Après avoir assisté à la destruction de Ghaza par l'Etat hébreu, le monde
se mobilise pour sa reconstruction. Mais, qui pansera les blessures des
Palestiniens et leur fera supporter le deuil de leur histoire. Et surtout,
auront-ils le droit de revivre dans leur pays, libres et en paix ?
La Conférence internationale des donateurs pour la reconstruction de
Ghaza, réunis hier dans la station balnéaire égyptienne de Charm Echeïkh, est
plus qu'une simple opération technique d'aide à la reconstruction. Elle prend
un caractère éminemment politique qui s'inscrit dans un redéploiement
géostratégique qui met aux prises les diplomaties américaine et européenne. En
visite vendredi dernier à Ghaza, le Haut représentant de la diplomatie de
l'Union européenne (UE), Javier Solana, a déclaré que « l'objectif de l'action
européenne est la création de l'Etat palestinien auprès de celui d'Israël ». De
son côté, la secrétaire d'Etat aux AE américaine, Hillary Clinton, présente à
la Conférence, a réaffirmé l'engagement des USA pour la création de ce même
Etat palestinien. Mais alors, pourquoi ce projet n'aboutit-il pas ? Israël
est-il plus fort que tout l'Occident et le reste du monde réunis ? Ces
engagements de principe de l'UE et des USA ne sont, certes, pas nouveaux, mais
ils sont réitérés dans une conjoncture politique internationale particulière :
la prise de conscience des sociétés et opinions occidentales de la réalité de
la situation palestinienne et de la nature belliqueuse, violente et coloniale
de l'Etat hébreu. Après avoir érigé un siège de 18 mois autour de Ghaza, l'Etat
hébreu a procédé à des tueries collectives des populations civiles. Les peuples
occidentaux ont dénoncé massivement et vigoureusement (plus que ceux des pays
arabes muselés par leurs gouvernements) la folie israëlienne sur Ghaza. Ce
réveil des consciences occidentales intervient, en plus, au moment où ce même
Occident est frappé par une crise économique et sociale sans précédent. Ce
n'est pas rien. Et c'est pourquoi, il a été beaucoup plus question de politique
que de finances à Charm Echeïkh. Car, l'aide à la reconstruction de Ghaza,
estimée entre 2, 5 et 3 milliards de dollars, ne pose pas de problèmes
particuliers d'autant qu'elle est partagée par plus de 80 pays. A titre
comparatif, la seule aide américaine à Israël est de 1,2 milliard/an depuis
1999, en plus de l'aide militaire de l'ordre de 2,4 milliards de dollars. Ici,
il faut rappeler que l'aide financière annuelle de 1,2 Md à Israël prend fin en
2009. Elle a été accordée à l'Etat hébreu sur dix ans (1999-2009).
L'administration de Barack Obama ne maintiendra donc, que la seule aide
militaire. Du coup, l'Etat d'Israël se trouve confronté à une crise financière
qui hypothèque déjà son budget 2009. Les sources israëliennes parlent d'un
manque de 7 milliards de dollars pour le budget 2009. Ce bref rappel est
nécessaire pour comprendre que l'enjeu au Moyen-Orient dépasse la seule question
financière pour devenir, d'abord, un enjeu politique et géostratégique. Hier en
Egypte, le président français, Nicolas Sarkozy, a appelé « tous les
Palestiniens à se ranger derrière Mahmoud Abbas, le président de l'Autorité
palestinienne ».
Son appel intervient au moment même où le Hamas et les différentes
factions palestiniennes regroupées sous l'Autorité palestinienne négocient, en
Egypte, un accord politique. Les dernières informations font état de
l'imminence d'un accord inter-palestinien. Par ailleurs, le président français,
autant que le Haut représentant de la politique extérieure de l'UE ont soulevé
la question de la libération du soldat israëlien Gilad Shalit, détenu par le
Hamas depuis 2006. Ils n'ont pas signifié avec la même exigence à Israël la
libération de prisonniers palestiniens. Ils sont plus de 10.000 dans les geôles
israëliennes, dont des enfants et des malades chroniques. L'implication directe
de l'UE dans la crise israëlo-palestinienne depuis le début de cette année est,
pour des raisons historiques, légitime d'autant plus qu'elle demeure la
première pourvoyeuse de fonds à la Palestine. A l'inverse, les USA sont le
principal soutien de l'Etat hébreu. La crainte est que «l'affrontement» UE -
USA pour leurs positionnements stratégiques dans la région moyen-orientale
retarde l'aboutissement nécessaire et urgent d'un Etat palestinien dans ses
frontières de 1967 et l'instauration d'une paix durable.
Cette crainte est renforcée par la nature politique du nouveau
gouvernement israëlien conduit par une coalition de la droite dure et de
l'extrême droite, hostile à toute idée d'un Etat palestinien, y compris dans sa
configuration géographique actuelle. Pour l'heure, les situations sociale en
Cisjordanie et humanitaire à Ghaza sont telles, que l'arrivée de l'aide
financière internationale doit être saluée, mais ne doit pas cacher le reste,
c'est-à-dire le projet d'Israël d'occuper toute la Palestine et d'hypothéquer
pour très longtemps encore la paix au Proche et Moyen-Orient.
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Posté par : sofiane
Ecrit par : Notre Bureau De Bruxelles: M'hammedi Bouzina Med
Source : www.lequotidien-oran.com