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Culture et politique sont-elles antinomiques '



Culture et politique sont-elles antinomiques '
Photo : Sahel
Par Kamel Amghar
Le Mois du patrimoine, qui s'étale du 18 avril au 18 mai, a été cette année furtif. En effet, les trois premières semaines ont été presque entièrement voilées par la campagne électorale des législatives. Après un lancement en fanfare, les festivités, qui d'ordinaire jalonnent ce mois dédié à la culture et à la civilisation algérienne, sont passées presque inaperçues en raison de l'énorme tapage fait autour de la course au Parlement. Le coup d'envoi des réjouissances promettait pourtant un menu bien garni aux férus des arts et des belles lettres.
Le ministère avait ouvert le bal par l'installation de l'équipe du tout nouveau Musée maritime national situé aux voûtes Kheireddine-Barberousse (Amirauté d'Alger). La restauration toujours en cours de ce bijou architectural, mis à disposition par le ministère de la Défense, dotera sous peu la capitale d'un joli établissement culturel. C'est, on doit bien le souligner, une très bonne nouvelle pour une inauguration. Plusieurs expositions (archéologie, histoire, philatélie, arts et artisanat) ont été, par la même occasion, annoncées dans diverses villes du pays. Oran, Constantine, Aïn Témouchent, Annaba, Mila, entre autres cités historiques, ont également bien amorcé ce mois béni. Mais, la fête était, hélas, de courte durée. Il a fallu que le coup de starter soit donné à la campagne électorale pour que l'ambiance retombe. Comme si la politique et la culture ne peuvent faire bon ménage. Les nombreux prétendants aux sièges du Parlement, ignorant royalement le dossier culturel, ratissent la proximité en faisant de folles promesses concernant la lutte contre le chômage, la baisse des prix des produits alimentaires, la hausse des salaires, la résolution de la crise du logement, l'élimination de la bureaucratie et l'instauration de la justice. Aucun candidat n'a parlé d'art et de culture comme si ce secteur était parfaitement promu, comme si les artistes et les créateurs avaient tous les moyens pour travailler et s'exprimer. Même si on s'apprête, partout, à substituer des snacks et des magasins de prêt-à-porter au peu de librairies et de bibliothèques encore ouvertes, on croirait effectivement que la culture et l'art se portent bien. Exactement comme lors des campagnes législatives précédentes, les formations politiques en lice et les candidats indépendants n'ont pas jugé utile de faire des propositions et de tracer des perspectives pour booster et promouvoir la production culturelle, développer ses réseaux de diffusion, soutenir le tissu associatif et situer les dysfonctionnements et les ratés de la politique publique mise en 'uvre. Ils n'ont même pas l'ombre d'un plan d'action en la matière ou l'esquisse d'un projet alternatif. Sous d'autres cieux, les prétendants aux mandats électifs développent de riches réflexions dans ce sens pour gagner les précieuses faveurs des intellectuels et des culturalistes. L'influence de ces derniers sur l'opinion, locale et nationale, est pourtant immense. Les futurs députés auraient bien pu exploiter cette opportunité du mois du patrimoine pour toucher de près tous les activistes de la culture et donner un élan supplémentaire à leurs idées. La culture et la politique ne sont pas antinomiques. Elles sont, bien au contraire, intimement liées. Mais quand les futurs députés ignorent complètement un secteur aussi important, c'est qu'on a un sérieux problème avec l'intelligence et le savoir. Au lieu de faire dans la surenchère populiste et démagogique, les postulants à l'APN auraient gagné beaucoup de sympathie en proposant de nouvelles pistes aux artistes et aux férus de l'art à travers, par exemple, des idées sur la mobilisation de fonds au profit de la création culturelle ou des plaidoyers pour réelle socialisation de l'action culturelle. Les hommes politiques se doivent d'accorder toute l'importance requise au secteur car la culture est en mesure d'ouvrir des horizons nouveaux au pays. C'est même une priorité pour s'inscrire vraiment dans la modernité et préparer l'avenir dans la sérénité.


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