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Culture underground, artistes indépendants et arts anticonformistes à la peine Au manque d'initiatives, s'ajoute la difficulté de trouver un cadre d'expression



Culture underground, artistes indépendants et arts anticonformistes à la peine Au manque d'initiatives, s'ajoute la difficulté de trouver un cadre d'expression
«À chaque époque son underground, à chaque génération ses héros résistants aux dogmes», dixit J. F Bizot, journaliste, écrivain et homme de cinéma, entre autres «spécialités», qui est de surcroît une «référence majeure de l'underground», selon les professionnels et les critiques d'art. Cette définition a donné une autre image de la culture «underground», telle que baptisée par les américains dans les années soixante, qui est devenue l'expression avant-gardiste, anticonformiste et/ou non-conventionnelle. Revendicatives, dénonciatrices ou simplement pionnières, ces expressions artistiques s'émancipent de tous les liens, dépendances et cadres institutionnels, qui, d'ailleurs, les «excluent» parce que jugées «politiquement incorrectes», dérangeantes ou provocantes. Ce qui n'empêche pas cette culture de trouver audience en empruntant d'autres voies et vecteurs, principalement la rue, pour s'exprimer. Qu'en est-il de cette tendance culturelle, qui, au fil des années, est devenue planétaire, en Algérie ' Existe-t-elle ou a-t-elle déjà existé ' «La culture anticonformiste s'exprime généralement en solo. Aussi, a-t-on du mal à la percevoir, au point de croire qu'elle n'existe pas», dira un sexagénaire qui a connu «les années twist» et cette vague de Woodstock qui a atteint les rivages de l'Algérie et encouragé les jeunes artistes d'alors à prospecter d'autres formes d'expression. Mais l'overground ou le mainstream, pour peu qu'ils existent, détiennent toujours le haut du pavé, reléguant systématiquement à l'arrière-plan les expressions, si tant est qu'elles existent, produites par quelques groupes d'artistes. Cinémas de quartier, théâtres de maison, lectures en plein air, concerts open, happenings, peintures sur le vif' Ce sont des activités quasi absentes de la sphère et de la scène culturelles. On ne voit rien du genre en ville, ou rarement. Encore moins en dehors.
Les artistes non-conventionnels sont à chercher dans ce monde encadré et administré. L'indifférence des associations et autres mécènes qui, pourtant, pourraient participer à l'émergence de ce contrepoids culturel qui mettrait à nu l'état actuel de la culture institutionnelle et sa gestion catastrophique, oblige les quelques artistes indépendants à devenir, tout à la fois, militants, démarcheurs, promoteurs, organisateurs et interprètes, pour produire et se produire. Evidemment, dans les débats de salons, souvent stériles, tous les acteurs culturels se disent indépendants ne travaillant et militant que pour l'art. Mais dans les faits, ils sont nombreux à quêter le soutien institutionnel et la reconnaissance officielle. Et tant qu'ils n'ont rien eu, ils dénoncent et critiquent, jusqu'au jour où leur projet, production ou leur nom se retrouve sur la liste retenue pour telle méga manifestation, l'accès à un financement par un des fonds de soutien ou un poste de responsabilité.
Quant aux authentiques artistes, qu'ils soient amateurs ou professionnels, leur carburant sera leur volonté de vivre leur art, envers et contre tout et tous. Leur scène sera la rue, les carcasses de maisons et chantiers, les grands espaces du Sud et la vaste toile du web, avec ses réseaux sociaux qui sont les meilleurs promoteurs dont on puisse rêver. Au lieu de grossir les rangs de ces «mouvements» artistiques, certains milieux préfèrent être sous les feux des rampes, reniant leur combat, en ignorant qu'ils sont en train de renforcer l'underground, qui puise justement sa force dans le verrouillage des champs d'expressions et la mise sous tutelle de la liberté artistique. Car, en parvenant à éclater le cadre et en empruntant d'autres voies qui échappent au contrôle des institutions, les artistes indépendants s'adressent directement à la société, et ce faisant ils contribuent à la socialisation de la culture que les pouvoirs publics ne peuvent concrétiser, car englués dans des concepts et visions qui ne font plus recette.
Pourtant, en organisant toutes ces manifestations, mêmes éphémères et conjoncturelles, les autorités auraient pu se rendre compte de leur faible impact comparativement aux buzz enregistrés sur Internet pour telle danse ou telle vidéo qui enregistre un nombre de clics se comptant en millions. La logique aurait voulu que le sommet de la pyramide s'efforce d'intégrer ces artistes de l'underground pour renouer les liens rompus avec la base. C'est la dynamique qui s'enclenche depuis que les mouvements avant-gardistes existent.
Il appartient évidemment aux artistes de ne pas se fourvoyer et succomber aux trompettes de la renommée. Car, dès lors, ils deviendront des artistes «consensuels» qui chantent la gloire du sommet, leur pourvoyeur, et, comme lui, se coupent de la base d'où ils ont émergé. On appelle ça «la récupération». Mais si les deux parties parviennent à trouver le juste équilibre entre la culture institutionnelle et la contre-culture en donnant à chacune son droit à l'expression et à la manifestation, l'impact social ne sera que plus grand, ce qui est souhaité, car, il faut dire que dans ce tutti-quanti et tutti-frutti d'expressions dites artistiques, il y a un bon paquet qui n'a aucun rapport ni avec l'art ni avec aucune culture, si ce n'est celle «fast-food».
N. H.
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