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Du bon usage des surplus



Un classement original des cinquante premières universités «de nouvelle génération» créées il y a cinquante ans, en 1962, récemment publié, montre une écrasante domination des institutions asiatiques et australiennes. Ce classement établi par une société spécialisée, en ignorant volontairement les «vieilles» universités, souligne la dynamique de développement de pays autrefois en queue de classement dans tous les domaines.
Naturellement et sans grande surprise, la Chine arrive en tête avec deux universités hongkongaises, les nouvelles institutions coréennes se classent dans les dix premières et deux établissements britanniques se classent honorablement. Les Français se désolent d'en être absents. Mais ce qui surprend est la présence de deux universités arabes, une saoudienne et l'autre émiratie au milieu d'un tableau élogieux. Les mauvais coucheurs pourront toujours prétendre que ces universités, la King Fahd University of Petroleum and Minerals et la United Arab Emirates University sont des institutions offshore, encadrées par des pédagogues étrangers et gérées par des spécialistes tout aussi étrangers. Pour ceux-là, ces positions dans ce classement mondial serait «de la frime» payée à coups de pétrodollars…
Ceux-là oublient que le décollage économique du Japon à la lointaine époque Meiji a été aussi favorisé par les formations modernes et de haute qualité assurées par «l'importation» d'enseignants d'Europe et des Etats-Unis. Créées respectivement en 1963 et en 1976, l'université saoudienne, basée à Dhahran, et celle émiratie à El-Aïn, ont formé des milliers d'étudiants selon les normes en vigueur dans les meilleurs établissements américains ou britanniques. Ce capital ne disparaîtra pas par enchantement comme les milliards du pétrole gaspillés dans la consommation et les «réalisations» sans lendemain.
C'est bien dans cette direction que devraient être axés tous les efforts du pays. L'éducation, quitte à briser des tabous, devrait être le premier bénéficiaire des surplus algériens inutilisés, placés en bons du trésor. Une partie de cette encaisse dormante, plutôt que d'être confiée à d'hypothétiques et très vulnérables fonds souverains, pourrait parfaitement servir à moderniser radicalement des universités sinistrées. S'il faut pour cela importer de la matière grise, autant le faire de manière déterminée plutôt que de se lamenter à longueur de colonne sur l'irrésistible, la très généralisée et très préoccupante baisse de niveau de l'enseignement.
La demande de formation et la curiosité des jeunes, comme celle des enseignants eux-mêmes, sont une réalité qui se heurte à des murailles bureaucratiques en béton. De quelle fatalité ce pays serait-il frappé pour que nul ne vienne imposer des solutions qui ont fait leurs preuves ailleurs, y compris dans des pays qui ne disposent pas du même potentiel que l'Algérie ' Pourquoi, alors que des «conseilleurs», dont on peut discuter du désintéressement, se relaient pour nous dire comment placer les excédents issus d'une ressource non renouvelable, aucun expert ne propose un plan ambitieux de relance des universités algériennes ' Alors que, placement pour placement, l'importation d'enseignants-experts, la formation du meilleur niveau possible de nos enseignants, la réhabilitation du circuit éducatif de l'école à l'université seraient sans doute le créneau le plus rentable stratégiquement. Pourquoi devrions-nous nous contenter de regarder passer les trains du progrès social et économique dans d'improbables ailleurs '
En attendant que la lumière nous atteigne, félicitons donc l'Arabie Saoudite et les Emirats Arabes Unis pour des investissements couronnés de succès et reconnus internationalement dans le seul secteur d'avenir : la jeunesse.


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