Oran - Yves Saint Laurent


Yves Saint Laurent Oran

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YVES SAINT LAURENT L’ORANAIS Yves Saint Laurent : ce nom évoque à lui seul la mode, la création et le luxe à la française. L’homme est devenu une légende. Mais qui était-il vraiment ? Je suis parti sur les traces de cet homme né en Algérie et qui a connu la gloire en prenant la direction de la maison Christian Dior dans les années 50. Avant de fonder sa propre maison avec Pierre Bergé, son mentor et ami de cœur. Le succès, la gloire, la fortune : rien de tout cela n’a cependant rendu Yves Saint Laurent réellement heureux. Derrière les réussites éclatantes, on découvre au fil de sa vie un homme profondément blessé qui, de déprime en dépressions, se réfugie trop souvent dans les paradis artificiels. Un homme qui restera toutefois comme un visionnaire qui a élevé la haute couture au rang d’art. J’ai voulu rendre hommage à cet artiste hors du commun que j’ai eu la chance de connaitre à Oran notre ville natale. Il habitait 11 rue de Stora à 50m de chez moi. J’avais 11 ans. Des circonstances particulières m’ont permis de lui rendre visite à plusieurs reprises. Des moments uniques dans ma vie qui se sont révélés bien après lorsque sa notoriété internationale l’a consacré comme le meilleur couturier du monde. Je parle plus bas de ma rencontre chez lui. Des moments uniques et rares. Guy HUERTAS Une enfance oranaise En cette nuit chaude du 1août 1936, dans la prestigieuse clinique Jarsaillon, à Oran, en Algérie, Lucienne Mathieu Saint Laurent met au monde le fils tant attendu, celui qui redonnera de la joie à une famille meurtrie par la perte d’un enfant, celui aussi qui partira à la conquête du monde pour marquer de son empreinte l’histoire de la haute couture. La famille Mathieu Saint Laurent est implantée dans la belle cité méditerranéenne, rivale éternelle de sa grande sœur, Alger, depuis l’arrivée de leur descendant Pierre Mathieu de Metz qui a fui son Alsace natale, proie de l’armée allemande, en 1870. Depuis lors, cette grande famille de magistrats a su s’adapter à cette nouvelle vie sous le soleil du Sud, poursuivant la prospérité entamée des générations plus tôt. Dans cette société cosmopolite, où vivent côte à côte Arabes, Juifs, Espagnols et Français, il existe une hiérarchisation très stricte et il est bien rare que le riche colon côtoie l’Arabe des quartiers pauvres. Les Mathieu Saint Laurent, qui possèdent comme patrimoine un bel hôtel particulier, font partie intégrante de la haute bourgeoisie oranaise. Ainsi, le buste de la grand-mère d’Yves Saint Laurent, sculpté par le célèbre Bartholdi, trône fièrement au musée municipal. Ces familles de la haute société sont celles qui ne ratent pas une représentation au magnifique théâtre d’Oran, qui se précipitent pour applaudir un concert à l’opéra, et surtout qui étrennent chaque salle de cinéma (il est dit que la ville en compterait mille)... D’autant que Charles Mathieu Saint Laurent est l’heureux propriétaire de nombre de ces salles obscures. En plus de la compagnie d’assurances qu’il gère, l’entrepreneur est à la tête d’un empire du cinéma qui s’étend dans tout le Maghreb ce qui fera le bonheur de ses enfants. Le riche et élégant homme d’affaires rencontre sa belle Lucienne sur l’une des artères les plus prisées d’Oran, le boulevard Seguin, où l’on y danse à l’heure du thé. La pétillante jeune femme, si elle porte une très jolie robe relevée par de subtils bijoux, n’est pourtant pas issue du même milieu social. Fille d’une Espagnole et d’un ingénieur belge, Lucienne tient son goût de l’élégance et du raffinement de sa tante, Renée, dont la richesse héritée de feu son époux est conséquente. La veuve enseigne donc à sa nièce tout ce qu’il faut savoir de la haute société, ses atours, ses bijoux et ses vêtements de luxe. Très coquette, la jeune fille raffole des grands palaces où l’amène sa tante et tient à choisir elle-même ses robes pour ses premiers bals. C’est au 11, rue de la Stora, sur le plateau Saint-Michel, que le petit Yves fait ses premiers pas, dans une grande maison ouverte aux quatre vents, joyeuse et pleine de vie. Patrice et Catherine, la fille de la bonne, Aline, et le fils du concierge, Paulin. Son premier public est sous le charme, captivé par l’univers onirique et fantastique du jeune Yves Mathieu Saint Laurent, sombre et angoissant. Son petit théâtre, baptisé « L’Illustre Théâtre », créé minutieusement avec l’application d’un professionnel, ne résiste pourtant pas aux flammes des bougies qui servent d’éclairage, et tombe en poussière lors de l’une de ces représentations privées. Cet incident ne suffit pas à écorner l’enthousiasme du jeune Yves qui déplace son auditoire dans la buanderie et continue à le faire rêver. Si la ribambelle d’enfants est toujours au rendez-vous, il faudra encore attendre pour que les prestigieuses invitées, à qui Yves écrit de belles lettres d’invitation, viennent l’applaudir. Passionné par les nouveaux créateurs qui agitent la capitale de la mode, Paris, comme Dior ou Givenchy, Yves Mathieu Saint Laurent collectionne les coupures de presse, dessine déjà des modèles et, fort de ses connaissances, écrit de longues listes de commandes fictives des grandes dames de ce monde. En grandissant, le jeune Oranais, qui ne trouve toujours aucun refuge dans le sanctuaire de son école catholique, développe sa curiosité, sa soif d’apprendre, de découvrir le monde ; son besoin de nourriture intellectuelle est croissant. À quinze ans, alors que l’adolescence qui s’installe est douloureuse, qu’il peine à s’identifier aux jeunes de son âge, à se retrouver dans leurs centres d’intérêt, la lecture de Proust, À la recherche du temps perdu, et celle de Flaubert et de sa Madame Bovary seront pour Yves de véritables bouleversements. Dans la solitude de sa chambre, le jeune homme s’enferme des heures dans son monde intérieur, dans ses rêves d’ailleurs, d’une autre vie, où il n’aurait plus à souffrir de cette différence qui le meurtrit chaque jour. Le dessin, l’écriture, la peinture sont autant d’armes pour affronter les questionnements, les doutes et les incertitudes de l’adolescence. Déjà, ses aquarelles de couples qui s’enlacent ou encore de femmes infidèles, tristes, qui se morfondent dans les bras d’un époux riche qu’elles n’aiment pas, préférant ceux d’un ouvrier sans le sou, vêtues parfois uniquement de bijoux, témoignent d’un goût pour la sensualité, l’irrévérence et la passion amoureuse. Madame Bovary, qu’il recopie entièrement dans ses cahiers, est une source d’inspiration qui ne le quittera jamais. Emporté par l’univers de l’œuvre, par le destin d’Emma, cette femme dont les rêves explosent le carcan de la petite bourgeoisie, Yves dessine, encore et encore, les scènes du livre qu’il se représente, choisit les robes qui siéraient le mieux aux personnages et les reproduit avec la plus grande minutie. Les grands personnages féminins de la littérature, mais aussi du théâtre ou du cinéma, comme Scarlett O’Hara d’Autant en emporte le vent, éblouissent l’adolescent et nourrissent son imaginaire, qu’il transpose en autant de dessins, de