« Beaucoup de
bruit pour rien». Telle est la conclusion que l'on pourrait être tenté de tirer
à propos de l'affaire des quotas qui a agité le football français ces deux
dernières semaines. En effet, personne ne devrait être sanctionné et il est
acquis que le sélectionneur Laurent Blanc restera en place. Certes, il est
possible que certains membres de la Direction technique nationale (DTN) française et
de la
Fédération française de football (FFF) soient rappelés à
l'ordre mais, dans l'ensemble, le scandale semble se dégonfler comme un ballon
de baudruche. Du moins en apparence…
Car il ne faut
pas se leurrer. L'affaire va laisser des traces. Parions d'ores et déjà qu'elle
rebondira dans quelques semaines ou dans quelques mois. Il suffira d'un rien.
Que la presse relate le mauvais comportement d'un joueur d'origine maghrébine
ou sub-saharienne ou qu'un joueur décline la sélection en équipe de France
parce qu'il préfèrera jouer avec l'Algérie ou le Sénégal et les commentaires
sur les «mauvais français» feront écho aux propos plus que déplacés à propos de
la nécessité de limiter les binationaux «potentiels» dans les centres de
formation.
En attendant, il
y a d'ores et déjà de nombreux enseignements à tirer de ce pitoyable épisode
qui mêle propos du café de commerce, ignorance et intentions discriminatoires.
La première chose que l'on peut relever c'est que cette crise indique à quel
point la société française est sur les nerfs, prête à s'écharper sur des
questions liées à la couleur de peau et sur la banalisation des propos
racistes. Il n'y a qu'à voir l'indignation de certains anciens joueurs comme Thuram ou Viera. Au lieu d'être
soutenues, leurs prises de positions ont souvent été critiquées par les médias
et par certains de leurs anciens coéquipiers (Dugarry,
Petit). A la colère des uns, répondait ainsi
l'incompréhension et l'agacement des autres.
Par les passions
qu'elle a engendrées, cette affaire de quotas qui seraient appliqués à de
jeunes joueurs susceptibles d'avoir une deuxième nationalité, démontre que le
débat très peu républicain sur l'appartenance ethnique, nationale et
religieuse, est bel et bien présent dans la société française. Pire, il
l'empoisonne. C'est le résultat d'une décennie de polémiques, de petites
phrases mesquines à propos de la prédominance de joueurs noirs dans l'équipe de
France de football mais aussi de stratégies politiques destinées à diviser les
Français et à faire de «l'autre», qu'il soit noir ou arabe, le coupable idéal
afin de faire oublier l'état lamentable de l'économie et l'explosion du
chômage.
Quatre années de
présidence Sarkozy, quelques débats minables sur l'identité française et la
place de l'islam dans la société, et voilà le résultat. Des gens à cran, qui
veulent en découdre à la moindre occasion. Des contempteurs de l'engagement
antiraciste qui profitent de cette dernière polémique pour essayer de prouver à
quel point les antiracistes en font trop et souvent à cause de pas grand-chose.
Une opinion publique qui se lasse et se laisse gagner par les idées populistes
et, trop souvent, xénophobes. Jean-Marie Le Pen et
Alain Finkielkraut peuvent
être contents. Leurs déclarations sur le nombre de Noirs en équipe de France
ont fait leur chemin.
Qu'on le veuille
ou non, les propos de Laurent Blanc concernant les «Blacks» et les binationaux
n'étaient pas anodins. Ils démontrent qu'on peut très bien ne pas être raciste
et se laisser aller à prononcer un discours désobligeant à l'égard de l'autre.
Et c'est bien là où réside le problème. A force de se focaliser sur le racisme
ou la xénophobie, on n'oublie que la vie quotidienne, c'est souvent ces phrases
d'apparence anodine qui irritent, heurtent, blessent et finissent par faire
sortir les gens de leurs gonds. En matière de propos désobligeants concernant
la couleur de peau, la religion ou l'origine, le «il n'y a pas de quoi en faire
un plat » est souvent plus insupportable et insidieux qu'un racisme déclaré et
assumé. Beaucoup de bruit pour rien, cette histoire des quotas ? Pas si sûr…
Par ailleurs,
cette affaire devrait interpeller les dirigeants sportifs algériens. Dans un
pays au nationalisme chatouilleux, il est étrange de n'entendre aucune réaction
après les déclarations de nombreuses personnalités sportives françaises qui ont
expliqué que si un joueur binational optait pour l'Algérie ou tout autre équipe
africaine, c'était pour la bonne et simple raison que l'équipe de France A
n'avait pas voulu de lui. Et de laisser entendre que, finalement, l'équipe
d'Algérie pourrait s'apparenter à une équipe de France B voire à une équipe de
réserve…
Laissons-là ces
affirmations qui, il faut le reconnaître, ne sont pas toutes dénuées
d'objectivité. Il n'est pas question de remettre en cause l'attachement de tel
ou tel joueur à l'Algérie mais sachons regarder la réalité en face et admettons
que nombre d'entre eux auraient bel et bien opté pour la France s'ils en avaient eu
le choix. La conclusion de tout cela est simple. Il est plus que temps que le
football algérien redécouvre les bienfaits de la formation. La gloire des
années 1980 fut la conséquence de la fameuse réforme des clubs sportifs du
milieu des années 1970 et de l'investissement dans la formation. Importer 100%
de «talents» de l'étranger est une solution de facilité qui équivaut à «tuer»
les joueurs locaux. Bien sûr, cela peut permettre à certains de réaliser de
bonnes affaires et il faudra bien que l'on parle un jour ou l'autre de
l'activisme de quelques agents pour qui l'équipe de foot algérienne n'est rien
d'autre qu'un bon tremplin pour augmenter la valeur marchande de leurs
poulains. Mais que fera-t-on si, demain, les binationaux franco-algériens
s'engagent sur l'honneur à ne pas opter pour l'équipe d'Algérie avant tel ou
tel âge de manière à donner suffisamment de temps au sélectionneur français
pour les tester ? La filière des binationaux pourrait alors se tarir plus tôt
que prévu et l'Algérie devra tôt ou tard redécouvrir les vertus de la formation
dès le plus jeune âge. Autant le faire dès maintenant.
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Posté par : sofiane
Ecrit par : Akram Belkaid: Paris
Source : www.lequotidien-oran.com