La rumeur avait raison
La psychose de l’enlèvement qui s’était emparée d’Oran, et par dévers du pays, n’était pas -finalement- un produit de l’imagination des citoyens; si l’on devait se référer aux réponses apportées par Zerhouni à une question orale au Sénat. Les rumeurs les plus folles avaient, on s’en souvient, circulé et s’étaient vite propagées, charriant des histoires d’enlèvements d’enfants, et d’adolescent(e)s. Des informations que radio-trottoir avait amplifiées en l’absence de réaction officielle diffusée en temps réel. Certaines personnes, animées par la meilleure des intentions se faisaient les relais de kidnapping ici et là, allant jusqu’à voir des suspects partout. Des automobilistes qui se garaient pour la première fois dans une cité étaient étroitement surveillés et le pire était à craindre au moment de la sortie des écoles. Des histoires d’enfants découverts morts dans des coffres de voitures abandonnées, le bassin ensanglanté, avaient fait le tour de la ville d’Annaba. Ce qui ne dispense pas Alger ou Oran de mésaventures analogues, si d’avis ces rumeurs -que la Police n’a jamais confirmées- s’avéraient vraies.
Le propos n’est pas de faire un mauvais procès aux services de sécurité qui ont déjà fort à faire avec un quotidien saturé par des incidents plus ou moins importants que la décennie rouge a engendrés: terrorisme latent ou résiduel, petite et moyenne délinquance, grand banditisme, crime organisé et... rumeurs, mais de reconnaître que le kidnapping est une réalité avec laquelle il faudra désormais compter. Soutenir que «le phénomène est étranger à nos valeurs», tout comme l’affirmaient des responsables concernant le terrorisme durant la tragédie nationale, n’améliore pas les conditions de notre sécurité quotidienne. Le fait est que le crime est un fléau universel dont les motivations ne sont pas toujours celles avancées. Le patrimoine culturel et religieux universel s’accorde, au moins, sur ce point: le crime est né avec l’humanité quand Caïn tua son frère cadet Abel par jalousie. Aucune société n’est prédisposée au crime. Ce seront, outre les mesquineries dans des proportions gardées, l’injustice et les maux sociaux qui forgent le profil de l’assassin. Les difficultés pour vivre -ou survivre- feront que le pas sera franchi.
Zerhouni a donné des statistiques concernant l’année 2007 uniquement. Combien y en a-t-il eu avant? Le chiffre n’est pas important en soi. Le kidnapping est un crime comme un autre. Sauf qu’il faut reconnaître son existence. Ceux qui peuvent se permettre une protection «privée» n’ont pas attendu la confirmation de la «naissance» du fléau. Cela n’a pas empêché les services de sécurité d’accomplir leurs missions. L’information intéresse les autres catégories. Ceux qui sont sensibles aux rumeurs, aux vérités et aux contradictions d’une société qui s’ouvre sur une mondialisation dont elle n’hérite, pour l’heure, que les aspects négatifs: cybercriminalité, blanchiment d’argent, drogues dures, et ... kidnapping, justement.
Miloud Horr
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Posté par : sofiane
Source : www.voix-oranie.com