Le moins que l'on puisse dire du scrutin de jeudi, c'est qu'il jette un lourddiscrédit sur la prochaine Assemblée nationale, un grand handicap ex-ante qu'ilne sera plus possible d'ignorer. En effet, un taux d'abstention de près de 65%et un taux de bulletins nuls de 15%, cela donne, pour qui sait compter, moinsde 30% de voix réellement exprimées. Et avec un taux pareil, deux questionss'imposent: à quel point pourra-t-on considérer que la future assemblée serareprésentative des citoyens et comment est-ce que le Président de la Républiquepourrait composer avec elle ?Pour la première question, il est clair que les partis qui y siégeront «confortablement » y verront une assemblée tout à fait normale, démocratiquementélue et donc représentative. Mais si l'on fait abstraction du discourspolitique, force est de reconnaître qu'il sera difficile de la considérerainsi. Une assemblée élue avec 30% des voix n'a ni toute sa force ni toutes seslatitudes. Ses pouvoirs seront réellement réduits même si, en théorie, elleressemblerait à toute autre assemblée. Sa mission de contrôle n'en sera doncque plus affectée et, dans ce cas, nous assisterons sans doute à un mandatparticulièrement intéressant, sur le plan démocratique s'entend.Concernant la seconde question, et à moins de deux ans des prochainesprésidentielles, le Président de la République a, incontestablement, besoin defouetter l'action de l'exécutif pour accélérer les réalisations et atteindreles objectifs tracés dans son programme. Il a besoin, pour cela, d'uneAssemblée nationale forte et « imposante » qui suit, qui interpelle, quicontrôle, qui critique, qui demande des comptes. Or, dans le cas présent, tout ceci semble difficile à obtenir. Certes,l'alliance présidentielle a obtenu une majorité absolue, ce qui devra permettrede faciliter les choses sur d'autres plans, mais la question n'est plus celled'une majorité quelconque, elle se pose au niveau de la crédibilité. Nous nesommes plus dans le quantitatif, si cher à la démocratie, mais dans lequalitatif qu'elle a malheureusement souvent ignoré. Par ailleurs, attentif aux signaux, comme on le connaît, Bouteflika n'acertainement pas manqué de décoder le message des citoyens. Le scrutin du 17 mai cristallise bien le rejet du peuple des pratiquesqui, depuis l'indépendance, n'ont rien apporté au pays; et cela, le Présidentde la République l'a sans doute saisi. La colère des citoyens contre leurs élusest bel et bien sortie des urnes, même si, pour dédramatiser, M. Zerhouni atrouvé ce taux d'abstention « normal». Parce qu'on ne peut pas se permettre leluxe de ne pas tenir compte d'un tel acte des citoyens, à moins de deux ans desélections présidentielles, il est fort probable qu'une réaction de Bouteflikaait lieu. S'il demeure toujours dans ses intentions de briguer un troisièmemandat, il ne peut rester indifférent au message du 17 mai. Si, par contre, iln'a pas cet objectif, alors il se peut qu'il ne réagisse pas. Mais dans ce cas,le scrutin du 17 mai sera bel et bien le début de la IIème République.
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Posté par : sofiane
Ecrit par : Aïssa Hirèche
Source : www.lequotidien-oran.com