Oran - Revue de Presse

Karim Djoudi interrogé sur les sujets de l'heure Le ministre des finances en exclusivité au Quotidien d?Oran



Timide certes, mais Karim Djoudi connaît bien son domaine, les finances. Dans cet entretien, le ministre explique la réforme bancaire et financière, ses objectifs et ses contraintes. Djoudi voudrait donner à ses réponses un caractère pédagogique. Loin des turbulences politiques. Le Quotidien d?Oran: Nous entendons beaucoup parler de réforme du système financier et bancaire. L'Algérie en est où ?Karim Djoudi: La réforme bancaire s'intègre dans un ensemble que nous appelons la réforme financière, c'est-à-dire que nous touchons à la fois à la banque, à l'assurance et au marché financier. A la fin 2004, nous avons produit un programme de réforme financière qui a d'abord fait constat d'une situation, d'un certain nombre de contraintes et a tracé des objectifs soutenus par un certain nombre d'actions à réaliser. Il s'agissait pour nous d'abord de travailler sur la banque publique en terme de gouvernance, de réorganisation de contrôle interne, de spécialisation et aussi en terme de mise en partenariat pour deux banques, le CPA et la BDL, le partenariat étant un moyen de diffuser le plus rapidement de la modernité. Le second volet était de travailler sur le marché du crédit et l'amélioration de la qualité des clients. Il s'agissait essentiellement de redonner de la capacité d'engagement aux banques par la neutralisation des risques, le renforcement des fonds propres et la diminution des taux d'intérêt. Chose qui était faite sur le renforcement des fonds propres parce que c'est cela qui fait la capacité d'engagement des banques. Sur les garanties, il fallait neutraliser les risques avec la création d'une caisse de garantie de crédits d'investissements dotée de 30 milliards de dinars avec une capacité d'engagement de douze fois 30 milliards de dinars, des primes de risque très faibles, des délais de paiement de sinistres correspondant tout à fait à ce que peut attendre une banque dans son activité de crédit aux petites et moyennes entreprises, une action sur le soutien des taux d'intérêt par des bonifications, etc. Pour ce qui est des clients, nous devons nous assurer en premier qu'ils aient des actifs aux valeurs de marché. Il faut savoir que dans notre système, les actifs d'une société sont autoritairement évalués. Nous avons donc installé un dispositif de réévaluation des actifs d'un certain nombre d'entreprises, aux conditions de marché, ce qui rétablit une relation de solvabilité entre elles et la banque. Il y a eu aussi l'instauration d'un capital d'investissement pour lequel des filiales vont être créées au niveau des banques publiques avec des partenaires étrangers et du leasing dans son aspect à la fois légal et fiscal et pour lequel nous créons aussi des filiales. Le troisième volet concerne le système de paiement pour remplacer celui manuel que nous avions et où il n'y avait pas de rapidité d'exécution, pas de traçabilité, ni de sécurité. La télécompensation de paiement de masse est opérationnelle depuis mai 2006. Ce système a traité depuis sa date de démarrage à peu près une dizaine de millions d'opérations. Il tourne bien et traite 85% des transactions. L'essentiel des transactions se fait donc en électronique et quel que soit le point du territoire, il y a une remontée par fichier électronique avec des délais de transaction qui ne dépassent pas les 5 jours. Il y a ainsi une instruction automatique des mouvements.Le Q.O.: Un délai de 5 jours est une norme universelle ?K.D.: Ça va jusqu'à 10 jours en France. Nous nous sommes fixé une norme contraignante et le système fonctionne normalement. Nous restons donc sur les 5 jours pour les chèques, trois jours pour les virements... Bien sûr, il fallait pour cela mettre en place une organisation, définir un cadre légal, mettre en place un système de télécommunication performant, organiser les banques en conséquence, former les gens. Ce sont là des éléments structurants de réforme. Le Q.O.: La réforme a commencé en quelle année ?K.D.: Nous avons lancé les feuilles de route et les programmes pour la modernisation du système de paiement, en octobre 2004. Ce système englobe les banques de la place, le Trésor, la poste, l'ensemble des lieux où se font les transactions. Bien évidemment, pour