Comment appréhender le film " Le dernier ami " du syrien Joud Said, projeté en première mondiale à Oran ' Peut-on faire l'économie de la dimension politique dans le cas du cinéma syrien, eu égard à ce qui se passe dans ce pays et se contenter uniquement de la dimension esthétique ' La question reste ouverte. Mais ce film offre des clefs de lecture à la situation syrienne, à la veille du déclenchement de la révolution. Puisque " le dernier ami " met en prise un colonel des services secrets syriens, avec un médecin qui a décidé de mettre fin à ses jours. Le premier décide d'élucider l'acte du dernier et finit par tomber presque prisonnier de lui. Une sorte d'inversion des situations : le vivant qui devient otage du mort.
En visionnant les enregistrements laissés par le médecin, le colonel s'est pris de sympathie pour le mort. Il le manifestera à Maria, la fille du médecin, devenue du coup orpheline. D'ailleurs, à la fin du film, le colonel, qui vient d'être mis à la retraite, récupère la petite et rentre chez lui. Si cet officier qui a passé quarante ans de son existence à réprimer les citoyens, et à les envoyer en prison, finit par recouvrir une part de son humanité, son subordonné, le commandant Jaber, plus jeune que lui, fait preuve d'un opportuniste sans foi ni loi. Peut-être un autre message que le film délivre concernant les services de sécurité de ce pays, connus par leur violence. Pour preuve, il profitera de son statut d'enquêteur pour séduire une amie à la famille du médecin. Le comble, c'est qu'il trahira son supérieur à la fin de l'enquête, parce qu'il savait qu'il est partant en retraite.
En dehors des péripéties de cette enquête, qui se déroule à l'intérieur de la clinique du médecin et dans l'appartement du commandant, le film donne à voir la vie d'un quartier populeux de Damas, totalement coupé de la cité. Une sorte de périphérie par rapport à tout y compris le pouvoir central. On découvre les petites gens dans leur quotidien, avec leur bravoure et leur bassesse.
Tel cet ancien enseignant, devenu ivrogne et qui a des dispositions à la délation. Tel ce mécanicien dénommé Renault, parce qu'il s'est spécialisé dans la réparation de cette marque de voiture, qui excelle par sa générosité et sa bonhomie. Mais ce petit monde est destiné à disparaître.
Hassan, le frère du médecin, un affairiste véreux, finit grâce à la complicité du commandant des services secrets, par acquérir tout le quartier et décide de le transformer en immeubles. La connexion entre pouvoirs occultes est mise à l'index ainsi.
Sur le plan esthétique, le film se défend très bien. En dehors de quelques séquences aux débuts du film filmés durant le jour, tout le reste se déroule la nuit et souvent à l'intérieur.
Ce qui a nécessité une grande agilité dans la gestion des lumières. Le réalisateur, en privilégiant une luminosité très particulière, a réussi (ou du moins essayé) d'introduire le spectateur dans l'intimité des personnages.
De ce point de vue, il a réussi son pari. Comme il a réussi à nous renvoyer à une autre Syrie, qui prélude celle d'aujourd'hui en proie à une guerre civile.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Ziad Salah
Source : www.lequotidien-oran.com