poèmes enflammés, ou encore sous la forme d’un recueil de poésie, qu’il intitule Pourquoi parler d’amour ? orné de longues et délicates silhouettes insufflant la légèreté de l’amourette. Le soin du détail, la précision dans les traits et l’élégance sont déjà présents dans les croquis du futur grand créateur qui n’a de cesse d’enrichir ses références culturelles. Si Yves ne se sent pas à sa place avec les jeunes de son âge, que sa timidité un peu gauche l’empêche de s’approcher des filles de trop près, qu’il n’est pas encore à l’aise dans son corps trop grand, trop long, dont il ne sait que faire, son succès auprès des femmes est pourtant indéniable. Peut-être est-ce cet air un peu absent, mystérieux, en retrait, qui lui attire les regards de toutes ses anciennes amies. Peut-être aussi sa grande créativité lui apporte-t-elle l’originalité qui manque à d’autres. Sa « cour » ne s’arrête pas aux jeunes filles de son âge. Toutes les amies de sa mère raffolent de la patte du jeune dessinateur, qu’elles trouvent moderne, inspirée, résolument dans son temps, et se pressent pour avoir leur portrait. Le jeune homme est très imprégné de l’œuvre de Jean-Gabriel Domergue, cet illustrateur passionné par les femmes, surtout lorsqu’elles sont parisiennes et de la haute société, qui a croqué nombre d’actrices avant la guerre en dévoilant un peu de leurs charmes. Yves y puisera la sensualité, la finesse des silhouettes et croquera nombre des amies de sa mère. Avec son amie d’enfance, Simone, il découvre l’anxiété et bien sûr le plaisir des premières surprises-parties, où l’on se trémousse sur des rythmes modernes, où l’on apprend les rudiments de la samba et, surtout, où l’on connaît ses premiers émois. Lorsqu’ils ne dansent pas chez l’un ou chez l’autre, les jeunes Oranais adorent se rendre à Bouisseville, au Neptune Ciné, qui a la particularité, contrairement aux autres salles obscures de la ville ouvertes par son père, d’être de plein air, et donc bien plus excitant. Dans son antre que le jeune homme a décoré selon ses goûts déjà très marqués en recouvrant, par exemple, son lit d’un tissu léopard, Yves aime à recevoir ses quelques amis pour y écouter de la musique nouvelle, comme les chansons de Juliette Gréco, leur faire part de ses lectures ou leur présenter ses derniers croquis, jouer aux dandys causant de philosophie sur la rive gauche parisienne. À quelques milliers de kilomètres du Quartier latin, Yves Mathieu Saint Laurent se rêve un avenir loin de sa ville natale. Bientôt, le passionné de la mode aura sa première petite consécration. En 1951, un article dans le journal local, L’Écho d’Oran, mentionne son nom et applaudit son travail de créateur, très prometteur. Pour la fête du ballet municipal, Yves s’est proposé de créer les costumes du spectacle, Petite Princesse, auquel ses sœurs participent, et a ainsi dessiné plusieurs croquis qui lui valent de nombreux éloges. Toujours aussi fière de son fils prodige, Lucienne ne manque pas de le féliciter et surtout de garder précieusement l’article de journal – sans imaginer encore qu’il en viendrait des milliers d’autres. Il est temps désormais de quitter le collège pour le lycée, de laisser derrière lui ces années tristes, où le poids de la discipline, d’une morale stricte et vieillotte a toujours pesé sur l’esprit revêche du jeune homme aux rêves plein la tête. Le lycée français Lamoricière, dont l’enseignement est très réputé, est un établissement public, bien moins rigide et normatif que son ancien collège. Enfin, le jeune homme qui affirme plus que jamais son attachement à sa tenue vestimentaire, à la fois recherchée et distinguée, ne souffre plus de sa différence. Elle lui assure même au contraire une respectabilité. S’il échoue à son examen du baccalauréat de philosophie, au mois de juin 1953, qui ne suffit pas à combler les attentes du grand rêveur, cette vie lycéenne est déjà une libération. Une libération qui va l’inciter à bousculer un peu le destin. Parce que son ambition est déjà très grande, que son talent s’est aiguisé au fil des années, le jeune homme décide d’entrer dans le jeu, de franchir une étape supplémentaire. Sans mot dire, le couturier en herbe, qui dessine à longueur de temps, s’exerce secrètement pour tenter sa chance au premier concours de dessins de mode, dont il a vu l’annonce dans Paris-Match Des heures durant, Yves Mathieu Saint Laurent ébauche des croquis de robes, de manteaux et de tailleurs jusqu’à ce que son regard novice, mais aussi très exigeant, soit satisfait. Il envoie son précieux colis au Secrétariat général de la laine, à Paris, et attend patiemment le verdict, qui tombe quelques semaines plus tard, au mois de novembre: il a le troisième prix. L’annonce emplit sa mère d’une fierté sans limites en même temps qu’elle gonfle encore plus les espoirs fous de ce jeune Oranais qui se voit déjà conquérir le monde. Origines familiales Alexandre Mathieu (1672-1742), originaire de Metz, qui a siégé au conseil souverain de Colmar (créé après l'union de l'Alsace à la France en 1648), ainsi que sa femme Jeanne Françoise (de) Faviers, sont les auteurs des deux branches de l'importante famille de robins du nom de Mathieu en Alsace : celle – cadette et fixée à Strasbourg – des Mathieu (de) Faviers, dont sont issus les trois frères Jean-Michel Mathieu-Faviers, François-Jacques-Antoine Mathieu de Reichshoffenet Philippe-Gaétan, baron Mathieu de Faviers (anobli sous la Restauration), ou encore Françoise Hélène Mathieu de Faviers (1757-1840), grand-mère de Jules Massenet ; et celle – aînée – des Mathieu (de Heidolsheim), avec pour principale illustration Joseph Ignace (1754-1833), cousin germain des précédents (et beau-père de Méneval), maire et châtelain de Saint-Forget, créé baron de l'Empire et de Mauvières par Napoléon Ier, dont il a été le notaire (et le tuteur de son fils naturel Charles Léon). C'est du frère aîné du baron de Mauvières, Michel Léonard (1747-1811), avocat au conseil souverain d'Alsace puis conseiller à la cour d'appel de Colmar, que descend le rameau Mathieu dit Saint-Laurent (devenu Mathieu-Saint-Laurent), allié aux Veron et établi, après la défaite de 1870, en Algérie. En effet, son petit-fils, Charles Jules Mathieu dit Saint-Laurent (1831-1877), avocat et adjoint au maire de Colmar, part en 1871 pour Oran pour ne pas devenir Allemand ; Émilie Leblond, son épouse franco-mexicaine, est restée dans les mémoires pour avoir été choisie comme modèle par Bartholdi pour l'Océanie de sa Fontaine des Cinq Continents à Colmar, en raison de ses ascendances amérindiennes. Charles Mathieu-Saint-Laurent (1909-1988), leur petit-fils, est président d'une compagnie d'assurances et propriétaire d'une chaîne de salles de cinéma présente dans plusieurs pays d’Afrique du Nord ; sa femme, Lucienne Wilbaux (1914-2010), également native d'Oran, fille de l'ingénieur belge Edmond Wilbaux et de Marianne Émilie Muller, donne naissance à un fils aîné, Yves Henri Donat, et à deux filles, Michèle et Brigitte (1945-2015), élevés à Oran. C'est sa mère qui transmet au futur grand couturier son goût pour la mode. Les années Dior En 1955, après un bref