faire tout cela, nous avons produit ce que nous appelons des chèques normalisés et sécurisés. Le Q.O.: Mais au plan pratique, le client a des problèmes et l'investisseur aussi qu'il soit national ou étranger.Arrivez-vous en tant que tutelle à situer ces problèmes ?K.D.: Il y a une part de vrai et une part qui doit être nuancée dans tout cela. Nous avons un système bancaire à dominante publique. En terme de points de vente, il s'est faiblement développé durant un certain nombre d'années qui fait qu'aujourd'hui vous avez à peu près une agence pour 28 000 habitants, la norme étant à peu près une agence pour 5000 habitants. Ce qui fait que nous avons un nombre de points de vente qui est fortement insuffisant. Le Q.O.: Mais pourquoi ce n'est pas pris en charge ?K.D.: Les banques publiques sont en train de développer leurs points de vente et parallèlement elles sont en train de réduire d'autres antérieurs, qui ne sont pas rentables parce qu'ils ont été créés sur décision administrative et ne se situent pas obligatoirement au bon lieu. Le Q.O.: Le partenariat permet de faire bénéficier les banques publiques d'un savoir-faire, de l'expertise et autres aspects de la modernité. Pourquoi, à ce jour, aucune d'entre elles n'a réussi à le faire ?K.D.: Nous avons le CPA qui s'est lancé dans le processus d'ouverture du capital mais un certain nombre de conditions a fait que l'opération soit suspendue. Nous avons aussi retenu pour cela la BDL. Comme j'ai eu à le dire plus haut, nous avons un certain nombre d'opérations de partenariat par la création de filiales sur le capital investissement et le leasing. Les banques publiques vont avoir de plus en plus d'activités avec des partenaires stratégiques. Nous avons par ailleurs assuré une connexion entre la banque et l'assurance qui constitue un deuxième volet de la réforme, les assurances étant à l'état relativement embryonnaire avec un taux de pénétration du marché de moins de 1% du PIB. Le Q.O.: Vous avez donc rajouté une activité à la banque alors qu'elle n'est pas encore arrivée à assumer convenablement ses missions originelles... Le client attend longtemps pour avoir son chéquier et n'a même pas le droit de sortir plus de 5000 DA...K.D.: Le fait que la compagnie d'assurance travaille avec la banque ne signifie nullement que nous oublions le reste des problèmes. La banque ne va pas faire de l'assurance mais elle va offrir ses guichets pour sa vente. Il faut savoir que pour faire une activité, de crédits, de prêts ou autres, le client voudrait trouver au niveau d'un guichet unique un certain nombre de prestations y compris l'assurance. Pour ce qui est du retrait de liquidités, théoriquement, il n'y a pas d'obligations, il n'y a pas de règles en matière de limitation de retraits, il y a simplement une offre et des conditions de service qui peuvent différer d'une banque à une autre. Théoriquement donc, les banques n'ont pas le droit d'interdire aux clients de retirer plus de x montant. Le Q.O.: Pourtant, elles le font toutes...K.D.: Mais théoriquement, elles n'ont pas d'obligations légales pour le faire. Il y a simplement une tarification qui peut être différenciée pour les pousser à utiliser les instruments de paiement. C'est-à-dire qu'on facture un peu plus lorsqu'il s'agit d'un montant cash et un peu moins lorsqu'il s'agit d'une opération supportée par des instruments de paiement, ça répond à une logique bancaire.Par exemple, 50 000 DA est un niveau minimum pour les transactions par chèque. Le Q.O.: Mais ces limites de niveau dans les transactions par chèque ne pourraient-elles pousser à laisser l'argent hors des circuits légaux de l'Etat ?K.D.: Il peut y avoir des raisons pour qu'on garde de l'argent chez soi. L'une peut être une raison d'insuffisance de services et de points de vente, c'est-à-dire qu'on ne trouve pas une agence où on peut déposer son argent et faire des transactions. Le Q.O.: Il peut y avoir un manque de confiance aussi...K.D.: Il peut y avoir ça. La deuxième raison peut être purement fiscale quand des agents économiques souhaitent transiger en dehors d'une économie formelle.Il faut dire aussi que souvent dans une économie, il y a ce qu'on appelle la circulation fiduciaire. Nous avons grossièrement chez nous à peu près 23% de la masse monétaire qui circule en dehors de l'économie... Le Q.O.: C'est-à-dire un montant