Oran - Revue de Presse

A quelques jours du Ramadhan



Les saigneurs font flamber les prix Le Ramadhan, mois de piété et d’adoration de Dieu par excellence, approchant à grandes enjambées, la mercuriale s’enflamme et les prix s’envolent comme jamais auparavant. En effet et contrairement aux usages en cours dans la plupart des pays de la région, des commerçants véreux et sans scrupules mettent à profit le Ramadhan pour saigner davantage les consommateurs, notamment les ménages aux revenus à peine suffisants pour ne pas crever de faim. Chose curieuse et inquiétante à la fois, à Oran, une ville pourtant connue pour son ferme attachement aux valeurs islamiques, la pomme de terre qui se vendait 25 dinars le kilo en décembre 2006, ne veut plus descendre de son piédestal et s’est installée durablement dans le camp des produits de luxe. A 65-75 dinars le kilo, ce tubercule dont les Oranais en particulier et les Algériens en général ne peuvent se passer, devient inaccessible. Ainsi, au moment où les bananes, jadis inaccessibles aux classes moyennes, sont «bradées» 50-70 dinars le kilo à la rue des Aurès et dans les différents marchés, la reine des marmites refuse de revenir à de meilleurs sentiments et risque même de battre, sous peu, tous les anciens records. Selon certaines prévisions, il ne serait pas du tout étonnant que le prix du kilogramme de pomme de terre atteigne et dépasse dans les semaines qui viennent les 100 dinars pour certains, les 120 pour d’autres. Ce pessimisme n’est très certainement pas une simple vue de l’esprit puisque chaque jour qui passe nous rapproche de ces sommets. A Oran dans tous les cas, le prix de la pomme de terre est sur toutes les lèvres et constitue l’une des préoccupations majeures des ménages. Aux Amandiers par exemple où la majorité de la population n’arrive que péniblement à joindre les deux bouts, les gens s’inquiètent au fur et à mesure que le mois sacré approche et que les prix s’envolent. Hier encore, les ménagères qui ne pouvaient se permettre le luxe de se payer les «traditionnels» 3 kg de pommes de terre, évitaient de poser la non moins traditionnelle question «combien coûte ce légume?» et se rabattaient sur les autres produits, les poivrons, les oignons et les aubergines de 3e choix plus accessibles puisque ne dépassant guère les 30 pour les premiers, 10-20 pour les seconds et 20-30 pour les autres. La tendance à la flambée générale des prix des produits les plus demandés se faisant plus pesante, les consommateurs s’inquiètent de plus en plus et ce ne sont pas les quelques arrivages de pomme de terre importée de l’étranger qui rétabliront la situation. Pour y parvenir, les citoyens comptent sur les pouvoirs publics desquels ils attendent, et c’est leur droit, une implication plus directe et plus musclée pour faire échec aux plans de la maffia de la pomme de terre et des autres produits de large consommation. A Oran toujours, les gens n’hésitent plus à dire leur ras-le-bol et manifester leurs craintes. Pour la plupart des gens, pour le gouvernement Belkhadem, que beaucoup attendent au tournant, l’heure de vérité approche inexorablement et risque même d’être pour très bientôt. Pour ceux qui ont vécu les tragiques événements d’Octobre 1988, les conditions seraient réunies pour une nouvelle explosion d’où leur souhait de voir l’Etat prendre les devants afin de leur éviter une telle perspective. Rencontré rue des Aurès, La Bastille pour les nostalgiques, Hadj Slimane B., un retraité de l’éducation déclare: «Il n’est pas question pour moi de prêter le flanc aux fossoyeurs de l’Algérie et à la maffia. Je refuse de céder au chantage et au lieu de renflouer les caisses des commerçants véreux et sans scrupules, je préfère changer de régime et m’adapter à la situation sciemment créée pour saigner l’économie nationale et en premier lieu le consommateur». Prié de dire s’il avait un message à transmettre aux pouvoirs publics, il rétorque: «Mon message s’adresse plutôt aux commerçants et à leurs représentants que j’invite à cesser de nous saigner. Le Ramadhan étant par excellence le mois de la piété et de la solidarité, les commerçants, les marchands de légumes en premier, devraient donner le bon exemple et revenir à de meilleurs sentiments. La pomme de terre doit être disponible en quantités et livrée à des prix raisonnables. Je crains une nouvelle explosion et me fais un devoir d’appeler les Oranais à ne pas tomber dans le jeu de la maffia et des ennemis du pays. Les pouvoirs publics doivent intervenir avant qu’il ne soit tard.» Egalement sollicitée, Kheïra K. qui faisait son marché rue des Aurès, a préféré s’adresser au marchand de légumes auprès duquel elle s’approvisionnait «Dans quelques jours nous serons appelés à jeûner pour mériter la grâce de Dieu. Maintiendras-tu les prix de la pomme de terre à leur niveau actuel ou feras-tu le sacrifice que nous attendons de nos commerçants ? « Interloqué, le marchand de légumes qui ne s’attendait très certainement pas à cette supplique répondit «Je préfère plutôt perdre quelques dinars qu’aller grossir les rangs des candidats à la Géhenne». La situation ayant atteint la cote d’alerte étant atteinteb et les clignotants étant au rouge, quelles décisions prendront les pouvoirs publics pour nous éviter d’autres dérapages?
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