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Entre le marteau et l'enclume Achats pour l'Aïd à Oran



Samir Ould Ali

Comme chaque fin de Ramadhan, les Oranais (du moins ceux qui n'ont pas pris les devants) courent les magasins d'habillement pour acquérir à leurs enfants les vêtements de l'Aïd. Et comme chaque fois, ils sont confrontés au même dilemme: soit opter pour le produit local, de qualité très moyenne -pour ne pas dire médiocre- et au prix élevé, choisir l'article importé, de meilleure qualité mais à un prix encore plus élevé ou alors, troisième option, se tourner vers le secteur de la friperie qui a l'avantage d'offrir des produits de bonne facture, à des prix très abordables : «Ma femme a choisi d'acheter étranger, explique ce père de famille au pouvoir d'achat moyen. Pour notre fille de quatre ans, nous avons acheté une petite robe avec gilet, importée de Turquie, pour 3 500 DA. Ce n'est pas donné mais pour le même prix, je ne suis pas sûr qu'on eût pu trouver une tenue de fabrication locale de qualité comparable. Les vêtements nationaux ne sont toujours pas de bonne facture et les produits de marque sont au-dessus de mes moyens». Et, par-dessus tout, l'homme craint de se faire abuser et de se retrouver avec des produits contrefaits : «Cela m'est déjà arrivé et ce n'est pas très agréable à vivre», reconnaît-il en se remémorant toutes les fois où il a payé le prix fort pour un produit de marque qui s'est, finalement, révélé être une pâle copie dont la durée de vie n'a pas dépassé quelques mois. Comme il a fait l'expérience du produit local qui, payé presque au même prix qu'un produit importé, n'a pas tenu au-delà de quelques semaines :
«Le métier de consommateur est très difficile», conclue-t-il.
Dotés d'un plus faible pouvoir d'achat, de nombreux autres consommateurs se tournent vers la friperie et son temple, le marché d'El Hamri. Avec ces dizaines de «stands» et des vendeurs plus ou moins arrangeants, beaucoup de familles trouvent leur compte, même si, pour la circonstance, elles auraient préféré «acheter neuf»: «Les produits ici sont importés et il n'est pas rare de trouver la perle rare pour deux ou trois fois moins que les prix pratiqués dans les boutiques du centre-ville. Ce qui n'est pas rien pour des parents qui doivent habiller trois, quatre ou cinq enfants», explique ce vendeur.
Et de fait, ce marché qui ne désemplit déjà pas en temps ordinaire, vit une véritable frénésie à l'approche des fêtes : des tenues pour enfants quasi-neuves à 1 500 ou 2 000 DA, des chaussures entre 700 et 800 DA, difficile de trouver un meilleur qualité-prix ailleurs et vendeurs et acheteurs trouvent leur compte.
Les enfants aussi.
Pourtant, beaucoup pensent que, quelle que soit la situation, le consommateur est toujours floué même si, en apparence, il semble content : «Il est sommé de choisir entre le produit local à la médiocre qualité, le produit de marque au prix inabordable et le produit de friperie qui oscille entre le neuf et l'usagé. Alors que la logique voudrait que le consommateur algérien puisse acheter du neuf, de bonne qualité et à prix accessible. Surtout en période de fête et après avoir assumé les frais du mois de Ramadhan», s'emporte cet autre père de famille devant ce qu'il qualifie d'injustice. Et beaucoup de consommateurs sont persuadés d'acheter des produits contrefaits : «Si tu n'es pas connaisseur, tu ne sais généralement pas ce que tu achètes et on peut te faire prendre des vessies pour des lanternes. Il ne faut pas oublier que la contrefaçon a pris des allures terrifiantes ces dernières années!», estime cet universitaire.
Bien malin donc, selon lui, celui qui pourrait affirmer avec certitude le pays d'origine de tel ou tel article et garantir que tel ou tel autre produit est authentique: «La contrefaçon a pris de telles dimensions qu'à moins d'être un expert, personne ne peut se porter garant des produits vendus dans les marchés», avait certifié un expert international au cours d'une rencontre sur la contrefaçon dans le monde, qui avait eu lieu à Oran, voilà quelques années.
S. O. A.
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