Pour des raisons humanitaires, ils enlèvent 103 enfants tchadiens à leurs parents pour les donner à des Français. Après une longue procédure judiciaire et quatre jours de procès, ils sont condamnés à huit ans de travaux forcés. Dans les pays occidentaux, ils auraient encouru la peine de mort. L'affaire des humanitaires de l'organisation française L'Arche de Zoé aura incontestablement prouvé, une fois encore, que pour les Occidentaux, la justice est vraiment à deux vitesses. Voilà donc une affaire dans laquelle étaient impliqués des humanitaires français accusés par la justice tchadienne d'avoir tenté d'enlever 103 enfants, supposés être des Soudanais du Darfour. L'affaire a éclaté lorsque les services de sécurité tchadiens arrêtent des membres de cette ONG, en plus de l'équipage espagnol chargé de ramener en France les 103 enfants du Darfour. Cela tourne mal et tout le monde se retrouve en prison, avec un chef d'accusation grave : kidnapping, enlèvement selon les autorités tchadiennes. Les enfants «enlevés» s'avèrent être Tchadiens et les intermédiaires de l'ONG reconnaissent s'être trompés. Suffisant, cependant, pour déclencher la machine judiciaire tchadienne, l'un des pays les plus pauvres d'Afrique, même s'il est actuellement courtisé par les Etats-Unis et la France pour son pétrole. Très vite cette affaire prend des contours mélodramatiques, avec la mise en branle de la machine médiatique française qui grossit démesurément l'affaire avec comme victimes expiatoires les «pauvres humanitaires». Les «kidnappeurs» se retrouvent dans la peau de victimes, et la justice tchadienne, celle d'un Etat souverain, devient celle d'un pays sous-développé qui ne mérite pas plus d'égards que ceux que l'on prête à des enfants qui jouent au «shérif et au bandit». Le chef de l'Etat français, Nicolas Sarkozy, avait même, durant l'instruction de l'affaire, menacé avec arrogance qu'il ira au Tchad chercher les six humanitaires. Une fanfaronnade à l'américaine, comme dans un «western», qui aura en fait excédé les autorités tchadiennes, mal récompensées pour avoir voulu dépolitiser l'affaire et lui donner les contours stricts que la loi et la justice du Tchad lui ont donné. Montrer du doigt la justice d'un pays souverain, mais sous-développé, et présenter des humanitaires qui auront outrepassé leur mission, c'est en fait le tour de «passe-passe» que les autorités françaises ont réussi en obtenant avec une très grande facilité le transfèrement des membres de L'Arche de Zoé vendredi vers la France où ils seront internés dès leur arrivée. Condamnés à huit ans de travaux forcés, ils risquent tout au plus de passer quelque temps en prison, les travaux forcés étant abolis en France, avant de voir leur peine réduite et ensuite élargie, estiment la plupart des observateurs selon lesquels la justice française «dégaine vite» quand il s'agit de ressortissants de pays du Sud, mais «crie au scandale» lorsqu'il s'agit de Français ou d'Occidentaux coupables de délits graves, notamment l'assassinat ou le kidnapping. L'affaire des infirmières bulgares et de l'anesthésiste palestinien naturalisé bulgare est encore fraîche pour rappeler avec quelle manière ce scandale médical a été traité par les pays occidentaux, alors que des centaines d'enfants libyens avaient contracté le virus du Sida après avoir subi des transfusions sanguines. La justice libyenne a été harcelée, pressée, assaillie pour libérer ces infirmières «innocentes» aux yeux de l'Occident et emprisonnées dans un pays où les droits de l'homme seraient bafoués. C'est là un raccourci qui a été galvaudé à longueurs de colonnes dans les médias européens au point que la Libye, soucieuse de revenir sur la scène internationale après l'épisode de Lockerbie et le DC10 d'UTA, a fini par abdiquer et relâcher, sous l'insistance du président français, les infirmières bulgares. C'est en fait le même scénario qui s'est répété avec cette affaire de L'Arche de Zoé dont les responsables avaient voulu prendre des enfants du Darfour pour les «donner» à des familles françaises. Un scandale qui aura été étouffé politiquement par les Français au détriment autant de la souveraineté des Tchadiens que de la dignité d'un peuple. Les six membres de l'Arche de Zoé ont, en fait, évité la prison dans un pays où sont stationnés des militaires français chargés de protéger l'équipe de Idriss Deby contre une éventuelle invasion ou un coup d'état de l'opposition supposée armée et entraînée par le voisin libyen. Le président tchadien, Idriss Deby, un Gorane (éthnie majoritaire et musulmane du Tchad) qui a donné son accord pour le transfèrement des membres de l'Arche de Zoé a négocié cette libération avec Sarkozy, même si un accord judiciaire existe depuis 1976 entre les deux Etats. Mais, dans tous les cas de figure, c'est la justice des pays sous-développés qui est, encore une fois, désavouée, rabaissée. Un vrai déni de justice.
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Posté par : sofiane
Ecrit par : Daouadi Miloud
Source : www.lequotidien-oran.com