passage par l’École de la chambre syndicale de la couture parisienne à Paris, Michel de Brunhoff, directeur de Vogue France, le présente à Christian Dior, qui l’engage aussitôt comme assistant. À la mort de ce dernier, en 1957, Saint Laurent prend la direction artistique de la maison Dior. Il présente sa première collection, dite « Trapèze », en janvier 1958, qui connaît un immense succès. Appelé à faire son service militaire et hospitalisé au Val-de-Grâce pour « dépression», il est licencié par la maison Christian Dior en 1960 et remplacé par Marc Bohan. La maison Yves Saint Laurent Costume-pantalon pour femmes Smokings de soirée pour femmes Yves Saint Laurent décide, en association avec Pierre Bergé qu’il a rencontré en 1958, de créer sa propre maison de couture, grâce au soutien financier du milliardaire américain J. Mack Robinson .Les deux hommes font également appel au graphiste Cassandre en 1961 pour la réalisation du logo de la marque. La première collection est présentée, le 29 janvier 1962, au 30 bis rue Spontini à Paris ; ils y resteront douze années pendant lesquelles Yves Saint Laurent créera le vestiaire de la femme moderne : il réinvente le caban et le trench-coat dès 1962, instaure pour les femmes le premier smoking en 1966, la saharienne et le premier tailleur-pantalon en 1967, les premières transparences et la première combinaison-pantalon en 1968… En se servant des codes masculins, il apporte aux femmes l’assurance, l’audace et le pouvoir, tout en préservant leur féminité. Son regret, a t-il affirmé, est de ne pas avoir inventé le jean. Saint Laurent souhaite habiller toutes les femmes, et pas seulement les riches clientes en haute couture : sa boutique Saint Laurent rive gauche, ouverte en 1966 à Paris, est la première boutique de prêt-à-porter portant le nom d’un grand couturier. Les collections, dessinées spécifiquement pour le prêt-à-porter, sont réalisées par un industriel extérieur. Le succès est immédiat : des boutiques ouvrent partout en France, à New-York en 1968, à Londres en 1969, la même année que la première boutique homme. Depuis la fin des années 1950, et tout au long de sa carrière, Yves Saint Laurent crée également des costumes pour le théâtre, le ballet et le cinéma. Il collabore avec Roland Petit dès 1959 en dessinant les costumes du ballet Cyrano de Bergerac, puis avec Claude Régy, Jean Louis Barrault, Luis Buñuel, François Truffaut, Alain Resnais (Stavisky, 1974)... et habille Jean Marais, Zizi Jeanmaire, Arletty, Jeanne Moreau, Claudia Cardinale (La panthère rose, 1963) Isabelle Adjani, Catherine Deneuve, avec qui il tisse une amitié fidèle, et qu'il appelle son « porte bonheur ». Il est un des premiers créateurs à faire défiler des mannequins noires : Fidelia devient la première en 1962, suivent Katoucha Niane, Pat Cleveland, Rebecca Ayoko ou Iman. Ses autres muses sont Victoire, qui fut l'un de ses premiers mannequins dont il fait la connaissance chez Dior, de Betty Catroux avec laquelle il se sentait le jumeau (il est le parrain de sa fille Claude), Danielle Luquet de Saint Germain, Loulou de la Falaise, l'actrice Talitha Pol-Getty . Parmi les plus fameuses ambassadrices de la marque auprès de la jet-set et de la bourgeoisie des années 1970 au début des années 1980, on compte les femmes du monde Nan Kempner ou Diane Boulting-Casserley Vandelly. En 1974, Saint Laurent et Pierre Bergé installent la maison de couture au 5 avenue Marceau à Paris, où Saint Laurent affirme son style. Dans ses collections de haute couture, il rend hommage aux peintres, en 1965 avec les robes Mondrian, en 1966 avec les robes "pop art" et son hommage important à l’Afrique en 1967. Dans les années 1970, il présente des collections-hommage à Picasso et à Diaghilev, et des hommages à Matisse, Cocteau, Braque, Van Gogh, Apollinaire, dans les années 1980. Le 1er décembre et le 1er juin de chaque année, Saint Laurent s'installe à Marrakech pour dessiner pendant quinze jours sa collection de haute couture. Le Maroc, qu’il a découvert en 1966, aura une grande influence sur son travail et ses couleurs, tout comme ses voyages imaginaires : le Japon, l’Inde, la Russie, la Chine, l’Espagne sont autant de sources d’inspirations pour ses collections. En 1980, il rachète avec Pierre Bergé le jardin Majorelle, un jardin botanique de Marrakech créé par le peintre français Jacques Majorelle, qu'ils ouvrent au public. À l'initiative de Diana Vreeland, le Metropolitan Museum of Art de New-York lui consacre une rétrospective en 1983 : c’est la première fois qu’un créateur de mode vivant expose dans ce musée. De grandes expositions seront présentées par la suite à Pékin, Moscou, Sydney, Tokyo et à Paris, au musée des Arts de la Mode, en 1986. En 1990, une collection « Hommages » est réalisée autour de célébrités comme Marilyn Monroe, Catherine Deneuve, Zizi Jeanmaire, Marcel Proust ou Bernard Buffet. En 1998, Saint Laurent met en scène trois cents mannequins sur la pelouse du Stade de France à l’occasion de la Coupe du monde de football. Événement majeur qui diffuse les créations de Saint Laurent dans tous les foyers par l'intermédiaire de la télévision. Le 7 janvier 2002, il annonce lors d’une conférence de presse qu’il met fin à sa carrière. Le 22 janvier suivant, au Centre Pompidou, un défilé rétrospectif retrace quarante années de création en plus de 300 modèles, dont sa dernière collection Printemps-été 2002. Saint Laurent se consacre désormais aux activités de la fondation Pierre Bergé - Yves Saint Laurent, créée en 2002. Le 1er juin 2008, Saint Laurent meurt à son domicile parisien au 55 rue de Babylone, dans sa soixante-douzième année des suites d'un cancer du cerveau. Au cours de ses obsèques célébrées à l'église Saint-Roch, Pierre Bergé prononce un discours en présence de la mère du défunt et de nombreuses personnalités des médias et de la politique, Catherine Deneuve et Laetitia Casta, le président de la République Nicolas Sarkozy et son épouse Carla Bruni, Bernadette Chirac, Farah Pahlavi (veuve du Shah d'Iran), de personnalités de la mode (Jean-Paul Gaultier et Valentino), et de patrons d'industrie (Bernard Arnault et François Pinault) Ses cendres sont déposées dans sa villa de Marrakech au cœur du jardin Majorelle. Distinctions 1985 : chevalier de la Légion d’honneur par le président de la République française, François Mitterrand. 