
La volonté de l'Algérie d'inscrire la musique raï à l'Organisation des Nations unies pour l'éducation, la science et la culture (Unesco) pour la classer en tant que patrimoine universel est une bonne nouvelle. Mais elle est antinomique. Car les décideurs culturels algériens, selon toute vraisemblance, ne le souhaitent que sur le papier. Mais pas sur du papier à musique. Le soutien à une musique typiquement algérienne, populaire, juvénile, fleurant bon le terroir, ne devrait pas être une action creuse et pompeuse avec cet effet «b?uf» pas du tout efficient.Sur le terrain, en sa patrie, la réalité du raï est toute autre. Une sorte d'ostracisme, d'hostilité et autre aversion est à son endroit. La preuve patente est l'annulation du Festival du raï de Sidi Bel Abbès qui devait se tenir au mois d'août. L'on avance l'argument ? pas du tout massue ? qu'il aurait été «sacrifié» pour des contingences et incidences économiques. Une éviction sélective par rapport à d'autres festivals. La preuve : le Festival national de musique diwan sera inauguré demain et se tiendra jusqu'au 6 septembre à Béchar.D'un côté, l'on porte au pinacle le raï et, de l'autre, l'on procède à son «extinction»... La musique raï a toujours dérangé l'establishment islamo-baâthiste et autres pseudo-conservateurs de la décision, convertis en pères fouettards au nom de la «bienpensance» paternaliste, gérontologique, jurant avec la jeunesse. Cette majorité qui exulte. Elle est privée d'un espace d'expression directe. Une régression. En matière d'espace de liberté d'expression et de création. On ne peut pas faire de la musique raï une caricature de la société ou du pays, l'Algérie.Au contraire. Le raï devrait être une fierté, une gloire, mais guère une musique «satanique» comme on veut l'affubler. Peut-on détester la musique de son pays ' Que nenni ! Le raï, ce mal-aimé, n'est pas à sa première inimitié. Le Front islamique du salut (FIS) dissous n'avait-il pas interdit dans les années 1990 le fameux Festival du raï d'Oran ' Une fatwa éradiquant la culture sous toutes ses formes. Une autre fatwa sera prononcée, cette fois-ci en 2008.Celle-là est étatique, sous le sceau de la démocratie, grimée et surtout perfide, ne voulant guère dire son nom, contre la musique... raï qui vient d'Oran, d'Algérie. Le Festival du raï d'Oran ? instauré en 1985 ? sera délocalisé vers une ville voisine, Sidi Bel Abbès ? une autre patrie du raï ayant ses légendes : cheikh M'kalache, Ahmed Zergui, Raïna Raï et guitariste de légende, Lotfi Attar, cheikh Naâm, cheb Drissi Abassi?. Un exil intérieur. Comme si le raï d'Oran c'était la honte, la peste, comme dirait Albert Camus ! Et qu'il faut le cacher et le faire taire au nom d'une certaine norme ambiante, «moralité» et autre hérésie politico-politicienne d'une grande hypocrisie brassant large. Aujourd'hui, une fatwa prohibe et abhorre le raï en 2016.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : K Smail
Source : www.elwatan.com