Oran - Revue de Presse

«Conde» risque de passer un début 2008 agité Les dommages collatéraux du lobbying pro-israélien



S'agit-il du dernier épisode d'un de ces feuilletons controversés dont le pays de l'«Oncle Sam» a le secret ? Outre-atlantique, la question se lit sur bien des lèvres. Bien du monde s'y essaye au lendemain des «révélations» sur des liens - réels ou supposés - entre l'entourage immédiat de George W. Bush et des lobbyistes au service d'Israël. A la surprise générale, l'AFP et Associated Press ont répercuté, vendredi soir sur leurs monitors, des dépêches du genre à ne pas être au goût de la Maison Blanche. Que contenaient-elles de si important pour s'afficher, en un temps record, en top des pages d'accueil des sites web et tourner en boucle sur les ondes ? La détermination de deux avocats du remuant barreau de Washington à obtenir le passage à la barre - rien de moins - de la Secrétaire d'Etat et d'une petite brochette du commandement du renseignement américain. «Conde», dont le parcours aux côtés de Bush junior a cheminé sans la moindre vague jusqu'à présent, risque de vivre un début d'année 2008 agité. Deux lobbyistes pro-israéliens, Steven Rosen et Keith Weissman, ont demandé, par la voix de leur défense, que la justice fédérale entende la patronne de la diplomatie US. «Conde» et treize hauts responsables du renseignement, dont le Conseiller de Bush à la sécurité nationale, sont sollicités pour s'expliquer sur leurs rapports avec les deux amis d'Israël. Aux prises avec la justice sous le coup d'inculpation d'espionnage, Steven Rosen et Keith Weissman semblent décidés à tout entreprendre dans ce sens. Un juge fédéral les soupçonne d'avoir glané des informations «secret défense» auprès d'un haut responsable du Pentagone. Pour bien les défendre, leurs avocats ne lésinent pas sur les options de procédure. Y compris celle, hypothétique mais jouable, de demander le témoignage de voisins prestigieux du «Bureau ovale» présidentiel. Selon le récit circonstancié de l'AFP et d'Associated Press, la «chasse» informationnelle des deux accusés aurait profité à l'American Israël Public Affairs Committee (AIPAC), pièce maîtresse du lobbying pro-israélien, et à un responsable israélien à l'identité et la qualité non précisées. Les informations «fuitées» touchent au réseau Al-Qaeda, à la politique iranienne de la Maison Blanche et à l'Arabie Saoudite. Trois volets consignés au premier rang des préoccupations sécuritaires de l'Etat hébreu. L'affaire étant à ses premières manifestations, il est difficile d'en prévoir les effets politiques et les dommages collatéraux sur la Maison Blanche. Et de spéculer sur le risque d'un «Israëlgate» une trentaine d'années après l'affaire du «Watergate» et vingt ans après celle de «l'Irangate». Pour autant, des observateurs très au fait de la cuisine politique US n'excluent pas l'hypothèse d'un déballage sur les «coulisses» d'une diplomatie US inféodée à Israël et sous influence de ses lobbys. Pour peu que «Conde» soit convoquée par le juge. Hasard du calendrier, cette affaire fait irruption dans un contexte éditorial particulier. Il y a quelques semaines paraissait outre-atlantique un livre au titre choc, «The Israël lobby and Us foreign policy». Sa version française (1) n'a pas tardé à prendre place dans les librairies parisiennes. Dans une Amérique connue pour son inflation éditoriale, ce livre fera date. Inédit pour son objet, il se singularise, par ailleurs, par l'audace de ses auteurs. Qui ont osé s'attaquer, contre toute attente éditoriale, à un sujet qui a dissuadé bien du monde. Au risque de subir l'accusation d'antisémitisme, ils se sont lancés dans une enquête livresque que nombre de journalistes et d'essayistes se sont gardés de mener. Soit par conformisme ambiant, soit de peur d'essuyer les fourches caudines des terrorismes idéologique et intellectuel. Respectivement professeur de sciences politiques à l'Université de Chicago et professeur de relations internationales à la Kennedy School of government d'Harvard, Mearsheimer et Walt savaient le sujet inscrit au chapitre des tabous les plus pesants de l'Amérique. Mais ils étaient loin d'imaginer que son traitement participe presque de la mission impossible, voire du crime de lèse-majesté. En témoignent les