2001 : commandeur de la Légion d'honneur par Jacques Chirac 2007 : grand officier de la Légion d'honneur par Nicolas Sarkozy Prix 1966 : Oscar du magazine Harper's Bazaar 1982 : International Fashion Award du Conseil des créateurs de mode américains remis lors de la soirée célébrant les vingt ans de la maison de couture 1999 : prix Geoffrey Beene du Conseil des créateurs de mode américains L'entreprise Yves Saint Laurent (YSL) Vitrine Yves Saint Laurent sur Rodeo Drive à Beverly Hills (Los Angeles-Californie En 1993, le groupe Yves Saint Laurent est cédé à Sanofi. Yves Saint Laurent et Pierre Bergé gardent cependant le contrôle de la maison de couture, hors parfums et cosmétiques. En 1998, Saint Laurent cesse de dessiner les collections de prêt-à-porter rive gauche. Alber Elbaz le remplace en tant que directeur artistique du prêt-à-porter féminin et Hedi Slimane du prêt-à-porter masculin. Tous deux ne signèrent que très peu de collections sous l'étiquette Saint Laurent rive gauche. En effet, Elf-Sanofi revend, en 1999, le groupe Yves Saint Laurent au groupe Gucci. François Pinault(PPR) impose sa marque en nommant l'américain Tom Ford directeur artistique du prêt-à-porter. La haute couture est séparée et devient la propriété de François Pinault par l'intermédiaire de sa holding Artemis. Tom Ford est remplacé par Stefano Pilati en 2004, puis Hedi Slimane en 2012. En 2016, c'est Anthony Vaccarello qui est nommé directeur artistique. À la suite du rachat, Saint Laurent et Bergé conservent le contrôle exclusif de la partie haute couture de la maison. Ainsi, lorsque Yves Saint Laurent décide de se retirer en 2002, la maison de haute couture ferme ses portes. Aucun autre couturier ne le remplacera. La fondation Pierre Bergé – Yves Saint Laurent, créée la même année, ouvre ses portes en 2004 dans l’ancien hôtel particulier de l’avenue Marceau qu’occupait la maison de haute couture. Elle a pour objectif de faire rayonner l’œuvre d’Yves Saint Laurent, en France et à l’étranger. En 2008, le groupe Gucci cède la partie parfums et cosmétiques à L’Oréal et ne conserve que la partie prêt-à-porter. La fondation Pierre Bergé - Yves Saint Laurent La fondation Pierre Bergé – Yves Saint Laurent, reconnue d’utilité publique le 5 décembre 2002, a pour mission la conservation des 5 000 vêtements haute couture et 150 000 accessoires, croquis et objets divers qui en constituent le fonds, l’organisation d’expositions thématiques de mode, peinture, photographie, arts décoratifs etc., et le soutien à des activités culturelles et éducatives. Le 10 mars 2004, la fondation ouvre ses portes au public avec l’exposition « Yves Saint Laurent, Dialogue avec l’Art », qui est accueillie par la fondation Caixa Galicia en Espagne en 2007. La rétrospective Yves Saint Laurent Style est présentée en 2008 au musée des beaux-arts de Montréal, puis au de Young Museum de San Francisco. Depuis son ouverture, la fondation a organisé six expositions consacrées à Yves Saint Laurent, ainsi que des expositions aussi diverses que Les Fables de La Fontaine de Robert Wilson, les travaux photographiques d'André Ostier ou de David Seidner, des expositions de costumes marocains, russes ou indiens, une exposition sur le décorateur Jean-Michel Frank ou sur le thème de la Vanité en peinture. À l'automne 2010, la fondation a exposé les dessins sur iPhone et iPad de l'artiste britannique David Hockney, en janvier 2012, les photographies de Gisèle Freund La fondation Pierre Bergé – Yves Saint Laurent présente une grande rétrospective de l’œuvre d’Yves Saint Laurent, en 2010 au Petit Palais de Paris, et en mai 2013, à l'hôtel Le Méridien d'Oran - ville natale d'Yves Saint Laurent. La vente de la collection Yves Saint Laurent - Pierre Bergé En février 2009, une vente aux enchères organisée par les maisons Christie's et Pierre Bergé & Associés, sous la nef du Grand Palais, disperse 733 objets d'art rassemblés par Pierre Bergé et Yves Saint Laurent, des peintures de Picasso, Matisse, Mondrian, Fernand Léger, des sculptures antiques égyptiennes, des objets d'art, dont notamment un très bel ensemble d'émaux de Limoges de la Renaissance. Les deux hommes avaient commencé leur collection dans les années 1950 et s'approvisionnaient notamment chez les antiquaires Nicolas et Alexis Kugel23. À la disparition d'Yves Saint Laurent, Pierre Bergé ne voit plus de raison de conserver leur collection car, sans Saint Laurent, « cela a perdu une grande part de sa signification ». Au premier jour de la vente, le tableau Les Coucous sur un tapis bleu et rose (1911) d'Henri Matisse, sous lequel le couturier a été photographié pour Vogueen 1986, atteint les 32 millions d'euros, un record pour une œuvre de ce peintre24. Le résultat de cette vente, d'un montant de près de 375 millions d’euros, est revenu en partie à la fondation Pierre Bergé – Yves Saint Laurent et à la recherche contre le sida. Publication 1967 : Yves Saint Laurent, La Vilaine Lulu, bande dessinée, texte et dessins ; rééd. 2010, Éditions de la Martinière Filmographie 1994 : Tout terriblement, de Jérôme de Missolz, Lieurac Productions 2002 : Le Temps retrouvé, de David Teboul, Movimento, Canal + 2002 : Yves Saint Laurent, 5, avenue Marceau, 75116 Paris de David Teboul, Movimento Production, Canal +, Transatlantique Vidéo 2010 : Yves Saint Laurent - Pierre Bergé, l'amour fou de Pierre Thoretton, Les Films du Lendemain, Les Films de Pierre 2014 : Yves Saint Laurent de Jalil Lespert 2014 : Saint Laurent de Bertrand Bonello Films biographiques Le couturier est le sujet de plusieurs films biographiques. La vie de Saint Laurent est adaptée deux fois au cinéma la même année : les deux biopics (de studios et de distributions différentes) sont produits quasi-simultanément. Ces deux films, Yves Saint Laurent et Saint Laurent devaient sortir au cinéma respectivement en janvier et avril 2014. Pour éviter un effet doublon, la sortie du second biopic est finalement décalée à septembre 2014. Le premier est Yves Saint Laurent de Jalil Lespert, avec Pierre Niney dans le rôle-titre et Guillaume Gallienne dans le rôle de Bergé. Approuvé par Pierre Bergé, le film retrace la carrière du couturier depuis ses débuts en 1957. Le deuxième long-métrage, Saint Laurent, est réalisé par Bertrand Bonello avec Gaspard Ulliel dans le rôle-titre, Jérémie Renier dans celui de Bergé et Helmut Berger dans celui d'Yves Saint Laurent âgé. Pierre Bergé désapprouvant le film, il n'autorise pas la production à consulter les archives. Ce film se concentre sur la période phare du couturier, de 1967 à 1976. Cette période particulière est celle de son ascension professionnelle mais aussi de ses nombreux déboires dans sa vie privée. Le film est sélectionné pour le 67e festival de Cannes. Pierre Bergé à Oran Comme il le faisait partout ailleurs dans le monde au travers la Fondation, Pierre Bergé s’est attelé à Oran à faire revivre et faire découvrir le talent d’Yves Saint Laurent Le prochain temps fort de l’Institut français, l’événement artistique et culturel de ce mois s’est tenu du 11 au 18 mai 2013 avec “les Journées de la mode”, qui associeront à cette occasion l’hôtel Le Méridien, TV5, et réuniront des créateurs et stylistes algériens et français. Mais pour cette année, ce rendez-vous de la créativité aura un cachet plus que particulier et qui ne pouvait se tenir qu’à Oran. Et pour cause, une rencontre aussi improbable va avoir lieu autour de l’évocation d’Yves Saint Laurent, le grand couturier qui “a libéré les femmes”, natif d’Oran. La ville qui la vu naître en 1936 pourra découvrir le parcours et l’œuvre exceptionnel de ce créateur qui a révolutionné la mode, la couture, au travers une conférence, une exposition de photos et d’un documentaire projeté à cette occasion. Quand Yves Saint Laurent quitte l’Algérie, il est âgé de 17 ans, et ce départ ne sera jamais suivi d’un retour, mais les couleurs, les images de cette ville natale resteront