La rentrée scolaire ne pouvait être hier, qu'à l'image de sa tutelle, un ministère où les responsables récidivent chaque année, en commettant des erreurs d'appréciation de l'école dans toutes ses dimensions. « On ne pouvait laisser les élèves sans livres. Cette situation marquée par l'urgence de mettre au plus vite des livres à leur disposition a fait que nous avions édité des livres contenant des erreurs », a déclaré mercredi dernier, le directeur de l'Institut national de la recherche en éducation (INRE). Ce n'est pas la première fois que le secteur de l'Education nationale fait dans l'erreur à grande échelle. Ce sont près de 40 millions de livres qui sont « infectés » par le virus de l'incompétence de son encadrement. Samir Boubkeur l'a d'ailleurs confirmé en notant que « la Commission nationale de révision du livre scolaire, installée l'année écoulée, avait mis en place 120 groupes de travail sur l'ensemble du territoire national qui se sont penchés sur les différents manuels et livres scolaires des trois cycles de l'enseignement, ce qui a permis ainsi de rectifier les erreurs constatées dans 148 livres dans les différentes disciplines et spécialités ». Il faut croire que l'erreur, si universellement elle est humaine, elle semble cependant être consacrée comme une tradition au ministère de l'Education nationale. Les stocks existants de manuels scolaires ont aussi eu leur lot d'erreurs. Aucun palier n'est épargné. La faute est établie sous le sceau de l'urgence. Engagée depuis 2003, la réforme du système éducatif est menée depuis, dans la précipitation. Les responsables du secteur ne s'en cachent pas. De l'urgence et de la précipitation, ils en font en effet, des justificatifs pour expliquer les multiples fautes d'orthographe, d'ordre scientifique, historique, pédagogique et autres d'appréciation morale. Ce sont des erreurs de fond que le système distille à des générations sous formes de fausses connaissances, alors que l'école est censée en corriger celles faites par l'histoire, les hommes et le pays. En fait, en avouant agir ainsi, les responsables du secteur semblent vouloir faire comprendre qu'ils travaillent sous la pression intense des fortes demandes émanant en même temps des écoles, des élèves et des librairies. Dans ce cas, c'est reconnaître qu'ils ne sont pas à la hauteur de la tâche qui leur est dévolue. Mais ceci est une autre histoire, celle du choix des hommes que le système politique en place écrit mal.
Au-delà de l'erreur « pédagogique », ces responsables font dans l'ineptie politique en refusant la permanisation des enseignants contractuels, disent-ils « au nom de la loi ». L'on ne saura jamais au nom de quelle loi, plus de 40 millions de manuels scolaires doivent être relus et corrigés alors qu'ils ont coûté à la communauté du temps, de l'énergie et de l'argent. L'on est en droit de s'interroger dans ce cas, pourquoi seuls les enseignants contractuels doivent-ils être soumis à un test de leurs aptitudes à faire de bons pédagogues ? Quid alors des critères qui ont prévalu dans le recrutement des « concepteurs » des manuels scolaires. L'évidence est que les politiques en sont les premiers qui devraient répondre d'un tel délit, puisqu'ils ont choisi la précipitation et l'urgence pour réformer un secteur certes sinistré de plusieurs années de laxisme mais combien déterminant dans la constitution des élites d'un pays. Manquant affreusement de prospective ou du simple sens prévisionnel, ils ne verront pas venir le jour où deux cycles de réformes se rencontreraient pour semer davantage d'anarchie dans les écoles.
Friand de statistiques, le gouvernement aurait pu prendre le recul qu'il faut, pour mesurer les incidences et les conséquences d'une réforme menée à la va-vite et qui ne peut éviter ce genre de télescopage. Les résultats sont désastreux : les classes de première année moyenne sont surchargées. « On a jusqu'à 48 élèves », nous disait hier des enseignants. Des manuels avec erreur ou sans, des élèves entassés les uns sur les autres sont naturellement dans l'incapacité d'assimiler le savoir. L'aménagement des horaires et programmes scolaires a aussi ses mécontents. L'on se demande ce qu'a bien pu dire le ministre de l'Education nationale le soir de son audition par le président de la République pour défendre sa réforme. La veille, Benbouzid avait pris ses devants en déclarant que ce qu'il appelle les « cours de remédiation pédagogique » sont désormais obligatoires. Le président de la République le lui a bien rendu en se contentant de lui recommander de bien prendre en charge les élèves dont le niveau scolaire et les ressources financières sont faibles.
L'on a appris hier, après un détour du côté des écoles, que les élèves qui se retrouvent avec des livres dont les erreurs n'ont pas été corrigées, pouvaient les utiliser comme « brouillon » en attendant, leur ont dit leurs enseignants, d'acquérir « les bons manuels ».
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Posté par : sofiane
Ecrit par : Ghania Oukazi
Source : www.lequotidien-oran.com