Festival du film arabe: quel bilan ?
Quel bilan tirer de ce premier festival international du film arabe qui vient de se dérouler à Oran? D’abord la création même de ce festival est une initiative plus que louable pour une ville qui renferme un véritable vivier d’artistes du monde de l’audiovisuel -comédiens célèbres, réalisateurs prometteurs et même des producteurs téméraires). Par conséquent, la perpétuation de ce festival et son instauration définitive à Oran ne peut que nous réjouir. Donc pour ce premier bilan, nous allons commencer par les points positifs de cette première édition :
1- l’organisation de ce festival, malgré sa préparation en un temps record (ce qui n’est pas forcément une bonne chose) a été réussie. La prise en charge des invités, étrangers et nationaux, a été d’un haut niveau et a laissé de très bonnes impressions, notamment aux stars et journalistes arabes des pays participants. 2- La tenue d’une compétition pour le court métrage, en parallèle de celle du long métrage, est une très bonne initiative qu’il faudra reconduire pour les prochaines éditions. Elle permet en effet de découvrir de nouveaux talents, et encouragerait les jeunes réalisateurs à donner libre cours à leur créativité dans l’espoir d’attirer les regards sur eux. Il est de notoriété publique que le court métrage est souvent le ticket d’entrée pour le monde magique et difficile du long métrage.
Par contre, le festival gagnerait sûrement à éviter la programmation simultanée des deux compétitions, en programmant par exemple, un jour pour le long métrage et le lendemain pour le court métrage. Le public n’aura pas ainsi à sacrifier un film de 90mn pour aller en découvrir un de 20mn ou bien le contraire.
Réduire le nombre de films pour les deux compétitions serait lui aussi un autre point positif qui relèverait le niveau et éviterait de transformer le festival en marathon, que ce soit pour le public ou même pour le jury du festival.
3- Autre point positif de cette première édition, c’est le niveau des films programmés. Le public a non seulement eu l’occasion de découvrir un cinéma arabe inconnu (Bahreïn, Arabie Saoudie, Liban etc.), mais de véritables perles, comme le film Bahreïni du réalisateur Bassem El Thawadi «Bahrini Tale» ou encore «L’ombre du silence» du saoudien Abdallah El Mohissen. Si la vocation d’un festival du film est, justement, de faire découvrir des réalisateurs ou des œuvres inconnus, en choisir les meilleurs, c’est un plus qui augmente la notoriété de la compétition. C’est pour cela que nous pouvons dire que ce festival a, d’ores et déjà, gagné ses premières lettres de noblesse.
Maintenant dressons un petit bilan pour les points négatifs
1- Le lieu: le fait de programmer la projection des films en compétition pour le jury dans un lieu aussi huppé que l’hôtel Sheraton, a donné un cachet presque élitiste à la manifestation, et a fait que le public n’a pas eu l’occasion de voir de près les stars du cinéma arabe qui constituaient les membres du jury de la compétition. La projection des films pour le jury dans une salle de cinéma adéquate et en même temps ouverte au public aurait attiré les foules et donné plus d’impact et d’animation au déroulement de ce festival.
2- La défection de l’équipement: L’équipement technique de projection au niveau de la salle Es Saada ( ex Colisée) et la cinémathèque, a été le véritable point noir de ce festival. Non seulement, les appareils n’étaient pas performants, mais en plus, ils ont littéralement massacré la bande-son de tous les films programmés, car les nouvelles copies de films en 35 mm possèdent une piste son numérique (Dolby) qui nécessite une lampe laser spécifique, et lorsqu’elles sont lues par une lampe classique mono, elles produisent un son horrible et inaudible. C’est ce qui s’est passé pour tous les films programmés et a fait fuir de la salle les cinéphiles connaisseurs et exigeants. Pourtant les assurances répétées des organisateurs avant le début du festival et l’appel fait à une société française spécialisée dans le domaine, nous ont laissé croire que ce genre de problème n’aurait pas lieu. Que s’est-il passé pour que cette société, soi-disant spécialisée, soit incapable de faire correctement le travail pour lequel elle avait été sollicitée? Mystère.
3- La fréquentation des salles: Plusieurs réalisateurs, algériens comme étrangers, qui étaient venus présenter leurs films au public, ont été déçus, à juste raison d’ailleurs, par l’absence de celui-ci. En effet, mis à part quelques séances qui ont affiché presque complet, la majorité des films se sont déroulés devant des rangées de sièges presque vides. Pourquoi? La principale raison, c’est le manque d’information par l’image. Et s’il y a eu plusieurs milliers de prospectus et d’affiches qui avaient été confectionnés et distribués, il est aberrant qu’il n’y ait pas eu de bandes annonces diffusées à la télévision pour donner envie au public d’aller voir les films. Ceci est d’autant plus désolant qu’il se trouve que le président du festival est en même temps le directeur de la télévision nationale. Quelques bandes-annonces des films programmés, passées avant et après les informations de huit heures la veille de la projection, auraient attiré des centaines de spectateurs dans les salles. Cette méthode a déjà fait ses preuves sous d’autres cieux. Pensons-y l’année prochaine.
4- Le déroulement d’un festival qui se veut d’une envergure internationale en plein mois d’août n’est vraiment pas un bon timing.
Mais ce point n’est cité ici que pour souligner la décision des organisateurs de penser à programmer la prochaine édition pour le mois de juin. A condition de faire attention, là aussi, de ne pas faire coïncider cette manifestation avec les examens de fin d’année. En étudiant soigneusement cette question sensible de date, le festival ne pourra qu’en tirer plus de participation et d’envergure. Pour conclure, nous dirons que les Oranais sont conscients de l’effet bénéfique qu’aura sur l’image de leur ville l’instauration définitive d’une pareille manifestation, Oran, une ville qui a produit et continue de produire tant d’artistes et de créateurs célèbres. Un juste retour des choses.
Boualem Abdelhafid
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Posté par : sofiane
Source : www.voix-oranie.com