Le court métrage "Les jours d'avant" du jeune réalisateur algérien Karim Moussaoui, projeté vendredi à la cinémathèque d'Oran, en compétition au festival d'Oran du filme arabe (FOFA), révèle un réalisateur d'un talent confirmé et une vision profonde.Ce film qui dure 42 minutes, est un récit non linéaire de quelques jours dans la vie de deux adolescents vivant dans un village "très chaud" au cours des années 1990, situé à une dizaine de km d'Alger.
C'est un regard croisé sur des événements survenus en l'espace de quelques jours à Sidi Moussa (Blida). Le réalisateur expose d'abord le point de vue de la jeune fille puis passe à celui du garçon, emboîtant le pas à Gus Van Sant et Alan Clark, qui ont opté pour ce genre de structures pour la narration de leurs films, portant les deux le titre "Elephant".
Le thème du film, la décennie noire en Algérie, n'est pas nouveau. La nouveauté réside dans le traitement, avec une lucidité, un recul et un détachement dans la perception des problèmes de la société présentés dans le film, notamment la violence, la frustration et les rapports de force entre parents-enfants, ce qui a donné au sujet beaucoup d'authenticité et de crédibilité.
L'auteur a traité le sujet d'une manière sobre, avec toutefois des rebondissements et des parti-pris inattendus, autant dans la narration que dans le traitement du son et de l'image. Pour l'habillage sonore, il a choisi musique vocale de l'opéra italien, qui contrairement aux attentes sert parfaitement la narration cinématographique de son film, malgré le fait qu'elle (la musique vocale) soit parfaitement étrangère à la culture algérienne.
Autre effet inattendu dans l'habillage sonore, est l'arrêt de la musique de manière parfois brusque et que le réalisateur explique comme un parti-pris visant à "casser un conditionnement" de l'£il et de l'oreille, qui se sont habitués à un certain modèle dans le traitement des films.
Autre risque pris par Karim Moussaoui, est le choix d'un langage cru quand il fait parler ses adolescents. Conscient du risque, il a expliqué, lors du débat qui a suivi la projection de son film, qu'il a préféré rester fidèle à la réalité et qu'il a fait le choix de la présenter sans la farder ni la fausser.
S'agissant de la durée du film, qui a dépassé le standard généralement accepté dans les festivals (30 minutes), un autre choix risqué parfaitement assumé par le réalisateur, il a indiqué qu'il ne "se limite" pas lorsqu'il écrit ou réalise ses films, et qu'il consacre à ses films le temps qu'il leur faut sans se conditionner.
A noter que le chroniqueur du journal "El Watan" a joué le rôle du commissaire et père de l'adolescente dans ce film, pour une première expérience en cinéma. Deux autres courts métrages ont été projetés vendredi en cette même séance.
Il s'agit de "Horizon", première œuvre de la jeune réalisatrice jordanienne Zine Duraie, qui traite de la condition féminine et "Le dernier dîner" (Jordanie) qui met en scène un fossoyeur schizophrène.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Le Temps d'Algérie
Source : www.letempsdz.com