telle une empreinte dans sa mémoire de “l’enfant protégé” qu’il était à cette époque. Qui d’autre mieux placé que Pierre Bergé pour venir à Oran, parler et évoquer “ce petit garçon oranais qui s’intéressait à la mode”, retracer sa carrière exceptionnelle et l’empreinte indélébile qu’il a laissée derrière lui dans le monde entier. Avant sa venue pour la première fois en Algérie pour y donner une conférence et retourner sur les premiers pas d’Yves Saint Laurent, Pierre Bergé a accepté de s’entretenir par téléphone avec quelques journalistes d’Oran et dire son état d’esprit à la veille de sa venue. “C’est un sentiment de grande curiosité, je suis très heureux de venir voir la ville d’Oran, sa maison, son collège… Je suis très ému à cette idée”, dira-t-il d’emblée. Si les premières années d’existence d’Yves Saint Laurent à Oran n’ont pas influencé directement ses créations plus tard, il n’en demeure pas moins que le souvenir de sa ville natale était présent, comme l’a encore expliqué Pierre Bergé. “Il parlait beaucoup d’Oran. Il a été très marqué par son enfance, et je ramènerai des maquettes de vêtements qu’il a faits justement… Vous savez, il n’est jamais revenu dans sa ville, il n’a jamais été invité et il n’y avait plus d’attache. C’est un rendez-vous manqué avec Oran, mais je suis persuadé qu’il aurait été très heureux d’être là, il serait venu j’en suis sûr.” Pour Pierre Bergé, qui est resté toute sa vie aux côtés du couturier qui a “révolutionné la mode”, en s’installant à Marrakech à la villa Oasis (Le jardin Majorelle), ce sont les couleurs, les images et le ciel d’Oran que voulait retrouver Yves Saint Laurent. A la question de savoir pourquoi ne pas créer une “Maison Saint Laurent dans sa ville natale”, Pierre Bergé, qui préside la Fondation du nom du couturier, dit “pourquoi pas”. Il faudrait juste un geste, une demande des autorités locales et algériennes pour faire mûrir un tel projet. Pour ce qui est de la création, de la mode, notre interlocuteur estime que s’il pouvait y avoir “une autre révolution dans la mode”, cela pourrait venir d’un continent comme l’Afrique où “il y a un réservoir très important de talents dans l’art, dans la mode et qui seront importants”. Yves Saint Laurent et Oran « Un jour, mon nom sera inscrit en lettres de feu sur les Champs-Élysées. » Yves Saint Laurent a neuf ans. Il y croit dur comme fer parce qu’il est heureux à Oran et que sa ville natale brille de mille feux. Quand on commence à chercher des renseignements sur Yves Saint Laurent à Oran, on tombe invariablement sur cette phrase répétée à l’infini sur tous les sites : « Notre monde à l’époque était Oran et non Paris. Ni Alger, la ville métaphysique de Camus aux blanches vérités, ni encore Marrakech et sa bienfaisante magie rose. Oran, une cosmopole de commerçants venus de partout, et surtout d’ailleurs, une ville étincelant dans un patchwork de mille couleurs sous le calme soleil d’Afrique du Nord. » Elle date de 1983, se trouve sur le site officiel de la Fondation Pierre Bergé Yves Saint Laurent, et sort de je ne sais où. Impossible d’en trouver la source. Mais si on fouille un peu, on peut trouver d’autres phrases voisines qui, elles, possèdent une source : « Mes souvenirs me ramènent si fortement aux jours merveilleux de ce qu’était Oran où je suis né. Je revois cette belle ville avec son mélange de races. Algériens, Français, Italiens, Espagnols qui imprimaient leur bonne humeur, leur gaieté, leur folie de vivre passionnément. » (David Teboul – Yves Saint Laurent – 5, Avenue Marceau 75116 Paris France.) L’extrait se trouve dans un excellent article de mars 2007 consacré au couturier et l’introduction fournit peut-être une piste à qui cherche la trace d’Oran dans l’oeuvre de l’artiste : « Cette propension au cosmopolitisme visuel fut récurrente dans la carrière d’Yves Saint Laurent ». Le cosmopolitisme visuel. Toutes les nationalités, toutes les formes, toutes les couleurs. Les Algériens, les Français, Les Italiens, les Espagnols, la mairie, le théâtre, la gare, le caravansérail, les forts, le rouge de la terre et le jaune des maisons, le bleu du ciel, la mer. Maison D’Yves Saint Laurent et de sa famille Rue de Stora. Au fond le début du « Village Nègre » Saint Laurent, la quête de l'absolu Yves Saint Laurent disparaît et c'est la France qui est en deuil. Etrange. Ce patronyme qui incarne le luxe devrait diviser. Or, il rassemble riches, intellectuels et ouvriers, dans un même élan, un sentiment d'appartenance à l'élégance, à la beauté, au panache et à un certain esprit frondeur. Avec lui, c'est une époque ensoleillée qui disparaît et qui illuminait le monde. Et c'est aussi un arc en ciel qui éteint ses feux. Il sut si bien poudroyer ses modèles de teintes éclatantes de Marrakech ou de Tanger où il aimait se retirer, qu'il semble définitivement emporter sous ses yeux clos, la poésie de la couleur dont il était le chantre. Rendons ici hommage à celui dont le véritable mal qui l'a emporté n'est rien d'autre que le désir grandiose d'un amour d'absolu. L'enfance du couturier s'en est allée de très bonne heure. Oran, 1er Août 1936. Yves Henri Donat Mathieu Saint Laurent naît au 11 rue Stora, dans une bâtisse de type colonial. Son père est propriétaire de salles de cinéma. De Lucienne, sa mère, qui fut toute sa vie sa seule compagne, on sait seulement qu'elle était belle et venait l'embrasser dans son lit revêtue de sa robe de bal en tulle blanc rebrodée de sequins. L'adolescent quitte en 1951 l'Algérie, recherchant l'éblouissement de ces instants qu'il trouve avec sa première robe créée à l'âge de 18 ans. Le Secrétariat International de la Laine et Pierre Cardin alors dans le jury, la prime, ainsi que le manteau d'un certain Karl Lagerfeld. Ces deux talents seront amis pendant 4 ans. Et s'agaceront mutuellement pendant le reste de leur vie. Génie précoce et obstiné Yves Saint Laurent est remarqué par Michel de Brunhoff alors directeur de Vogue et introduit comme assistant modéliste chez Christian Dior. Ce "petit prince" succède au maître terrassé par une crise cardiaque. Il a 21 ans. Entre 1958 et 1960, il réalise six collections pour ce joyau de l'empire Boussac qui emploie un millier d'ouvriers. D'emblée, sa mode trapèze est acclamée par un parterre de 300 personnes et par la presse. Elle répond à l'architecture et aux projets de cette époque de conquêtes tous azimuts. 