé de l'improvisation. Il
reste à assurer la pérennité de ce pouvoir. Elle passe par l'organisation de la
succession.
Tâche prioritaire
du proche avenir, elle constitue le second volet et l'achèvement du ‘Programme
du Président'. Ce n'est qu'avec le recul du temps que ces objectifs politiques
et la détermination qui les a portés, entre 2000 et 2009, ont pu apparaître
plus clairement. Ils n'ont manqué ni de cohérence ni d'un savoir-faire dignes
d'ambitions nationales plus durables.
L'Algérie est à
nouveau membre à part entière de ces deux syndicats de chefs d'Etat à vie que
sont la Ligue arabe et l'Union africaine.
Elle semble en
outre s'inscrire dans leur évolution. Outre les monarchies, Emirats et
chefferies où de tradition le pouvoir est un patrimoine transmissible, la
Jamahiria de Lybie, les ‘républiques' de Syrie, d'Egypte, de Tunisie, ou du
Sénégal, celle de la RD du Congo, ou d'autres encore ont suivi la même voie ou
y sont engagés. Ainsi quelques jours à peine après le dernier scrutin, le
président de la CNCPPDH ‘plaide' soudain pour une amnistie générale. (5) Le
principe en devrait être bien reçu notamment par des mouvances ‘islamistes'
plus que jamais présentes dans la société. Lancée, l'idée fera son chemin et
reviendra sur le tapis le moment venu. Peu après s'engage un débat tout aussi
spontané sur la dissolution de l'APN. La SG du PT ‘l'exige'. Le ministre de
l'Intérieur n'y «voit pas d'inconvénient... cela pourrait consolider la paix et
la stabilité du pays ». Le Président de l'APN estime lui que cela est exclu.
Mme Hanoune ‘persiste et signe', la dissolution de l'Assemblée devant « mieux
asseoir la légitimité du Président» ! (6) Ce débat en circuit fermé s'est
soudain tu, comme il avait débuté. Mais la dissolution est désormais dans
l'air.
Elle suggère la
nécessité d'une autre majorité parlementaire. Elle constituerait le moment venu
l'assise politique du futur chef de l'Etat, désigné par le Pt Bouteflika.
Ni la Ligue arabe
ni l'UA n'y trouveraient à redire. La neutralité de ‘l'Occident' n'est
toutefois pas inutile. Aussi importe-t-il dans les relations avec la France,
«de chercher une voie originale», selon le vÅ“u du chef de l'Etat. (7) Le Pt de
l'APN à Paris a mis un bémol à la repentance. Plus tard la visite en France du
Président devrait enfin apurer, comme presque chaque année depuis 47 ans, le
contentieux algéro-français et ‘relancer une coopération pacifiée.'
Ce dernier volet
du Programme du Président constitue une première depuis 1962 et une rupture de
conséquences majeures. Sa mise en Å“uvre ne rencontrera cependant pas
d'oppositions notables. A défaut d'adhérer au principe d'une succession à la
tête de l'Etat d'avance décidée, les courants du fondamentalisme politico
religieux auraient quelques raisons de ne pas s'y opposer. Les partis
d'aspirations démocratiques ne sont pas en mesure de peser sur le cours
programmé des évènements. Les difficultés sérieuses pourraient venir de la
conjonction d'une situation sociale déjà volatile et d'une crise
internationale, économique et financière. Ses conséquences sont inévitables en
Algérie, comme ailleurs. Ignorée durant la campagne présidentielle, car le
pays, disait-on, était ‘à l'aise', contrairement à la situation de la grande
majorité de ses populations. Mais aussitôt reconduit dans ses fonctions, le
chef de l'Etat, lors de la prestation de serment, en reconnaît enfin
l'existence. La presse annonce alors que ‘la crise s'invite en Algérie',
qu'elle est même ‘bien là' et que ‘les revenus du pays baissent de moitié'.
