Oran - Revue de Presse

Evo Morales en état de légitime défense



En Bolivie, le président Evo Morales,élu démocratiquement et conforté par les électeurs dans un référendum où ilremettait en jeu son mandat, est empêché d'appliquer son programme. La droitebolivienne et ses puissants relais étrangers ne lui pardonnent pas lanationalisation du gaz et la réforme agraire. Il a été - confortablement - élusur la base de ce programme par la majorité de la population, mais c'est unemajorité de pauvres, et apparemment ces électeurs comptent peu. Et ils comptentencore moins quand il s'agit d'Indiens pauvres.

Les Etats-Unis défendent la démocratie dans les pays qu'ilsn'aiment pas, en Iran ou en Corée par exemple; ils y sont hostiles dans uneBolivie où les urnes ont donné le pouvoir à un militant indien. De manièreostentatoire, l'ambassadeur américain, PhillipGoldberg, a rencontré le préfet de Santa Cruz, larégion qui renferme les plus grandes richesses gazières. Simple visite decourtoisie ? Non, le préfet de Santa Cruz, Ruben Costas, est le chef de file d'une entreprise de séditionmenée au nom d'une stratégie sécessionniste. Son but est clairement desoustraire les richesses gazières, que Morales a eu l'outrecuidance denationaliser, au pouvoir central et donc au pays. Le tout sur fond de racismeanti-indien. La féodalité bolivienne, essentiellement d'origine européenne, nesupporte pas l'émergence politique des Indiens pauvres. EvoMorales, la veille de la commémoration du 11 septembre, celui du coup d'Etat dePinochet contre Salvador Allende, organisé avec le soutien de la CIA et de la Maison-Blanche, adéclaré l'ambassadeur américain persona non grata. Bien entendu, à Washington, labureaucratie d'empire s'indigne. Les centres de pouvoir n'ont pas admis lechoix démocratique de la majorité des Boliviens et encouragent en sous-maincertaines provinces, les plus riches, dans une entreprise de division du pays. Depuisle renvoi de l'ambassadeur américain, les partisans de la sédition sont passésà l'action violente en tuant plusieurs paysans indiens acquis à Evo Morales.

Le président bolivien n'a pas tort de parler de «coupd'Etat civil» en cours de déploiement. Il est patent que sont progressivementréunies les conditions d'une guerre civile propice à la fabrication d'un Biafraou d'un Kosovo en Bolivie. «Celui qui cherche la division de la Bolivie, c'estl'ambassadeur des Etats-Unis», avait accusé EvoMorales. Le président bolivien, estiment beaucoup d'observateurs, a fait preuvede naïveté démocratique en décidant que les préfets seraient élus et nondésignés par l'Etat. Or, certains de ces préfets, dans les régions les plusriches du pays, s'inscrivent, avec l'appui de l'extérieur, dans des logiques desécession. Violences, manipulations, obstruction..., EvoMorales ne verse certainement pas dans la paranoïa en observant la répétitionde tous les éléments qui ont mené au coup d'Etat du 11 septembre au Chili. Dansun tel contexte, les manoeuvres de l'ambassadeur américain sont loin d'êtreanodines. Rendre visite au préfet qui organise ouvertement la guerre desécession et qui envoie des nervis racistes s'attaquer aux paysans indiens etaux services publics, est bien ce qu'il paraît : un soutien clair et direct àdes aventuriers qui menacent l'unité nationale. Le gaz bolivien fait décidémentsaliver au point que l'on semble tranquillement envisager un Kosovo bolivien. Carc'est bien une tentative de démantèlement d'un pays à laquelle fait face unprésident à l'incontestable assise démocratique. Morales, président légitime etreprésentatif de son peuple, est fondé à agir et à s'opposer à un nouveau coupd'Etat. Accepter les immixtions grossières d'un ambassadeur en mission dedéstabilisation ne serait plus seulement de la candeur diplomatique, ce seraitun coup porté aux aspirations des plus larges secteurs de la populationbolivienne. Le président Morales l'a visiblement compris et a agi enconséquence.


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