1961, la rencontre avec Pierre Bergé Quant à sa première robe du soir, elle est immortalisée par Richard Avedon (Mavima entre deux éléphants). Sa fragilité ingénue attendrit son entourage. Mais pour sa mère, Lucienne, "Sa jeunesse s'est brisée nette en 1958". Première fêlure d'où sortira une star les nerfs à vif. La suite? On la connaît. L'armée convient mal à ses idées. Elle l'entraîne dans une dépression en octobre et novembre 60. Ensuite il y a l'humiliation d'être remplacé chez Dior à son retour par Marc Bohan. C'est un esprit flamboyant blessé sous son voile émotif, que rencontre en 1961 Pierre Bergé, quitté par Bernard Buffet. Ils se découvriront des inclinaisons communes. Leur relation amoureuse durera 25 ans, avant de se transformer en une indéfectible amitié. Dès janvier 1962, les deux amants ouvrent rue Spontini leur première maison de couture avec Anne Marie Munioz rencontrée en 1955. Celle-ci dirigera le studio de la maison, pendant plus de 40 ans. En 1970, Yves Saint Laurent se grise dans les éclats de rires et la fumée du club 7, boîte gay fondée par Fabrice Emaer. Mais son projet créatif l'obsède. "Il cherche, s'indigne et trépigne de ne pas découvrir l'essentiel" révèle un jour Pierre Bergé. Et l'essentiel qui le mine, c'est de parvenir à faire concorder ses créations avec les minutes de ses émotions. Mais également de jouir sans mesquinerie. "La bande Saint Laurent". Paloma Picasso, Roland Barthes, Kenzo, Karl Lagerfeld et Andy Warhol qui tireront quatre portraits de lui, brûlent leur vie autour de leur reine, Loulou de la Falaise Klossowski, belle fille du peintre Balthus. Elle va rapidement devenir la muse bohème et glamour du couturier. Cette dernière pose nue devant l'objectif de Jean Loup Sieff pour le lancement d'YSL, parfum pour homme. Mais ce qui fascine, c'est son élégance distante, et son regard troublé. On y sent sourdre sa sensualité qu'il exprime très tôt dans ses collections d'un féminin torride bien qu'allusif. L'impertinence selon Saint Laurent Alors qu'à l'époque tout n'est que convenance et respectabilité, ses modèles ne parlent que de sexe. Le smoking qui dès 1966 transforme les femmes en Marlène Dietrich, va servir de détonateur. L'ambiguïté qu'il entretient, souligne cette irrémédiable différence des genres qui le taraude, et qu'il dévoile sous l'échancrure du décolleté. Il fait converger les regards vers les seins cachés sous la blouse nouée dans le cou d'un romantisme à la Musset, qu'il dessine en 1967. Elle va devenir sa marque de fabrique, avec ses vibratos de soie, déclenchés par la respiration et le mouvement du corps. A l'aube de Mai 68, Yves Saint Laurent met en lumière l'érotisme, en empruntant aux délurées les cuissardes, l'imper en vinyle noir des tapineuses, le pyjama de soie des demi mondaines. Catherine Deneuve la bourgeoise de Belle de Jour incarne cette nouvelle sensualité. L'intelligentsia parisienne et aussi mondiale, en quête d'un mode d'être libre, a tout de suite reconnu en lui son Pygmalion vestimentaire. Elle se presse dans sa première boutique installée sur la Rive Gauche en 1966. 1970. D'impertinences en provocations, de protestations en indignations, d'innovations hardies en épure, son style se fixe. Telle une graine d'anarchiste, il s'échine à bousculer les règles convenues de "l'ennuyeuse bourgeoise trop bien coiffée". Désormais Yves Saint Laurent est un homme frondeur et déjà rock-and-roll. Un trait de caractère qu'incarnera Betty Catroux, son ex-mannequin, qui deviendra comme sa sœur et son double au féminin. Cet absolu qu'il cherche à atteindre dans le chaos du quotidien, le consume. En 1976, la presse annonce sa disparition. Sa somptueuse collection russe, sa préférée, démontre au contraire la flamme qui le brûle. L'extase physique lui permet-elle d'atteindre cette pureté qu'il brûle de conquérir ? Elle lui dicte en tous cas dans son art, l'équilibre parfait, aux proportions justes. "Tout part de l'épaule. C'est à partir d'elle que je déroule le tissu". Celui qui va influencer tous les couturiers de la planète atteint la perfection dans son dessin (et son dessein aussi). Sa concision le dispute à sa liberté de ton. Il entend laisser aux femmes la liberté d'être elles mêmes. "Les créations d'Yves Saint Laurent n'éclipsent personne. C'est agréable d'être regardée pour soi pas pour les vêtements que l'on porte" affirmait Nan Kempner, cliente dès 1964 et jusqu'à à sa mort en 2002. C'est ainsi qu'Yves Saint Laurent n'a cessé d'accompagner les moments clefs de l'évolution de la condition féminine. Il participe même à leur déclenchement, en faisant porter le pantalon aux femmes. Cet attribut masculin sert autant la libération des mœurs, que l'accès à la séduction, où le sexe que l'on dit faible, se bat à armes égales avec les hommes. De la pointe de ses ciseaux il rompt avec les stéréotypes de l'élégance, et avec la dictature du bon goût. Il s'attaque aux bonnes mœurs, et aux cloisonnements. Et cependant, il mène cette bataille avec l'œil d'un homme de loi, épris de règlements autant que de beauté. Il est de cette époque où le désordre est à mettre dans les têtes. Pas dans la tenue. Il veut voir les femmes dans cet état de grâce que l'on nomme élégance. Même le noir chez Yves Saint Laurent est habité. De 18 à 88 ans, elles rêvent toutes d'adopter ses tenues. La quête magnifique du couturier fait entrer le luxe dans la modernité, et par ricochet la rue, fascinée par ce style. Pendant ce temps, l'homme explore les interdits, drogues et amours vénales, et suit des cures de désintoxication dès 1977. La cocaïne et l'alcool lui provoquent des crises aigues de delirium tremens. Ses os très fins le font souffrir. Il a de graves problèmes respiratoires. Son projet créatif l'obsède. Les actions d'éclat jalonnent cependant la vie de "La Maison". Elles sont innombrables. Citons le défilé Yves Saint laurent, à la fête de l'Humanité en 1988. Un moment rare. Celui dont le nom est inscrit dès 1983 dans le dictionnaire Larousse, dont les rétrospectives au Modern Art Muséum de New York, Pékin, Moscou ont attiré des millions de visiteurs et qui a défile à Bombay, et New Delhi, préfère le silence. Parvenu à la soixantaine, la maturité semble empêcher la course de cet homme à la poursuite du sublime. "Il a vingt ans dans sa tête" 1994. Il donne encore le change. Son nom est désormais un label coté en bourse et vendu à Sanofi pour 730 millions d'euros. 1998. Son goût pour la fête reprend le dessus, juste avant le coup d'envoi de la coupe du monde lors de sa rétrospective. L'instant est grandiose. 300 des plus grands mannequins occupent la pelouse du Stade de France. Elles portent les modèles les plus représentatifs de son œuvre. Laetitia Casta est à ses cotés. Elle a 20 ans. Elle le prend pour son grand-père mais déclare quelques mois plus tard à New York lors de la remise d'un prix au couturier : "L'homme à qui vous allez remettre une récompense pourrait être mon fiancé. Il a vingt ans dans sa tête". Sa fraîcheur le revigore. Il la mettra nue sous un collier de roses et l'accompagnera jusqu'au bout du podium comme le fiancé qu'il n'a jamais été. Et lui offrira un cœur parsemé de pierres rouges et blanches. 