attaques, du reste prévisibles, dont ils ont fait l'objet dans les pages littératures des grands quotidiens. En attestent, surtout, les péripéties de leur livre. Sorti à la fin de l'été 2006 sur les presses d'un éditeur new-yorkais, l'ouvrage couronne un... article de presse commandé par le mensuel The Atlantic Monthly à... l'automne 2002, un an après les attentats du 11 septembre. Ironie du sort, l'article donne l'impression de battre un drôle de record dans l'histoire des délais de remise de la matière rédactionnelle. Des années pour «pondre» un texte ? L'explication ne tient pas à quelque lenteur d'écriture de Mearsheimer et de Walt. Mais aux effets pernicieux de la chape de plomb qui pèse, telle une police de l'écrit, sur un chapitre constitutif de la politique américaine. Le rapport du monde politique US à Israël. Rien de mieux, pour comprendre cette pesanteur, que ce morceau choisi du livre-choc. Ecoutons ses auteurs : «A l'automne 2002, le mensuel The Atlantic Monthly nous a invités à écrire un article de fond sur le lobby pro-israélien et son influence sur la politique étrangère américaine. Nous avons accepté l'invitation après quelques hésitations, car nous avions bien conscience du caractère polémique du sujet et savions que tout article examinant de près le lobby, le soutien des Etats-Unis à Israël ou la politique israélienne elle-même avait toutes les chances de provoquer de violentes réactions». En dépit de ces risques patents, Mearsheimer et de Walt étaient décidés à s'y attaquer. «Nous avons eu le sentiment qu'il était grand temps d'évoquer cette question, notamment à la lumière des attaques terroristes du 11 septembre 2001 et de la guerre qui se profilait en Irak. Si le soutien des Etats-Unis à Israël était pour une grande part à l'origine de l'anti-américanisme au Moyen-Orient et une source de tension avec les principaux alliés des Etats-Unis, et si les groupes et individus pro-israéliens exerçaient une influence décisive sur la politique étrangère américaine dans cette région stratégique, alors il nous semblait important de poser ouvertement le problème et de favoriser un débat public sur les activités du lobby et leur impact». Parce qu'il s'agissait non pas d'un classique article de presse, mais d'une étude de type académique, le processus de rédaction a pris plus de deux années de recherches, d'interviews et de traitement des sources. Début 2005, les deux auteurs ont remis un manuscrit conforme «à la commande» des responsables rédactionnels de The Atlantic Monthly et imprégné de «la quasi-totalité de leurs suggestions». La surprise est venue quelques semaines plus tard sous forme de refus de publier, même «dans une version révisée» et édulcorée. Conscients d'avoir fourni un effort titanesque, les deux auteurs ont songé à le proposer à d'autres revues. Mais ont fini par renoncer, convaincus «qu'elles ne le publieraient sans doute pas». Après moult consultations et conseils décourageants, ils se sont décidés à transformer l'article en livre. Dès le départ, ils se sont tenus à un postulat-hypothèse qu'ils ont fini par confirmer à l'épreuve de toutes les étapes de l'enquête. «Après avoir fait état du soutien matériel et diplomatique considérable que les Etats-Unis fournissent à Israël, nous soutenions que des motifs d'ordre stratégique et moral ne suffisaient pas à l'expliquer complètement». Aux yeux des deux auteurs, ce soutien «était, en grande partie, dû à l'influence politique du lobby pro-israélien, un ensemble d'individus et d'organisations travaillant activement à l'orientation de la politique étrangère américaine à l'égard du conflit israélo-palestinien, dans la désastreuse invasion de l'Irak et dans la tension actuelle avec la Syrie et l'Iran. Nous suggérions que cette politique était contraire aux intérêts des Etats-Unis, et qu'elle était même nuisible aux intérêts à long terme d'Israël». Chemin faisant, nombre de faits, de documents, de témoignages et de profession de foi sont venus étayer leur hypothèse. Et, plus que toute portée, créer une brèche dans l'un des tabous les plus pesants de la politique US. (1) John J. Mearsheimer et Stephen M. Walt : Le Lobby pro-israélien et la politique étrangère américaine. Editions La Découverte.
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