Pétrole et gaz représentent comme chacun sait, 98% des moyens de paiement
extérieurs et assurent environ 2/3 des recettes fiscales de l'Etat. Le
ministère de l'Energie estimait à 35 à 40 milliards $, les recettes en devises
pour 2009, soit l'équivalent des importations de 2008.
Au-delà des
lendemains en gestation, le problème est que face à cette situation le
gouvernement n'a pas de politique. Elle se réduit à la revendication d'une
réduction de la production OPEP, à la dévaluation en sous-main du dinar et à la
réduction des importations dans un pays qui n'a que du pétrole à vendre et à
peu près tout le reste à importer. Réduire l'offre de l'OPEP dépend peu de
l'Algérie. Elle n'est plus qu'une recette possible mais partielle pour la
solution de problèmes énergétiques nouveaux et plus complexes. La dévaluation
est en cours et est déjà de l'ordre de 10%. Ce n'est sans doute qu'un début
avec ses conséquences sur les prix et le pouvoir d'achat. Il faudra aussi
réduire les importations, essentielles pour la plupart. « On les réduira quel
que soit le prix à payer» annonce le 1er ministre. Il n'est pas précisé qui
devra le payer. Cela a commencé avec une première liste de 300 médicaments
interdits dès le mois de septembre. ‘'C'était prévu depuis longtemps'', dit-on.
(8)
Dans ces
conditions, la situation imposera ses rigueurs et d'abord celles d'une crise
sociale durable. Officiellement vaincus par les statistiques officielles, le
chômage et le dénuement, notamment, restent une plaie ouverte dans les rues et
les cités surpeuplées du pays. Elle ne peut que s'élargir dans les prochains
mois. Ces questions ne sont ni simples ni de règlement rapide. Mais la légèreté
et le caractère expéditif des premières décisions annoncées face à de dures
réalités ne sont pas de nature à rassurer sur la suite. L'inquiétant reste
aussi le désert institutionnel et politique du pays. Il exclue toutes possibilités
d'intermédiations crédibles, ne laissant aux populations, une fois de plus,
d'autre recours que la rue. Dans de telles conditions, une crise sociale peut
dégénérer en crise politique. L'inquiétant dans cette situation est le refus
trop souvent arrogant des milieux décideurs de faire face aux réalités dans
lesquelles est engluée la grande majorité de la population et de la jeunesse du
pays. De prendre aussi la mesure d'un profond ressentiment sous l'indifférence
apparente. La suite dépendra de la façon dont le tout serait géré. Le projet
d'un grand ministère de la sécurité, qui regrouperait aussi la gendarmerie en
donne une idée. Il faut espérer qu'elle ne soit pas la seule.
Il est clair que
par ailleurs, il n'y a toujours pas d'alternatives audibles d'aspirations
démocratiques. Les appels sans lendemains à des rassemblements, à la
constitution de pôles démocratiques le montrent amplement. Ils restent fondés
sur l'illusion de pouvoir faire l'économie de l'essentiel. Celui de bâtir,
tâche ingrate et de longue haleine, en débats publics et contradictoires, non
pas une mais des alternatives économiques, sociales et politiques plausibles.
Elles ne pourraient l'être qu'en offrant des issues possibles aux impasses et
au piétinement sans perspectives de la grande majorité, de toutes conditions
sociales.
Ce qu'on appelle
la harga ne concerne pas seulement une jeunesse condamnée en grande partie à
tourner en rond sans autre avenir qu'un présent chaque jour recommencé.
En attendant,
face au rétablissement d'un pouvoir à vie et à une succession au pouvoir
d'avance programmée, il n'est pas sans signification d'opposer un NON
pacifique, sans équivoque, sans illusions, mais non sans une profonde
conviction, Cette double régression politique fait table rase du tragique et
long combat des Algériens pour la conquête de la souveraineté de leur peuple
et, pour eux-mêmes, des droits et libertés élémentaires de la citoyenneté. Ce
ne sont certes aujourd'hui que des mots. Mais un jour viendra, sans l'ombre
d'un doute, où ils reprendront vie et sens pour les hommes et pour les femmes
de ce pays.