1999. Rachat d'Yves Saint Laurent par François Henri Pinault pour 1 milliard d'euros. A 63 ans, le voilà perdu tel un marin qui vient d'entrer au port après un long périple. Alber Elbaz qu'il avait adoubé est congédié en mars. Sa solitude est désormais criante. Son émotivité à vif. Mais sa poignée de main encore ferme. Il apparaît reclus dans son bureau de l'avenue Marceau parmi ses fétiches, canne de monsieur Dior, bouquet de blé porte-bonheur et de lys au parfum enivrant. Son atelier de haute couture est sauvé. Mais il masque à peine son désarroi. "Je ne trouve pas ça moderne. Je préfère le prêt-à-porter", confie-t-il au JDD. Et puis il déteste Tom Ford qui le remplace dans l'entreprise qui porte son nom. Désormais les honneurs accablent cet homme au regard d'enfant autant que la pesanteur de l'actualité et la trivialité de son époque. Il donne l'impression que sa garde rapprochée le maintient au secret pour masquer son état dépressif. Le 22 janvier 2002, son dernier défilé-hommage de 250 modèles au Centre Georges Pompidou, est une épreuve pour lui. Après qu'on lui a fait la surprise de faire chanter Ma plus belle histoire d'amour c'est vous par Catherine Deneuve et Laetitia Casta, il supplie en coulisse Pierre Bergé. "Je suis fatigué. J'en ai marre. Je veux rentrer me coucher". Les décors La cohorte d'amusements grandioses, d'excès et de fêtes qui ont porté la maison pendant son ascension, s'estompe peu à peu dans l'atmosphère feutrée de la maison où règnent les rivalités. Yves Saint Laurent s'ennuie. "J'aimerai prendre des cours de dessin" confie-t-il à Paris Match. Il est vrai qu'il s'est toujours considéré comme "un artiste raté" eu égard aux grands maîtres de la peinture et de la poésie, Braque, Matisse, dont il a reproduit les œuvres sur ses modèles, Mondrian en 1965, Picasso en 1979, Matisse en 1992 ou ce vers de Cocteau brodée sur une veste en satin rose "Tout terriblement". Les innombrables décors qu'il a créés pour le théâtre, la danse, le showbiz et le cinéma lui semblent secondaires. Yves Saint Laurent reçoit le coup de grâce le mardi 18 juin 2002. Le juge du tribunal de Grande Instance de Paris va décider du sort des ateliers. 158 personnes vont être liquidées. Au 5 avenue Marceau, des inconnus, des couturiers, des clientes se pressent. Toujours ce fameux magnétisme. On reproche à Pierre Bergé d'avoir trop vite liquidé l'affaire. "La Maison c'était sa colonne vertébrale. Avec son arrêt en novembre, il s'est définitivement brisé" analyse Nicole Dorier, trente ans d'étroite collaboration avec le maître en tant que directrice de la cabine. Les deux documentaires signés Daniel Teboul diffusés le 24 janvier à 20h40 Le temps retrouvé et 5 avenue Marceau, dans la célèbre maison de couture nous rendent voyeurs de ce héraut du XXe siècle. On y appréhende la vie qui se déroule dans la concentration soyeuse et fortement hiérarchisée de la maison. On comprend l'organisation quasi organique de la ruche avec premières d'ateliers, mains qualifiées, assistants, mannequins, muses. "Ce que nous étions pour lui, nous ne le savions pas exactement, ses muses ? Ses sœurs? Sa mère ? Ses filles ? Mais qu'importe-nous étions là, il était là. Ce qu'il était pour nous, nous le savions bien, l'unique, l'être rare que vous cherchez toute votre vie, le Saint des Saints, notre Saint Laurent" écrit Nicole Dorier, dans un ouvrage paru. Des milliers de vêtements et d'accessoires sont désormais enfouis dans la Fondation Pierre Bergé et Yves Saint Laurent. Aujourd'hui, une immense aura servira de manteau de vérité à ce couturier qui abhorrait les déguisements. Lui qui se plaignait dernièrement de n'avoir plus de grand couturier avec lequel se mesurer et devenu pour les autres un géant à combattre. Et nous garderons de lui l'énorme cri d'amour Claudélien qu'il n'est jamais parvenu à lancer à la face du monde et que cependant nous avons tous entendu. Yves Saint Laurent au Lycée Lamoricière d’Oran A l’automne 1952, il entre au lycée Lamoricière pour passer son baccalauréat de philosophie. Contrairement au collège du Sacré Cœur ,il s’agit d’une institution publique .Fréquentée par les fils aisés, elle jouit d’une réputation solide, au chapitre de l’enseignement classique. Situé à l’extrémité du boulevard Galliéni, le lycée paraît dominer la mer. Deux mille élèves s’y soumettent à la vie ordinaire d’un grand lycée français, rythmé par les appels de huit heures et heure trente pour les externes, les récréations, et les cigarettes « tolérées » par des surveillants. La colonisation est au programme de philosophie. La classe comprend trente-trois élèves. L’un d’eux Etienne Tiffou (devenu depuis latiniste au département de linguistique et de philologie à l’université de Montréal), s’en souvient encore quarante ans plus tard : « La classe était en majorité constituée d’externes. Les potaches étaient bien identifiés par une blouse grise et un négligé calculé. Les externes portaient veste et cravate. Yves Mathieu-Saint-Laurent était habillé avec une certaine préciosité. Je me souviens d’une chemise blanche rayée de bleu avec un col aux pointes serrées par deux petites boules dorées, qui enfermaient un nœud de cravate tête d’épingle. La chevelure impeccablement coiffée pouvait passer pour longue à l’époque, bien que le cou fût dégagé. Il occupait le deuxième bureau dans la première rangée. Je n’ai pas l’impression qu’il ait été pris d’un intérêt débordant pour la philosophie, du moins celle qu’on lui enseignait …. Un jour le censeur fit irruption dans la classe et fit l’éloge d’Yves Mathieu-Saint-Laurent, disant qu’il avait un don extraordinaire pour le dessin et la création de mode. Nous l’avons écouté un peu surpris : l’avenir auquel il semblait destiné nous parut hypothétique et relativement enviable. C’est la seule fois où il fut parlé de lui, et, je crois bien, à son corps défendant. J’ai l’impression que les moments passés à Lamoricière ne devaient pas être pour lui des temps forts de son existence … ». On ne retrouve évidemment pas Yves Mathieu-Saint-Laurent aux compétitions sportives du jeudi au stade Magenta. Ni le dimanche au Clichy, le café des potaches du lycée Lamoricière , unis par la virile camaraderie du football et les derniers buts du SCBA, l’équipe de Sidi bel Abbès , fief de la Légion étrangère . Il ignore la fièvre des parties de belote dans les dortoirs, les batailles de polochon, les virées dans la ciragerie quand le pion dort dans sa « piaule ». Externe, il repart à l’heure où les autres se ruent vers le réfectoire et le soir quand ils traînent pour rejoindre l’étude. « Un gars très simple, réservé, pas vraiment liant », se souvient un élève. Yves Mathieu Saint Laurent n’a pas l’habitude de « carotter » ses cours comme ses sœurs. Pourtant il redouble. En juin 1953, il a été collé par Yves Viéle Sage, professeur de philosophie , avec lequel le contact semble avoir été instinctivement mauvais . « Ce garçon me détestait cordialement ! Il n’a jamais dépassé les 4,5 sur 20. Il était introverti. Il n’avait pas de relations avec ses camarades », lance sur un ton encore coléreux ce cartésien de souche, ancien élève de l’Ecole d’artillerie de Fontainebleau, « lieutenant deux galons de réserve » L’année scolaire 1953-1954, Yves Mathieu-Saint-Laurent a pour professeur Jean Cohen. Derrière ses lunettes d’écaille, cet ancien élève du lycée (renvoyé en 1942 par suite de l’abolition du décret Crémieux) dispense un enseignement moins traditionnel …sa tolérance ne l’empêche pas d’apostropher en cours l’élève Mathieu-Saint-Laurent : « Je n’admettais pas qu’un élève détourne la tête. Il ne prenait pas de notes. Je m’approche de lui. Il dessinait des robes de femmes ! Je lui dis : « Comment pouvez-vous avoir des occupations aussi futiles pendant un cours de philosophie ? » Il a rougi. Je ne l’ai plus revu. Sauf une fois, dix ans plus