De notre correspondant à Oran
Samir Ould Ali
Décidément, le secteur du commerce n'est pas près de s'organiser en Algérie et l'anarchie continue de régner en maîtresse dans un pays où les pouvoirs publics n'arrivent toujours pas à imposer la loi. Et, encore une fois, la preuve nous a été administrée à l'occasion de l'Aïd El Adha par ces centaines de maquignons improvisés qui se sont installés dans les espaces publics, ces marchands qui n'ont pas hésité à transformer provisoirement leurs magasins en locaux de vente de foin et de charbon, et ces jeunes qui ont, à l'occasion, adopté la carrière de rémouleur pour aiguiser les milliers de couteaux à apprêter pour le sacrifice du mouton, pendant que d'autres proposaient à la vente un matériel tout droit venu de Chine. Et c'est ainsi que, pendant près de quinze jours, il a été impossible au citoyen lambda de distinguer les espaces officiels des marchés informels, les moutons qui ont fait l'objet d'un contrôle sanitaire de ceux qui n'ont jamais connu d'examen vétérinaire : «Si les services du commerce avaient fait leur travail, nous n'aurions jamais vécu pareille confusion, ni subit ces prix assassins!», ont dénoncé des consommateurs en s'interrogeant sur la persistance de ce phénomène à chaque Aïd, en dépit des mesures de réorganisation des marchés annoncées par les pouvoirs publics. Du moins, théoriquement, puisque les mêmes dysfonctionnements et les mêmes anomalies reviennent chaque année avec, en prime, pour cette année 2012, la démultiplication exceptionnelle des points de vente de bestiaux à l'intérieur même du tissu urbain. Des moutons partageant les artères de la ville avec les automobiles sont des scènes devenues presque récurrentes et prêteraient à sourire si cela ne dénotait pas d'une inquiétante régression sociale.Cette atteinte au cadre de vie n'a pas le moins du monde interpellé les pouvoirs publics, manifestement beaucoup plus préoccupés par la nécessité de convaincre les commerçants de produits de large consommation d'ouvrir durant les deux jours de l'Aïd. Invité à s'exprimer à la radio, à la veille de l'Aïd, le ministre du Commerce lui-même n'a pas eu un mot sur les marchés à bestiaux, préférant rassurer sur les mesures prises pour amener les commerçants à assurer une permanence les vendredi et samedi passés, afin d'éviter l'amère expérience de l'Aïd El Fitr. Il est vrai, à la décharge de Mustapha Benbada, que l'organisation des marchés - quels qu'ils soient- ne relève pas de sa seule compétence et appelle l'implication d'autres ministères, ceux de l'Agriculture et de l'Intérieur notamment, particulièrement dans cet environnement rongé par l'informel.
Si, une semaine après la fête du sacrifice, on connaît les conséquences de ce grand souk sur le cadre de vie et le moral des consommateurs aux faibles et moyens revenus, on ignore tout du préjudice subi par le Trésor public, puisque l'écrasante majorité des ventes au détail s'est faite au noir, sans la moindre trace comptable. Et il n'est pas sûr que les transactions de gros aient pris une tournure différente, tout le monde connaissant l'affection des opérateurs pour ce genre de commerce qui ne s'embarrasse pas de formalités et autorise des gains plus substantiels.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : S O A
Source : www.latribune-online.com