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ce sauveur qui affronte les vagues... Le voile et la tempête projeté au festival du film arabe d'Oran



Al chiraâ oua al asifa, du Syrien, Ghassan Shmeit, tente de proposer, dans un langage artistique nuancé, un contre-modèle à la colère actuelle des Arabes.
Oran
De notre envoyé spécial
Al chiraâ oua al asifa (Le voile et la tempête), de l'écrivain syrien, Hanna Mina, est l'un des romans les plus lus de la littérature arabe. Une histoire liée à la mer, à l'univers social des pêcheurs, à une ville côtière syrienne pendant la Seconde Guerre mondiale sous occupation française. Petit-fils de marins, Hanna Mina a, depuis ses premiers écrits, toujours fait de la mer un personnage principal. «Dans mon sang, il y a du sel ! Et mon combat contre les requins est une lutte pour la vie», a soutenu ce romancier, auteur, entre autres, de Lampes camouflées, Histoire de marin et Du soleil à travers les nuages.
Le cinéaste syrien, Ghassan Shmeit, s'est inspiré de Al chiraâ oua al asifa pour réaliser une fiction pour laquelle il a gardé le même titre. Pourquoi pas ! La première projection publique de ce nouveau film, en compétition officielle au 6e Festival d'Oran du film arabe, a été faite, dimanche soir, à la salle Maghreb. En Syrie, Al chiraâ oua al asifa n'a été présenté qu'à la presse et à la critique.
Le film n'a pas été sélectionné dans les autres festivals du cinéma dans les pays arabes. Abou Zohdi (Jihad Saâd) est un homme brave, respecté et redouté. Il a la tête dure, le c'ur généreux et le bras fort. Il offre sa protection à une prostituée et tente de résister à un exploitant véreux du port. Abou Zohdi, sorte de héros populaire portant le sobriquet «Ettaroussi», a des rivalités qu'il gère. Le policier du port, lui, en bon symbole du double langage, double face, se met au service du «patron» du port, et Ben Bérou, en parfait voyou, nage dans plusieurs eaux. C'est donc un petit monde pas du tout cohérent vivant dans des contradictions.
Le café d'Abou Zohdi, mitoyen au port, fédère les pêcheurs assez solidaires. Et, un soir, la tempête éclate, et Salim, le courageux homme de mer, est pris au piège des vagues. Que faut-il faire ' Les familles s'inquiètent, les hommes riches font mine de compatir, alors qu' Abou Zohdi, qui a perdu sa barque de pêche depuis des années, passe à l'action. Ghassan Shmeit, qui a co-écrit le scénario avec le romancier Wafiq Youssef, a repris l uvre de Hanna Mina dans toute sa densité. Sauf qu'il n'a pas pris soin de dépoussiérer un peu l'adaptation.
Les dialogues sont parfois pesants, ressemblant presque à des répliques théâtrales. La mise en scène faite à l'ancienne a jeté tout le poids du drame sur les épaules de Jihad Saâd. Peu de choses ont été laissées aux autres acteurs, comme Zuhair Ramadan, Maher Salibi ou Hossam Eid. Les belles images de l'Ukrainien Anatoly Sakno, qui font ressortir toute la valeur colorée de la mer et de la terre, ne peuvent pas donner à l'ensemble l'esthétique qu'il faut, là où il faut. En profondeur, Al chiraâ oua al asifa surfe sur la grosse vague qui traverse le Monde arabe. Et dans la tempête, il y a toujours ce sauveur. Sauveur qui peut faire consensus et qui peut «muter» en tyran. Cependant, la fiction, bien inspirée, prend le sentier à l'envers pour dire probablement que le guide est là, toujours là, pour vous protéger, vous éviter de couler. Et le guide doit affronter une mer en furie. Peut-on penser à un film sournoisement politique ' «Chacun peut avoir son point de vue. Mon idée est que l'art est universel. L'art s'adresse à toute l'humanité. On doit éloigner l'art de certaines choses», a estimé Ghassan Shmeit.
Le film a-t-il un lien avec la situation actuelle en Syrie ' «Les gens politisés peuvent penser comme cela, mais il faut écouter ce que disent les gens», a répliqué Jihad Saâd montrant les spectateurs de la salle Maghreb.
«Nous avons entamé le tournage avant le début des événements en Syrie», a appuyé Ghassan Shmeit, qui a réalisé par le passé Quelque chose brûle. «Nous attendons l'époque de la lumière après celle de l'obscurité arabe. J'ai vu, encore très jeune, La Bataille d'Alger. Depuis, nous avons été formés avec l'idée que l'Algérie donne une leçon en militantisme et en révolution. Djamila Bouhired, Ali La Pointe, La Casbah d'Alger sont les symboles de la libération arabe. Les jeunes Algériens ont aujourd'hui le sourire, grâce au sacrifice des martyrs», a soutenu le comédien Jihad Saâd. Ce dramaturge de renom et acteur célèbre des séries télévisées s'est rappelé de sa venue en Algérie pour présenter la pièce Caligula, d'Albert Camus. «L'Algérie fait partie de ma mémoire patriotique», a-t-il soutenu. Après la projection, Jihad Saâd a été entouré par le jeune public pour prendre des photos ou signer un autographe. Jihad Saâd est, sans conteste, une véritable star.
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