Oran - Revue de Presse

Festival du cinéma d’Oran



Mots et prétentions Le festival international du film arabe (ou ce qu’on a voulu comme tel) s’est achevé la semaine dernière à Oran. Il faut dire que, de son annonce à sa clôture, la manifestation a reçu un déluge de critiques, souvent sur le ton sarcastique, de la part de ceux qui ont cru nécessaire d’en parler. Le choix d’une ville comme Oran, souffrant d’un manque flagrant d’infrastructures comparé aux activités cinématographiques programmées, les conditions de préparation, la désignation des organisateurs, gestionnaires et autres parrains ou les pratiques en coulisses qui auraient entachées la compétition, ou encore le nombre et le niveau des œuvres présentées, et enfin l’information, quasi absente excepté celle officielle, ont été les ingrédients d’une déception ou d’une suspicion empruntant parfois des expressions de dérision. Mais, à bien voir, ces faiblesses n’en seraient peut-être pas unes pour un observateur qui n’en aurait pas demandé plus aux organisateurs; tout étant question d’adéquation (entre objectif et résultat), on ne s’y serait peut-être pas focalisé autant, n’aurait été le choix de l’étiquette grandiloquente de «festival» et la prétention tant ubuesque que farfelue qui avait l’air de le sous-entendre au vu de ce qu’on sait de notre situation culturelle.On aurait annoncé cette manifestation, à titre d’exemple, sous l’étiquette: Journées du cinéma arabe, et tout le monde aurait compris pourquoi la chose ne fut pas si grande, c’est-à-dire qui avait été modeste, avec des hauts et des bas, à la mesure des moyens et des disponibilités pour la culture. Mais, pourquoi donc, encore une fois, cette appellation de «festival», quand on veut dire que la culture pourrait rendre visite, chaque année, à Oran ? Une exagération générée par la paresse à définir, par un manque de lucidité ou par l’habitude ? Désir de frapper l’attention des spectateurs éventuels, d’attirer plus de participants? Festival du Raï, festival du théâtre, festival du conte, le vocable «festival» serait-il un simple mot qui sonne très bien ou qui résoudrait quelque inflation lexicale? Ou alors serait-il une sorte d’amplificateur magique du champ d’une manifestation en projet, en sorte qu’on ne pouvait pas s’empêcher d’y recourir pour remonter de quelques crans le prestige annoncé d’un ensemble de projections de films? Cela dit, il est difficile de ne pas croire que les organisateurs, au courant de l’infrastructure dont dispose la ville en matière de salles de projection, de l’état de la production nationale en films et de diffusion de ce qui en existe (état qui, avec un peu de respect de soi, ferait abandonner à n’importe qui d’autre ses prétentions de festival), avaient choisi sciemment le vocable. Même s’il était évident que celui-ci allait ainsi être un vernis aussi grotesque qu’il allait dénaturer ce qui était possible de réussir, présenté dans la juste prétention. C’est que, sûrement, dans les conditions que connaît le pays, le mot «festival» ici est celui qui convient le mieux aux natures désinvoltes et prétentieuses qui polluent l’atmosphère, et qui ont les yeux plus gros que le ventre. S’il existe chez les plus clairvoyantes d’entre elles une inclinaison à prendre à la légère le spectateur doublé d’un dessein de réaliser des objectifs personnels, il n’y aurait pas mieux, pour elles, que le mot «festival», car «festival» sonne, en effet, comme un fourre-tout et qui à lui seul justifierait ainsi une situation où l’on ne saurait jamais ce qu’on a voulu au juste, ni comment et quand a été réparti le budget et conclu les contrats de marchés et de services. Rien d’incroyable, le cas échéant. Ce serait à l’image du système: on affuble les projets de grands noms et de grands chiffres pour finalement -avec des années de retard de surcroît- accoucher d’une souris et murmurer dans les coulisses un coût réel qui regarde celui prévu de bien haut. On ne demande pas toujours les comptes en fonction du droit mais selon une visée politicienne ou lorsque des règlements de compte l’imposent. Un système surtout où, quand on décide d’agir, on ne rate pas l’occasion de mettre la charrue devant les bœufs. Comme quoi le festival de la tromperie, au mieux, du «va comme je te pousse» ne s’arrête jamais chez nous; il se reproduit partout. Il aurait fait des petits mignons dans l’art.
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