de...K.D.: Ça doit faire à peu près un peu plus de 800 milliards de dinars.Dans les autres économies, on est à 12 ou 13%. Le Q.O.: Ce qui pénalise l'économie...K.D.: Historiquement, le comportement du détenteur du fiduciaire est déterminé par l'effet prix et l'effet social. C'est-à-dire que lorsque vous avez une montée des prix dans une économie ou vous avez un certain nombre d'incertitudes sociales, il y a une détention plus importante du fiduciaire. Nous avons connu dans notre économie ces phases de fortes pressions inflationnistes où les prix sont arrivés à des niveaux au-delà de 30% et d'autres où il y a eu des situations sociales qui ont poussé les gens à détenir des fiduciaires. Mais la circulation fiduciaire est en train de se réduire graduellement. Le Q.O.: Et le contrôle dans tout ça ?K.D.: Le contrôle s'opère au niveau des douanes, des produits, au niveau des impôts et il y a ainsi un certain nombre de transactions qui sont plus ou moins en train de rentrer dans l'économie formelle. Mais je ne suis pas sûr que la réponse à l'informel soit dans le contrôle uniquement. Ce dont je suis sûr, c'est qu'au fur et à mesure que nous garantissons une libéralisation des transactions, nous avons une baisse de la pression fiscale et une meilleure couverture des risques est offerte par le marché. Le contrôle joue mais il touchera à la marge les gens qui n'en veulent pas. Le Q.O.: Je vous donne un exemple concret de l'absence de contrôle de l'économie, vous savez que depuis 1985, l'Algérie n'importe plus d'or mais depuis cette date, le nombre de bijouteries n'a cessé d'augmenter. L'Etat s'interroge-t-il d'où vient cet or ? K.D.: Il y a un poinçon sur l'or et il est géré par une administration fiscale...Le Q.O.: On sait aussi que ce poinçon a fait le tour du pays sans qu'il passe par cette administration...K.D.: Je veux bien croire qu'il y a des choses de ce genre. Mais ceux qui ne se plient pas à la légalité pour des raisons de charges fiscales trop importantes, mais au fur et à mesure que ces pressions baissent, ils vont rentrer dans la norme. Le Q.O.: Je vous donne un autre exemple M. le Ministre, dans les marchés comme El-Djorf ou El-Hamiz, on sait que l'Etat est pratiquement absent. Ne peut-il pas contrôler ces lieux ?K.D.: Il est vrai qu'il y a des transactions là-bas qui ne sont pas fiscalisées et sont ouvertes au public, tout le monde les voit. Mais je tiens à dire que le contrôle n'est pas la réponse à tout. Il y a deux choses qui me semblent fondamentales, c'est que le giron formel, ou on l'intègre parce qu'il y a des actions purement économiques qui doivent y être intégrées, ou alors parce qu'il y a des actions de force qui sont engagées comme celles fiscales. Ce que vous devez observer sur nos actions, je ne sais pas si les gens le lisent bien, c'est qu'elles sont des actions de simplification et de réduction de la pression. Nous sommes en train de réduire cette pression et nous avons aujourd'hui un taux de pression fiscale qui est l'un des plus bas du bassin méditerranéen. Et nous simplifions les procédures à chaque fois que c'est possible. Nous voulons offrir par là, des services fiscaux nécessaires auxquels les gens s'adresseront facilement. Ce n'est qu'à partir de ce moment-là que nous pourrons considérer objectivement que l'administration de contrôle et de sanction doit être mise en avant. Ceci étant, il y a des opérations de contrôle et de sanction qui s'opèrent et qui permettent des recouvrements très très forts. Il y a aussi des requêtes qui sont adressées à l'administration, nous avons dû mettre en place une organisation spécifique pour les prendre en charge au niveau national et local. Ce contrôle s'opère et il va s'opérer de plus en plus jusqu'à ce qu'il va y avoir «un effet de ciseau» entre à la fois celui de réduction de la pression fiscale et d'amélioration du comportement de cette administration avec sa montée en cadence. Le Q.O.: Y a-t-il du nouveau en matière de fiscalité ?K.D.: Toujours plus de réduction de la pression fiscale de manière à ce que pour les opérateurs nationaux et étrangers, l'impôt ne soit pas une gêne à la profitabilité du projet. Jusqu'à ce que nous aurons atteint un point de pression fiscale qui fasse que tous les projets atteignent rapidement leur rentabilité.Le Q.O.: Le chef du gouvernement a promis récemment aux