C'est sous le signe «d'Art Dbagh» ( jeu de mots pour Dar Dbagh, la maison de la teinture) que se tient actuellementt, au 11, rue Larbi Ben M'hidi, un espace géré par l'APC d'Oran, l'exposition de Mourad Belmekki.C'est une occasion pour le peintre de montrer au public ses toutes dernières ?uvres. L'artiste change constamment de registre, mais s'il y a une chose à laquelle il tient comme à la prunelle de ses yeux, c'est bien son attachement à la couleur telle que déclinée par les artisans de la teinture, comme le suggère le titre mais en allant toujours au-delà. Ce n'est pourtant pas faute d'avoir essayé d'autres voies.
C'est ce qui caractérise par exemple son travail dans les petits formats intitulés «Scorpion» ou «Concept» légendaires, de l'encre sur papier, des monochromes pour montrer des formes élaborées par petites touches (des signes) comme autant de pierres qu'on empile pour construire un mur mais où aucun élément ne ressemble à l'autre.
C'est dans le même esprit mais avec un rehaut de couleurs, du vert sur un fond ocre verdâtre que sont élaborés les tableaux de même format intitulé «Salamou» et «Parole de guerrier», deux entités qui, comme de faux jumeaux, paraissent semblables, mais sont en réalité opposables, ne serait-ce que par leurs contours. C'est ce qui définit avant tout le travail de Mourad Belmekki, c'est-à-dire donner à première vue l'illusion d'une gamme répétitive, mais proposer au final un répertoire riche et varié.
Les nuances de bleu, de vert et de mauve dominent la vingtaine de tableaux proposés dans cette exposition, notamment les grands formats, là où l'artiste s'ingénie à construire ses personnages par un ensemble de gribouillages partant du centre, comme s'il s'agissait de les révéler de l'intérieur, car les formes extérieures sont souvent évaporées dans le fond diffus de ses toiles.
Cet aspect se remarque dans «Ayred» qui combine des personnages dont on devine qu'ils sont déguisés et portant des masques, tels que décrits dans le rituel célébrant le début de la nouvelle année avec un fond qui n'est plus neutre, en ajoutant une couleur vive comme le rouge orangé pour s'opposer aux tons froids du tableau. Belmekki, inconsciemment ou pas, a su capter la symbolique cachée de cette célébration ancestrale millénaire ancrée dans la tradition et qui réactualise à chaque année le rapport ciel-terre.
La même idée préside sans doute à la création de l'?uvre intitulée «Passage furtif», un panorama qui regorge de vie faisant écho à l'univers aquatique et froid de «Manifeste bleuté», un tableau qui recèle également une once de menaces symbolisées par ces têtes de flèches noires. Tout n'est pas rose dans les travaux proposés dans cette exposition, à l'exemple de l'aspect sombre qui se dégage de certains tableaux, à l'instar de «Archaïque» I et II (technique mixte sur toile) ou d' «Invasion».
Ici, si le procédé est le même, les couleurs, elles, virent à l'ocre noirâtre, mais l'ensemble ne manque pas d'attrait. Ce «revirement» est plus prononcé dans le tableau intitulé «Dans les champs» montrant des espèces d'épouvantails plantés sur une terre brûlée par le soleil et où les motifs de la scène semblent redessinés sur un fond noir, comme s'il s'agissait du négatif d'une épreuve photographique vieillie. L'exposition est à découvrir dans les locaux de l'ex-association culturelle de la ville d'Oran.
? Bio
Né à Oujda mais originaire de la localité de Beni Senouss, wilaya de Tlemcen, Mourad Belmekki est l'une des figures marquantes de l'art pictural à Oran. Il enseigne au lycée Hamou Boutlélis et il a également été professeur de peinture au département des arts plastiques de Mostaganem. Ses premières expositions remontent aux années 1980.
Depuis, il n'a pas cessé de peindre et d'exposer individuellement ou collectivement. Parmi les dernières expositions, pour l'année 2018, «La peinture algérienne dans sa diversité» à la mémoire de Salah Hioun à Alger.
Auparavant, en 2017, «les 5 Arts Matures» au Musée d'art moderne d'Oran en compagnie du maître respecté et incontesté Mohamed Oulhaci, de Nouredine Belhachemi, de Mersali et de Abderrahmane Mekki, actuel directeur de l'Ecole des beaux-arts d'Oran. D. B.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Djamel Benachour
Source : www.elwatan.com