Les Arabes ont
envie de croire en M. Obama. Mais il faudrait que M. Obama puisse croire en
eux.
Quand les
Etats-Unis sont en désaccord avec un pays arabe ou musulman, ils envoient leur
aviation, ou leurs chars. Ou les deux. Le pays en question est placé dans la
liste des Etats terroristes et une terrible pression diplomatique s'exerce sur
lui. Il est soumis à embargo, la presse se déchaîne contre lui, les
organisations de droits de l'homme découvrent des charniers et des lieux de
torture. Les dirigeants sont naturellement qualifiés de dictateurs, et on
découvre qu'ils sont riches, qu'ils ont des comptes à l'étranger, alors que
leurs peuples meurent de faim.
Le Conseil de
sécurité de l'ONU sert souvent de relais pour préparer l'hallali. Les
Etats-Unis préparent la réunion, fournissent les preuves du crime, y compris
quand il n'existe pas, ramènent des fioles de dangereux produits chimiques,
mènent la charge et tentent de se faire désigner pour exécuter la sentence.
Cela se termine le plus souvent dans le drame et les larmes, avec des
conséquences irréparables pour le pays concerné. Egypte nassérienne, Irak,
Syrie, Libye, Soudan, le Fatah pendant plusieurs décennies, le Hamas
aujourd'hui: beaucoup de pays et d'organisations ont subi cette épreuve. Peu
d'entre eux ont survécu. Leur chute obéit à un processus bien rodé, adapté à
leur réaction.
Celles-ci ne
varient guère: soit le pays mis sous pression glisse vers la radicalisation
jusqu'à l'affrontement et l'effondrement, soit il émet des signaux pour engager
des négociations et se soumettre. Il peut enfin tenter de maintenir un statu
quo dramatique, jusqu'à l'épuisement.
Mais quand les
Etats-Unis sont en désaccord avec Israël, la donne change. Dans ce type de
situation, les dirigeants américains expriment leur «irritation». Ils peuvent
même aller jusqu'à bouder Israël et gronder ses dirigeants. Ils font des
déclarations pour affirmer leurs divergences avec Israël, mais soulignent que
l'intérêt même d'Israël commande une autre approche, une autre démarche.
Et quels que
soient les griefs retenus contre les dirigeants israéliens, toute déclaration
commence par les rituelles motions de soutien: disponibilité des Etats-Unis à
soutenir l'allié israélien, à poursuivre l'aide militaire et financière, à tout
faire pour assurer sa sécurité et maintenir sa suprématie militaire.
Au Conseil de
sécurité, la situation est devenue caricaturale. Le veto américain bloque toute
velléité de sanctionner Israël, à un point tel que des hommes politiques
occidentaux, peu enclins à supporter la cause palestinienne, ont fini par être
excédés par l'alignement systématique des Etats-Unis sur la politique
israélienne. Avec l'arrivée de M. Barack Obama, le ton américain envers Israël
a changé. Ce n'est plus l'alignement aveugle, comme au temps de M. George Bush.
Le nouveau chef de la Maison Blanche affiche deux positions sur lesquelles
insiste la presse du monde entier. Il prône une solution à deux Etats, ainsi
que l'arrêt de la colonisation en Palestine. Selon la secrétaire d'Etat Hillary
Clinton, M. Obama «veut voir un arrêt des colonies. Pas certaines colonies, pas
les implantations sauvages, pas d'exceptions pour croissance naturelle»,
a-t-elle insisté.
Quelle réponse a
reçu cette déclaration américaine, énoncée sur un ton très ferme ? Elle a été
balayée d'un revers de la main. Le Premier ministre israélien Benjamin
Netanyahu a qualifié la position américaine d'«inacceptable».
Son ministre des
Transports Israël Katz est dans la même ligne. «Le gouvernement israélien
actuel n'acceptera en aucune façon que la colonisation soit gelée», a-t-il dit.
Que va-t-il se
passer maintenant ? Que fera M. Obama face à ces positions israéliennes
tranchées ? Va-t-il découvrir qu'Israël possède de véritables armes de
destruction massive ? Dira-t-il qu'Israël constitue une menace pour la paix
internationale ? Ou bien se contentera-t-il de consoler les Palestiniens et de
leur demander d'accepter une partie de leurs droits, tout en soulignant
qu'Israël aura fait d'énormes sacrifices ?
«Washington va
gronder Israël», ironise un analyste, qui rappelle quelques antécédents
relatifs aux positions, qualifiées de novatrices, affichées par M. Barack
Obama. Concernant la solution à deux Etats, cet analyste rappelle qu'une
promesse a été faite en ce sens par M. George Bush pour 2005. Il n'y a pas eu
d'Etat, mais il y a eu Ghaza. Et l'Etat palestinien avait simplement servi à
préparer la destruction de l'Irak.
Quant aux
colonies, le Washington Post s'est amusé à en faire un bref historique,
soulignant que tous les présidents américains ont demandé à Israël d'y mettre
fin, avant de fermer pudiquement les yeux. En 1980 déjà, Jimmy Carter avait
qualifié les colonies d'«obstacles à la paix». Il y avait alors 61.500 colons
dans les Territoires occupés. Deux ans plus tard, avec l'invasion du Liban et
les drames de Sabra et Chatila, Ronald Reagan estimait que les colonies
n'étaient «en rien nécessaires à la sécurité d'Israël», mais le nombre de
colons avait entre-temps dépassé les cent mille, avant de grimper à 479.500
aujourd'hui. Le Golan, lui, est toujours occupé. On n'ose imaginer ce qui se
passerait si un demi-million d'Irakiens s'installaient de force en Galilée !
Quel que soit le
contenu du discours qu'il s'apprête à prononcer ce jeudi au Caire, M. Obama ne
pourra faire l'impasse sur cette réalité, faite d'un demi-siècle d'injustices,
d'accumulation de haines et de rancoeurs, avec un soutien sans faille pour
Israël et des promesses creuses pour les autres. Ce qui avait permis à Israël
de mener publiquement un crime anti-palestinien, en bénéficiant du soutien tout
aussi public de toutes administrations américaines.
Certes, la
volonté de M. Obama d'établir des relations meilleures avec les Arabes, et avec
les musulmans de manière plus large, est certes novatrice. Tout comme sa
volonté de replacer la question palestinienne au cÅ“ur de la crise du
Proche-Orient. Mais le passif est si grand qu'un discours ne suffira pas pour
effacer un demi-siècle d'injustices, ni pour rétablir une confiance impossible.
Même la création d'un bantoustan pour les Palestiniens ne suffira pas. Il
faudra que M. Obama prouve concrètement qu'il est différent des autres,
différent par exemple de M. George Bush, qui avait lui aussi annoncé en fanfare
un Grand Moyen-Orient, avant de sombrer dans le crime.
Et dire que M.
Bush nous avait menacés de démocratiser le monde arabe !
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Posté par : sofiane
Ecrit par : Abed Charef
Source : www.lequotidien-oran.com