investisseurs un allégement des textes de la fiscalité mais le ministre de l'Industrie et de la Promotion de l'investissement estime que le gouvernement ne peut aller plus loin que ce qu'il a fait à ce jour en la matière. Vous, vous vous situez à quel niveau ?K.D.: Je suis dans une logique où nous essayons de réduire la pression et d'alléger les procédures. Nous sommes en train de réfléchir en même temps que pour la fiscalité locale, sur l'annulation de certains impôts et la redéfinition du niveau d'intervention d'autres. Je préfère ne pas en parler aujourd'hui. Mais il faut savoir que dans le cadre du soutien à l'investissement, nous donnons en avantages fiscaux près de 50 milliards de dinars. Le Q.O.: Les investisseurs et les consommateurs estiment que les taux d'intérêt des crédits sont trop élevés.K.D.: On ne peut pas modifier comme ça un taux d'intérêt. S'il est trop bas, tous les projets présentés seront retenus et comme c'est le marché qui sanctionne un projet, vous allez perdre de l'argent. D'où l'intérêt d'avoir un taux d'intérêt qui soit proche du taux d'inflation. Le Q.O.: Des producteurs estiment pour leur part que certains produits alimentaires sont lourdement taxés, leur prix de vente sur le marché est forcément élevé...K.D.: C'est ce qu'on appelle l'impôt sur la dépense, c'est-à-dire la TVA. La réforme l'a fixée à 17% avec un taux réduit de 7%.C'est une des plus faibles si ce n'est la plus faible TVA de la région et du bassin méditerranéen. Au-delà de la logique de la protection de la production nationale et du renchérissement du prix du produit importé qui sont visés, il faut savoir que la TVA profite à celui qui produit. C'est un impôt neutre dans ce sens que le producteur le paie mais le récupère.Par contre, il n'est pas neutre pour le consommateur. Il faut aussi souligner que dans nos recettes fiscales non pétrolières, la TVA est presque à 40%, donc c'est un enjeu important dans la fiscalité de l'activité domestique. En plus, nous avons eu plusieurs baisses de TVA sur des produits qui sont passés de 21% à 17% puis à 7% en taux réduit mais lorsque nous avons observé l'évolution des prix sur les produits touchés par cette baisse, il n'y a pas eu significativement de baisse constatée. Le Q.O.: Comment expliquez-vous cela ?K.D.: Différentes raisons peuvent être invoquées, des évolutions de taux de change, d'autres de coûts d'import des intrants mais dans beaucoup de cas, ce sont les marges des producteurs qui se sont un peu confortées.Il n'est donc pas évident que la baisse de TVA soit un élément de réduction des prix des produits de première nécessité. D'ailleurs, pour les réduire, aujourd'hui, l'Etat intervient sur fonds publics. Le Q.O.: Est-ce une bonne chose ?K.D.: C'est une action d'urgence pour soutenir des prix à l'importation des produits dont les prix ont flambé sur les marchés internationaux. Mais la réponse structurelle est une réponse de production et de régulation, ça va de pair. Cela signifie qu'aujourd'hui celui qui produit n'a pas la certitude d'avoir en face de lui une autorité qui assure une stabilité sur le prix et dans le marché et il n'a pas de visibilité pour faire les investissements nécessaires et s'engager de façon permanente sur cette production. Le Q.O.: En attendant, cette intervention sur fonds publics ou ces subventions pourraient enrichir les spéculateurs... Achetez-vous votre pain à 7,50 DA ?K.D.: Il y a le volet purement financier de la chose et il y a le volet organisation et contrôle du marché. Un bon marché concurrentiel, c'est une multitude de producteurs et de vendeurs. Il faut aussi le contrôle, il faut vérifier à tout moment que les gens qui vendent un produit soutenu respectent le cahier des charges sur la base duquel ils vendent ce produit. Le Q.O.: On parle très souvent de crédits, comment sont-ils octroyés ?K.D.: C'est une question qu'il faut poser à un banquier. Le Q.O.: Mais vous en êtes la tutelle, vous présidez l'assemblée générale des banques publiques.K.D.: L'assemblée générale a pour mission d'approuver les comptes en fin d'exercice... Le Q.O.: Ils sont bons, ces comptes ?K.D.: Globalement oui, il y a une nette évolution, une rentabilité des fonds propres sur 2006 qui s'est fortement améliorée. Nous avons une croissance qui a presque doublé. Les banques ont fait de meilleurs résultats et elles ont