Du 10 au 31 octobre, une association au nom, quelque peu étonnant, de «harkis et droits de l'homme», lance à Paris une série de manifestations culturelles et scientifiques dans laquelle les harkis, en tant qu'êtres et en tant que phénomène, occupent la place centrale. Cette manifestation, première du genre, qui coïncide curieusement avec le 54e anniversaire du déclenchement de la guerre de libération nationale, semble vouloir rappeler à notre mémoire le souvenir de ces hommes qui, ayant pris le choix volontaire et délibéré de défendre la cause de la France coloniale, n'avaient pas hésité à faire la guerre à leur pays et à leurs compatriotes. Une fois les colons partis, et en toute logique, ces harkis devaient partir avec eux car ils n'avaient plus de place ici du fait de leur choix et de leurs actes. Qu'on nous parle aujourd'hui des harkis sous le prétexte fallacieux des droits de l'homme, cela ne change rien, d'autant plus que, ceux-là mêmes qui le font, se font brillamment remarquer par leur silence devant le piétinement de ces mêmes droits en Palestine, en Irak et ailleurs.
Pour ceux qui l'ignorent, les «droits de l'homme» ne sont pas toujours compatibles avec l'humeur ou avec les souhaits. Il ne suffit pas de s'auto-décréter des droits pour les mériter réellement, et il ne sert à rien de coller ces droits à n'importe quoi sinon on déboucherait un jour sur des aberrations telles que «les droits de l'homme et la planète Uranus», ou «les droits de l'homme et les morts».
Ici, nous n'avons pas de complexe vis-à-vis des harkis. Nous ne les jugeons même plus et nous essayons autant qu'il se peut de ne pas nous en rappeler. Mais, entendons-nous, si dans cette vie d'ici-bas il suffit de savoir garder notre dimension humaine et que chacun assume ses choix d'hier pour pouvoir mieux supporter son présent, il convient aussi de se rappeler que, entre le silence et l'oubli, il est une différence de taille qu'il ne nous est pas facile de voir les autres occulter ou faire semblant.
Non, nous n'avons rien oublié. Le pouvons-nous d'ailleurs ? Nos pères, nos mères, nos voisins, nos oreilles, nos blessures, notre terre, nos pierres, nos arbres, notre ciel ... Rien en nous ou autour de nous n'a oublié et nul ne le pourrait. Mais nous avons préféré garder le silence, nous taire, pour tenter de nous occuper d'autres choses. Mais alors pourquoi veut-on nous rappeler des harkis ? Et pourquoi maintenant ?
Ce sont des citoyens d'un autre pays, celui qu'ils ont aidé ; et si, aujourd'hui, ce dernier ne le leur rend pas bien, c'est à sa mémoire défaillante qu'il faut s'adresser.
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Posté par : sofiane
Ecrit par : Aïssa Hirèche
Source : www.lequotidien-oran.com