tard …Il rougissait encore … » Il portait assez souvent des pantalons de golf, comme c'était la mode à l'époque, mais le plus souvent il était en culotte courte, comme d'ailleurs notre condisciple. Saint-Laurent a dû rester au Sacré Cœur jusqu'en 1ère alors que Lucien, Roland et moi l'avons quitté en fin de 3ème. Cependant je me souviens de ne l'avoir vu que très peu dans les galeries de Lamoricière. Je me souviens qu'en cours on lui disait : "Mathieu, dessine-nous une femme à poil !" Et d'un seul jet, sans aucun repentir, il ne gommait jamais, il nous sortait la femme de nos (ses) rêves. COMMENT J’AI CONNU YVES SAINT LAURENT Bizarrement en évoquant son nom, je me dis qu’il y a peut être une prédestination qui le rattache à notre ville Oran. Son nom aurait pu s’écrire « Yves Saint l’Oran » que cela n’aurait rien changé à son prestigieux avenir ! Mais peut être qu’en conservant la vraie orthographe de son nom, cela lui permettait peut être lorsqu’il était prononcé, de rendre chaque fois un hommage à la ville qu’il a beaucoup aimée. J’ai 11 ans lorsque ma famille déménage au plateau Saint Michel au 14 rue Parmentier sur les hauteurs de la ville. C’est un quartier calme, loin des rumeurs de la ville. Le quartier arabe, appelé aussi « le village Nègre » ne commence qu’à 300 m et cela ne perturbe en rien notre vie. Au contraire il s’est, comme toujours conservé de bonnes relations avec les arabes. Ils avaient établi leurs commerces de tous types et principalement la vente de légumes et fruits à des prix défiant toute concurrence. Les européens comme ma mère s’y rendaient tous les jours pour disait elle « faire des affaires ! ». Pour s’y rendre, elle descendait notre rue sur une trentaine de mètre et avait prit l’habitude de retrouver dans l’angle de la rue Parmentier et de Stora ou habitait dans une grosse maison cossue, Madame Mathieu Saint Laurent et sa famille. Ainsi elles allaient toutes deux faire leurs emplettes en papotant sur le temps, leurs familles et sur l’objectif qu’elles s’étaient fixées sur leur projet d’achat. Elles en étaient venues à s’appeler par leurs prénoms, Joséphine pour ma mère et Lucienne pour Madame Mathieu Saint Laurent. Lors de leur différent trajet, ma mère lui fit par de mon intérêt pour le dessin et la peinture que je pratiquais en allant 3 fois par semaine aux Beaux Arts distants d’une centaine de mètres. Lucienne lui dit alors que c’était le cas de son fils Yves, avec une spécialité qu’il déployait avec disait elle une grande dextérité. Lors de l’une de leur visite au marché arabe, elle proposa à ma mère de m’inviter à rendre visite à Yves pour confronter la vision artistique que nous avions tous deux malgré une différence que nous avions l’un par rapport à l’autre : l’âge. Il avait 4 ans de plus que moi. Le jour ou je rends visite à Yves, je suis guidé à l’étage ou il possède sa chambre. Lorsque je rentre, et je vois un grand garçon maigre aux grands yeux et à la voix d’une douceur quasi féminine. Nous nous saluons et j’accède dans une très grande chambre ou je vois des grandes feuilles blanches sur tréteaux verticaux avec des dessins alignés, dessins de robes tracées de différentes couleurs. Avec mes yeux d’enfants je remarquais que leurs visages étaient représentés de forme ovale, sans traits particuliers. Je me rappelle lui avoir fait la remarque à quoi il me répondit « Tu mets le visage que tu veux ! ». Sur d’autres emplacements, une multitude de coupons de tissus s’entremêlaient : des rouges, des bleus, des verts, mais beaucoup de noirs. S’en suivit, à ma demande, une démonstration de dessin à main levée : visages, torses, personnages (féminins pour la plupart). Sa dextérité à dessiner fut l’impression la plus forte que j’ai pu ressentir. A sa demande, je lui montrais les dessins que j’avais apportés. Il regarda d’un air amusé et pour se montrer agréable il me dit « c’est bien, on va voir ! ». Il m’installa sur une table à dessin qu’il déplia à l’horizontale et il me demanda de dessiner l’objet qu’il posa dessus : un encrier de verre sur un tissus froissé ou il fallait jouer sur les tons clairs et foncé avec les nuances particulières de blanc et noir diffus que pouvait refléter le verre. J’y passais plus de 2 heures pendant que lui continuait ses croquis, détruisant furieusement ceux qui ne lui paraissaient pas à son gout. Il s’invita à regarder mon œuvre qui, déclencha en lui une approbation « bravo, c’est très bien ! » me dit-il. Puis nous discutâmes des méthodes à utiliser pour les dessins à exécuter. Lorsque je dis nous discutâmes, mais c’est plutôt lui qui parlait car je n’avais pas grand-chose à dire. Il me promet de nous revoir. Ce fut le cas encore à 3 reprises ou une fois je vis une belle jeune fille. J’appris qu’elle s’appelait Brigitte et qu’elle était sa sœur à qui il réalisait un essayage d’une robe qu’il avait créé . Un contact toujours très agréable avec ce jeune dont j’ai vite compris malgré mon âge, qu’il avait quelque chose de particulier et d’indéfinissable en dégageant une grande sureté dans ses gestes. Lorsque je passais le voir, je devais avoir 15 ans sa mère m’annonça qu’il était parti à Paris en stage, sans plus de détails… Les années passèrent sans le revoir. Il revint une fois à Oran revoir sa famille sans que je puisse le rencontrer, puis sa mère me précisa qu’il faisait carrière à Paris et qu’il était à la chambre syndicale de la couture Sans plus de précision Il devait avoir 19 ans et s’apprêtait à rentrer chez Dior. Je restais en contact avec sa famille et notamment sa sœur Brigitte avec qui j’allais danser et flirter à Bouisseville sur les plages, entouré d’amis. Lorsque je fus démobilisé en Octobre 1962, mes parents avaient fuit Oran (le jour du massacre le 5 juillet) et avant de prendre l’avion sur la France le 20 octobre 1962 et quitter définitivement l’Algérie, Je voulu voir Brigitte et la famille Saint Laurent rue de Stora. Derrière tous les volets fermés, je constatais qu’ils n’étaient plus là. Ils avaient également fui. Plus jamais je ne les revis, mais j’ai toujours suivi avec grand intérêt, l’ascension du prodige Yves Mathieu Saint Laurent l’oranais. J’ai toujours regretté de ne pas avoir eu le courage de le rencontrer à Paris ou je suis resté 5 ans de 1969 à 1974. Il était alors installé au 30 bis rue Spontini. Il s’installera plus tard au 5 avenue Marceau. Je voulais raconter ma rencontre avec celui que j’ai eu la grande chance de connaitre. Sa vie sentimentale a été décriée en raison son homosexualité exacerbée et exprimée principalement avec celui qui ne m’a jamais inspiré je veux parler de Pierre Bergé. Mais je peux affirmer que rien à l’époque ou je l’ai connu, ne laissait présager son penchant homosexuel sauf peut être une certaine féminité que l’on pouvait attribuer à son art. Guy HUERTAS
Guy HUERTAS - Ingénieur - ALICANTE
27/03/2019 - 399297

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C'est dommage qu'on sache pas valoriser ce genre de personnages dans notre pays ... Mais le Maroc a su récupérer tout notre patrimoine.
Saber - Gestionnaire - Oran
07/07/2010 - 5624

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