recouvré un peu plus de crédits. Le Q.O.: On revient donc aux crédits...K.D.: Les formes dominantes de la banque, c'est du crédit d'exploitation et du crédit d'investissement. Les banques publiques font très peu de crédits de consommation, un peu de leasing et du crédit hypothécaire. Pour obtenir un crédit, en gros, le client doit prouver l'intérêt de son projet et fournir tous les éléments d'appréciation sur sa rentabilité et sa profitabilité. La banque, elle, doit définir un certain nombre de garanties pour le recouvrer. Elle est soumise à un certain nombre de règles édictées par la Banque d'Algérie, en terme de niveaux d'engagement, de formes de garanties et de classement des créances. Nous avons à peu près des créances ou un encours de crédits des banques d'un peu plus de 2000 milliards de dinars qui sont dans la sphère économique. Grossièrement, c'est réparti 50, 50 entre les crédits d'investissement et les crédits d'exploitation.Le Q.O.: Et les créances douteuses dans tout ça ?K.D.: On a des créances douteuses quand un client accuse un retard de différents niveaux dans le paiement. Vous avez un 1er niveau «risqué», un 2e «très risqué» et un 3e «compromis».Le Q.O.: Il y en a beaucoup du 3e niveau ?K.D.: Le taux des créances non performantes est de 35%. A côté de ces créances, la banque s'oblige à prendre toutes les garanties.Le Q.O.: A propos de garanties, si on enclenche le circuit judiciaire, ça peut prendre de longues années, la banque aura de toute façon perdu.K.D.: Il y a trois garanties essentielles, financière (un dépôt, un bon de caisse, une obligation ou autre), une police d'assurance, une garantie d'Etat pour des projets d'utilité publique. Une autre, celle hypothécaire à hauteur de 50%. Le Q.O.: Est-ce qu'en cas de non remboursement, la banque peut saisir les biens ?K.D.: Bien sûr ! Le Q.O.: On dit que pour le partenariat, ces créances douteuses pèsent lourdement dans la décision des partenaires étrangers... C'est un peu ce qui se dit sur le CPA contrairement à ce que la tutelle avance.K.D.: La notion de créances non performantes est universelle. Elles existent dans toutes les banques du monde. Pour le CPA, il y a eu plusieurs phases d'évaluation, une sorte de check-up qui devait être suivi par une data room, par laquelle on examine tout le portefeuille... Le Q.O.: Les spécialistes de la finance estiment justement que l'opération a pris trop de temps.K.D.: Par ces démarches, nous avons produit tout le cadre légal nécessaire pour l'opération.Ce qu'il faut savoir c'est que le CPA n'a pas été touché par la crise des subprimes mais nos partenaires étrangers si, parce qu'ils sont présents sur les marchés mondiaux.Nous savions du moins que certains d'entre eux allaient être sanctionnés par ces marchés. Et ce n'est que sur 2007 que les pertes vont être constatées et ce n'est que sur le 1er trimestre 2008 qu'il va y avoir transparence des comptes.Le Q.O.: Tout à fait au début, vous avez parlez de traçabilité, est-ce que l'Algérie a les moyens de suivre celle des capitaux ?K.D.: La traçabilité dans les opérations de paiement se fait en électronique et assure le lieu, le montant et le bénéficiaire de l'opération.Mais la traçabilité dont vous parlez c'est le blanchiment d'argent et tout ce qui tourne autour du contrôle financier. Nous avons la CPRF, la cellule du traitement du renseignement financier qui a pour mission de travailler dans ce sens-là sur la base de ce que nous appelons une déclaration de soupçon. Le Q.O.: Il y a eu beaucoup de déclarations de soupçon ?K.D.: Il y en a de plus en plus parce que la CPRF n'a commencé à travailler qu'en 2007 seulement. Le Q.O.: Est-ce que l'Etat prend assez de règles prudentielles pour éviter les scandales financiers ?K.D.: Nous n'avons rien inventé en la matière, nous nous conformons aux règles universelles qui sont les règles de Bâle I, et nous allons bientôt à Bâle II. Le Q.O.: Qui peut faire des injonctions à la banque publique ? K.D.: Personne, même pas la banque centrale. Elle a une obligation de contrôle et de sanction, mais c'est la commission bancaire qu'elle préside qui en est l'autorité. Le Q.O.: Mais ce sont peut-être les scandales financiers qui sont nombreux, qui effraient aussi les investisseurs étrangers.K.D.: Si les investisseurs décrient le système financier et bancaire, je pense plutôt que c'est sur