Un mémorandum d'entente a été signé, début juillet, entre les autorités algériennes et qataries concernant la réalisation d'un complexe sidérurgique à Bellara (Jijel), et ce, en conformité à la règle 49/51% imposant une participation majoritaire de la partie algérienne dans tout partenariat avec une partie étrangère. Les observateurs expriment déjà des appréhensions quant à son approvisionnement en matières premières. Les mines de fer de la wilaya de Tébessa sont déjà exploitées par ArcelorMittal et celles de Ghara Djebilet très éloignées du littoral jijéli. Le recours à l'importation de minerai de fer enrichi semble inévitable.
Le projet de réalisation d'un complexe sidérurgique dans la zone industrielle de Bellara (Jijel) semble renaître de ses cendres, après avoir été abandonné par d'importants groupes industriels.
Ainsi, après le désengagement de l'Italien AFV Beltrame, de l'Egyptien El Ezz Steel, du groupe sidérurgique mondial ArcelorMittal et la non-acceptation du dossier d'investissement présenté par le privé algérien Issad Rebrab, les Qataris ont bien l'intention de mener à bon port ce projet auquel, dit-on, « l'émir du Qatar accorde un intérêt particulier ». Début juillet, un mémorandum d'entente à ce sujet a été signé entre les autorités algériennes et qataries.
Le projet sera réalisé conformément à la règle 49/51% régissant l'investissement étranger en Algérie et imposant une participation majoritaire de la partie algérienne dans tout partenariat avec des parties non algériennes. Le groupe public Sider et le Fonds national des investissements (FNI) devraient détenir 51% des parts et le partenaire qatari les 49% restants, partagés équitablement entre Industries Qatar (IQ) et Qatar Mining (QM), qui ont créé une joint-venture dénommée « Qatar Steel International » pour la réalisation de ce complexe dont le coût prévisionnel est de 1,2 milliard de dollars.
Le projet semble ainsi sur les rails, au grand bonheur des habitants de la région qui l'attendent depuis des années, surtout qu'il permettra la création de pas moins de 2.000 emplois directs. Cependant, à peine le mémorandum d'entente a été signé entre Algériens et Qataris que des appréhensions se sont exprimées quant à l'approvisionnement du futur complexe en matières premières.
Une production nationale insuffisante de déchets ferreux
Dans une première étape, le futur complexe sidérurgique de Bellara produira 2,5 millions de tonnes d'acier/an, avant de passer à 5 millions de tonnes/an. Il fabriquera notamment de l'acier plat et des aciers spéciaux qui serviront à développer l'industrie du rail en Algérie. Mais d'où proviendra la matière première ' L'Algérie dispose d'importants gisements de fer à l'est et à l'ouest du pays. Les mines de l'Ouenza et de Boukhadra (Tébessa) sont, certes, les plus indiqués mais il est peu probable qu'elles puissent être exploitées par les Qataris l'étant déjà par ArcelorMittal pour les besoins du Complexe sidérurgique d'El Hadjar (Annaba).
Le ministre de l'Industrie, de la PME et de la Promotion des investissements, Mohamed Benmeradi, avait indiqué que le futur complexe de Bellara transformera les déchets ferreux que produit le pays. Cependant, l'Algérie n'est pas un grand générateur de ce genre de déchets. Les 800.000 tonnes qu'elle produit annuellement paraissent dérisoires en comparaison avec les capacités de production prévisionnelles de l'usine, que même les stocks de déchets ferreux et non ferreux constitués depuis 2010, soit plus de 1,7 million de tonnes, ne suffiront pas à faire tourner à son démarrage.
Vers l'importation de minerai de fer enrichi
La configuration du projet n'a pas encore été établie, certes, mais tout porte à croire qu'on s'oriente vers l'importation de minerai de fer pour assurer un approvisionnement régulier du complexe en matières premières.
Au départ, la décision de réaliser celui-ci était motivée par le coût élevé des importations algériennes de produits sidérurgiques, qui, en 2011, ont avoisiné 10 milliards de dollars (près de 20% de la facture d'importation globale), la demande locale étant de 5 millions de tonnes et le complexe d'El Hadjar étant impuissant à la satisfaire avec une production de 1 million de tonne/an.
L'aciérie de Bellara dépendra-t-elle alors de la matière première importée ' A priori, la réponse est affirmative. En tout cas, tant que les mines de Ghara Djebilet, à l'extrême ouest du pays, demeureront inexploitées. Il va sans dire que l'acheminement du minerai de fer depuis ces mines coûterait très cher, vu la distance les séparant du site de Bellara, en plus de l'absence de moyens de transport appropriés (ligne de chemin de fer).
Selon un ingénieur ex-cadre à El Hadjar, « étant un pays producteur de gaz, avec un prix de l'énergie des plus bas au monde, les Qataris peuvent opter pour la réduction du minerai à l'aide de gaz naturel pour alimenter, ensuite, des fours électriques ainsi que par la ferraille ». Autrement, a-t-il expliqué, « le recours à l'importation du minerai enrichi sera inévitable ».
Tweet
Partager
-
Votre commentaire
Votre commentaire s'affichera sur cette page après validation par l'administrateur.
Ceci n'est en aucun cas un formulaire à l'adresse du sujet évoqué,
mais juste un espace d'opinion et d'échange d'idées dans le respect.
Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Ferhat Yazid
Source : www.maghrebemergent.info