Oran - Revue de Presse

Conjurer la culture de l'aggiornamento



Longtemps cité comme un cas d'école dans la difficile etlaborieuse construction de la démocratie dans les pays du Maghreb et partout enAfrique, le cas mauritanien est en train de tourner à une douloureuse déception.L'ultimatum fixé au 6 octobre dernier par l'Union africaine aux putschistes aupouvoir depuis le 6 août dernier a pris fin sans aboutir à aucun résultatrassurant quant à un retour rapide à l'ordre constitutionnel.

Des voix issues d'autres horizons que ceux inféodés auprésident renversé ou aux militaires au pouvoir tentent, avec l'énergie du désespoir,d'influer sur le cours des évènements dans un pays d'abord maghrébin etafricain, mais surtout un cas d'espèce particulier dans l'esprit démocratiquequi a commencé à fleurir dans ce pays, avant d'être stoppé net dans son élanvers une sorte d'immunité acquise à fort prix contre les coups du sort et les«aléas» de la politique.

Dans le pays des Maures, classé parmi les moins lotis duContinent Noir et même du monde, la tension est à son paroxysme : les luttes àcouteaux tirés entre les fidèles du président renversé Sidi OuldCheikh Abdellahi et les partisans du généralAbdelaziz font plonger Nouakchott et d'autres villes du pays dans le chaos leplus total. S'il est vrai que la percée de la démocratie dans le pays des milleet un poètes avait suscité l'espoir et le respect chez beaucoup d'autrespeuples, «l'acquis», dont l'on se rend bien compte qu'il est encore trop fragile,risque carrément de se transformer en un cauchemar «éveillé» pour un peupledont la bataille du développement demeure le premier des défis.

Mettant fin à une série trop longue de coups d'Etat etautres «révolutions de palais», l'arrivée au pouvoir du présidentdémocratiquement élu a laissé espérer l'entrée du pays dans une ère destabilité et de développement.

La culture de l'aggiornamento est-elle à ce point la tareatavique de nombreux pays africains où des régimes dictatoriaux continuent de jouird'un silence coupable, que la déception vient d'un pays où la démocratierevendiquée dans la dignité par tout un peuple ne suscite que des (ré) actionstimorées de la part de l'Union africaine, royalement ignorée dans l'ultimatumqu'elle a fixé aux putschistes ?

Et si l'exemple du colonel OuldMohamed Val a été un court intermède dans l'histoire tourmentée de la Mauritanie, ce pays, biensympathique aux yeux de nombre de pays occidentaux, risque bien de demeurerlongtemps englué dans la zone des turbulences. Maisl'Union africaine, qui a déjà un mal fou à se «tirer d'affaire» dans d'autresconflits afro-africains, à l'exemple des bourbierskényan ou zimbabwéen, semble comme piégée par une affligeante impuissance dansle scénario mauritanien. Pour quelle (s) raison (s) ?

L'autre risque est que des sanctions soient prononcées contrece pays dont la population, déjà très éprouvée, risque à coup sûr d'en être lapremière victime. Ce pays, à l'importance géostratégique avérée, fait parailleurs l'objet de «calculs» qui en font le ventre mou de toute la région duSahel, mais surtout une véritable bombe à retardement, pas seulement pour lesMauritaniens eux-mêmes, mais pour toute la sous-régiondu grand Maghreb arabe. Et là est le véritable danger.


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