le degré de libéralisation du marché bancaire et la réglementation de change.S'ils considèrent que la banque publique ne fournit pas le nécessaire en la matière, ils ont les grandes banques internationales qui sont présentes sur le marché national. Il y a aussi 6 banques arabes qui sont en voie d'agrément. Le Q.O.: On voit qu'à la place Port Saïd d'Alger, on change l'argent au vu et au su du policier qui est en faction. Est-ce légal ?K.D.: Du point de vue légal, il est permis l'ouverture de bureaux de change. Des bureaux qui sont régis par un texte de la Banque d'Algérie qui situe le niveau de rémunération de l'argent. La réalité du marché, c'est que vous avez des bureaux de change uniquement dans les hôtels. Les opérations de change à Port Saïd sont illégales. Mais le taux de change à ce niveau est alimenté par des opérations fortement réduites. Il était alimenté surtout par les importations de véhicules d'occasion. C'est donc une portion très limitée des transactions qui se fait sur ce marché. Une portion qui doit évidemment rentrer dans la sphère légale. Le Q.O.: Etes-vous sûr que c'est une portion très limitée alors que tout passe par Port Saïd ?K.D.: Calculée par rapport aux importations, nous avons eu pour l'année 2007, 27 milliards de dollars d'importations dans le cadre légal. Non, je n'en ai pas une idée précise... Le Q.O.: Ce qui se passe à Port Saïd échappe alors à l'Etat ?K.D.: C'est sûr que ça échappe à l'Etat, ce sont des transactions informelles. Le Q.O.: Qu'est-ce qui empêche l'Etat de laisser ouvrir des bureaux de change puisque la réglementation le permet ?K.D.: C'est le marché qui ne se constitue pas en bureau de change, ce n'est pas l'Etat. Il pourrait se substituer à ces gens-là et faire lui-même des bureaux de change, mais je ne pense pas que ce soit un métier de l'Etat. Je pense qu'on doit travailler pour que les bureaux de change autoritairement s'installent, ils ont la possibilité de le faire légalement. Le Q.O.: Le prix du pétrole a baissé et l'Algérie a placé la moitié de ses réserves aux Etats-Unis et en Angleterre. Aura-t-elle des répercussions négatives sur ses gains ?K.D.: A chaque fois que le pétrole baisse, en terme fiscal, nous perdons à peu près 40 milliards de dinars par an. Cette baisse a un double effet, la baisse de nos recettes, celle des ressources de Sonatrach et de ses dépôts auprès de la BEA. Elle baisse bien sûr les liquidités du marché bancaire algérien. C'est très important d'avoir ça en tête. Le Q.O.: Mais on a aussi en tête que la loi de finances est basée sur un baril à 19 dollars seulement.K.D.: Ce qu'il y a entre les 19 et les 100 dollars, retombe dans le fonds de régulation qui est un fonds d'épargne pour le paiement de la dette et le financement du déficit du Trésor. Ce fonds est aussi un élément régulateur de l'inflation. Nous avons terminé l'année 2007 avec dedans 3216 milliards DA. Nous avons réduit simultanément la dette publique intérieure entre juin et décembre 2007 de 41%. Elle était de 1780 milliards DA, elle est passée à 1050 milliards DA. L'objectif est d'arriver à 500 milliards DA en décembre 2008. La dette publique externe, elle, est un peu moins de 900 millions de dollars.Ce sont essentiellement quelques dettes multilatérales, avec la Banque mondiale et d'autres organismes internationaux, avec de très fortes concessionalités, c'est-à-dire que avec un taux d'intérêt très très bas.Quant à la dette privée externe, elle est à moins de 4 milliards de dollars. Elle ne concerne que les agents économiques qui activent sur les marchés internationauxLe Q.O.: Et les répercussions de la chute du dollar sur l'économie nationale ?K.D.: Il faut savoir que les placements faits par l'Algérie à l'étranger sont faits en valeurs d'Etat et non en valeurs privées, c'est-à-dire auprès du Trésor américain ou autre de la même monnaie. Le risque est donc nul parce que ce ne sont pas des risques de marché. Le désavantage, c'est que la rémunération est une rémunération faible parce que la différence entre un risque nul et un autre faible se traduit, dans ce cas, dans la prime de risque. En économie, l'actif est accompagné d'un couple rendement-risque. Plus le risque est fort, plus le rendement est fort. Et inversement. Mais bien que le taux de rendement des bons du Trésor américain ait encore baissé, ces placements assurent