Si l'on en croit le discours de toujours, un
‘pouvoir fort' n'a cessé d'être en charge des affaires du pays depuis 1963. Il
aurait perdu de sa ‘force' avec le ‘pluripartisme politique' de l'après octobre
88. Depuis l'accession du président Bouteflika au pouvoir et plus que jamais
aujourd'hui, il s'agirait de le rétablir enfin dans sa fermeté perdue. Aussi n'est-il
pas sans intérêt d'examiner d'un peu plus près quand, face à quels défis et
avec quels résultats ce pouvoir a été aussi ‘fort' qu'on le prétend. Notamment
lorsqu'il s'est agi et qu'il s'agit encore de l'édification du pays, de son
Etat, de son économie, de ses conflits intérieurs divers. Cela permettrait peu
à peu d'en finir avec cette fiction. Il s'agit là d'un préalable si la volonté
est de mettre enfin en place les institutions de base d'un Etat. Tout le reste
en dépend. Nous tâcherons si possible d'y revenir.
Notes :
1 - Presse
nationale : 27-01-08 ;
2- Dans la Cité
Interdite du Club des Pins, l'abrogation de la limitation des mandats
présidentiels a été adoptée sans débat. Sur les plus de 500 députés et
‘sénateurs', seuls les 21 parlementaires du RCD, ont voté contre, non sans
courage.
3 - « Le RND
s'engage à soutenir le frère Bouteflika pour mener à terme son programme
ambitieux et nous lui réitérons notre énième appel pour la révision de la
Constitution », A. Ouyahia. Le Q. d'Oran 27-01-08 ;
4 - Emploi et
chômage constituent le domaine privilégié du fantasme statistique. Ainsi « il y
a eu création de 300 000 emplois entre Juin 2008 et mai 2009 pour les jeunes »,
et ce avant la fin du mois de Mai, selon le 1er ministre. Il estime par
ailleurs le taux de chômage à 11%, en réduction de l'absurde 11,8 % d'il y a
moins d'un an : El-W- 20-05-09. Un ministère du Travail n'a ni les moyens ni la
mission de créer de l'emploi, même s'il doit en suivre de près l'évolution. Il
a bien d'autres tâches. Ce sont l'économie, le crédit, les banques, les
entreprises, publiques et privées, l'initiative individuelle -pour peu que les
conditions en soient réunies- qui créent l'emploi. Néanmoins le ministère du
Travail-« a indiqué, en l'espace d'une semaine, être en mesure de créer un
million d'emplois de fin octobre 2008 à 2009 avant d'annoncer deux jours plus
tard le chiffre de 1,9 million » (Le Soir d'Algérie : 29-10-08). « Sa
‘'nouvelle stratégie de l'emploi : 2009-2013'', lancée au 2é trimestre de 2008,
se traduira par un niveau annuel d'insertion professionnelle de 350 000 à 450
000 emplois/an. En outre elle permettra à partir de 2009 la création de 190 000
emplois permanents par an »- (El-Watan : 19-03-08). Cela donne une idée du
sérieux de trop de chiffres officiels : au mieux approximatifs, le plus souvent
fantaisistes et toujours invérifiables. L'Office National des Statistiques n'y
peut rien. Il travaille avec les moyens et les sources dont il dispose ou ne
peut disposer.
5 - F. Ksentini,
Président de la Commission Nationale Consultative de Promotion et de Protection
des Droits de l'Homme
6 - Presse
nationale des dernières semaines ;
7 - Rappelons
qu'en France réside de très loin, la plus nombreuse communauté algérienne ou
d'origine algérienne résidant à l'étranger ;
8- Réduction,
déjà annoncée des importations de médicaments : « une nouvelle liste de
médicaments interdits à l'importation dès le mois de septembre prochain », a
indiqué le directeur de la pharmacie au ministère de la santé ; Le Q. d'Oran,
18-05-09 ;
-
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Posté par : sofiane
Ecrit par : Mohamed NABI
Source : www.lequotidien-oran.com