à l'Algérie des liquidités qu'elle peut placer ailleurs à tout moment. Elle en a d'ailleurs d'autres en euro, en yen et en livre sterling. Le Q.O.: On dit que par ces placements l'Algérie finance le déficit américain.K.D.: C'est le système bancaire de Bretton Woods qui veut ça.Le Q.O.: N'y a-t-il pas un autre moyen pour fructifier son argent, l'injecter en investissement dans l'économie par exemple ?K.D.: L'Algérie ne peut pas l'injecter en entier dans son économie, sinon elle va alimenter l'inflation. Le Q.O.: Elle est où la Bourse d'Alger ?K.D: Vous voulez l'adresse ? Rires. Le Q.O.: Non... Pourquoi n'existe-t-elle plus ?K.D.: Le marché financier a trois volets, celui des obligations, celui des actions et celui des valeurs du Trésor. Vous avez un certain nombre d'émetteurs qui ont levé des emprunts sur le marché des obligations et vous avez deux titres qui sont inscrits à la Bourse, au marché des actions. Il s'agit de Saïdal et de l'Aurassi, Eriad a été retiré de la cote.Le marché obligataire est jugé par les experts comme l'un des plus prometteurs des pays émergents. Le marché des actions, est celui dont vous parlez, est bien organisé, d'un point de vue technique, ça marche bien et les gens ont été bien formés pour le faire fonctionner. Il y a cependant un problème, c'est que pour un marché, il faut des clients, des entreprises qui ouvrent leur capital pour l'alimenter. Et là, il y a deux contraintes, c'est que nous avons plus de 80% de sociétés à responsabilité limitée (SARL). La deuxième est que quand vous ouvrez votre capital en Bourse, vous avez une obligation d'avoir des résultats positifs et celle de transmettre régulièrement au marché, exercice par exercice, l'information comptable et financière. La réalité est qu'il n'y a pas beaucoup d'entreprises qui ont souhaité ouvrir leur capital ou l'augmenter sur le marché des actions. Le ministre de l'Industrie et de la Promotion de l'investissement peut, lui, dans le cadre du processus de privatisation, demander autoritairement à des entreprises d'ouvrir leur capital à x%. Je pense qu'il est en train de réfléchir à ça. Le Q.O.: En fait, le marché financier algérien existe-t-il vraiment ?K.D.: Le marché des obligations est un bon marché, avec un encours de près de 160 milliards DA, avec dans peu de temps l'introduction à la cote de trois titres d'Etat, trois obligations assimilables du Trésor que nous allons mettre à la cotation, c'est-à-dire que les ménages pourraient les acheter. Le marché des actions fonctionne même si c'est avec une faible capitalisation, inférieure à 1% du PIB. Tandis que le marché des valeurs du Trésor est un excellent marché avec un montant d'encours de près de 800 milliards DA organisé autour d'un marché primaire et secondaire et dont les titres qui sont des valeurs d'Etat, sont inscrits auprès du dépositaire central qui est la Banque d'Algérie et Algérie clearing. Le Q.O.: Dans le reste du monde, quand les Bourses baissent, les économies sont bouleversées, qu'en est-il pour l'économie algérienne qui n'a pas de Bourse ?K.D.: Comme le financement de l'économie nationale par la Bourse est limité, tout mouvement opéré sur la Bourse n'a que peu d'impact sur l'économie réelle, c'est-à-dire sur les activités de production de biens et de services des entreprises. Ailleurs, c'est différent. Le financement des économies par la Bourse est dominant. L'intérêt de la Bourse dans ce cas, c'est qu'elle permet d'assurer des mouvements de capitaux et de la transparence. Il faut aussi savoir que ces économies fonctionnent dans un contexte de liberté de mouvements des capitaux avec une convertibilité totale qui favorise une propagation transfrontalière des risques Le Q.O.: Qu'en est-il alors de la convertibilité du dinar ?K.D.: Nous sommes en régime de convertibilité courante de notre monnaie, ce qui signifie que toutes les transactions de biens et de services sont libres. Pour que cette convertibilité soit totale, il y a à mon sens trois conditions fondamentales: il faut de bons indicateurs macroéconomiques, nous les avons mais il faut qu'ils soient confirmés sur une période beaucoup plus longue, sur plusieurs années; il faut une plus grande diversification de nos revenus internes et externes et enfin une plus grande confiance dans la monnaie nationale.
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