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19 mai fete de l'etudiant - Si Kacem: le semeur d'avenir : Quand le martyre enfante une nation savante



  Le 19 mai 2025 marque le 69e anniversaire de la création de l'Union générale des étudiants musulmans algériens (UGEMA), une organisation qui a joué un rôle crucial dans la guerre de Libération nationale contre le colonialisme français. Cette date, hautement symbolique, rappelle l'engagement décisif de la jeunesse étudiante algérienne dans la lutte pour l'indépendance, et met en lumière le sacrifice d'un de ses premiers martyrs : Zedour Brahim Kacem, assassiné par les services spéciaux français. Le contexte historique de la création de l'UGEMA.

L'UGEMA a été fondée le 19 mai 1956, dans un contexte de radicalisation de la jeunesse algérienne face à l'échec des réformes coloniales et à la répression. Elle est née d'une scission avec l'Union nationale des étudiants de France (UNEF), jugée trop alignée sur les positions de l'administration coloniale. Dès sa création, l'UGEMA s'est positionnée clairement en faveur du combat pour l'indépendance, devenant la voix des étudiants algériens dans les universités coloniales. Le 19 mai 1956, l'UGEMA lance un appel historique : les étudiants sont invités à suspendre leurs études pour rejoindre la lutte armée dans le maquis. Cet appel a été largement suivi, et a marqué un tournant dans la mobilisation de la jeunesse instruite au service de la Révolution.

Le rôle stratégique de l'UGEMA dans la guerre de Libération L'UGEMA a contribué sur plusieurs fronts : Sur le plan logistique, en soutenant les réseaux de renseignements, les liaisons et les soins médicaux aux maquisards. Sur le plan diplomatique, en diffusant la Cause algérienne dans les conférences étudiantes internationales, notamment à Bandung, à Prague et à Genève, renforçant ainsi la légitimité du FLN. Son sacrifice incarne une génération qui a renoncé à la sécurité et aux privilèges potentiels de l'assimilation pour embrasser l'idéal de la liberté nationale.

Une mémoire active et militante

Le 19 mai est célébré comme la Journée nationale de l'Etudiant en Algérie. C'est une journée de mémoire, mais aussi d'interpellation : Elle rappelle que la jeunesse a toujours été à l'avant-garde des luttes nationales. Elle questionne les générations actuelles sur leur rapport à l'engagement, à l'éthique politique et au patriotisme. Elle invite les institutions universitaires à ne pas se refermer sur l'excellence technocratique, mais à rester des foyers de réflexion critique et d'engagement social. L'UGEMA a prouvé qu'une élite intellectuelle peut devenir une force révolutionnaire, loin des clichés sur les étudiants « détachés du peuple ».

Aujourd'hui, à l'heure où de nombreux jeunes Algériens s'interrogent sur leur avenir, sur leur rôle dans le développement du pays ou sur leur place dans le monde, le legs de l'UGEMA et du martyr Zedour Kacem est d'une actualité brûlante. Cela nous renvoie à une question centrale : quelle mission pour la jeunesse dans l'Algérie post-indépendance ? Le sacrifice des étudiants de 1956 n'a de sens que s'il nourrit un esprit d'initiative, de responsabilité et de transformation sociale, aujourd'hui. Le 69e anniversaire de la création de l'UGEMA et l'hommage au martyr Zedour Brahim Kacem ne doivent pas se limiter à des discours protocolaires. C'est une invitation à méditer l'audace politique, l'esprit de sacrifice et la profondeur morale d'une jeunesse qui a su faire de ses études une arme pour la Libération nationale. Ce message résonne toujours dans une Algérie en quête de renouveau, de souveraineté économique et de justice sociale.

Belkacem Zeddour Mohamed Brahim, également connu sous le nom de Si Kacem, était un militant nationaliste algérien, né le 2 février 1923, à Oran, et assassiné le 6 novembre 1954 à Alger. Il est reconnu comme l'un des premiers martyrs de la Révolution algérienne. Enfance et formation : Issu d'une famille religieuse influente, son père, Si Tayeb El Mehadji, était le grand imam d'Oran. Dès son plus jeune âge, Si Kacem étudie le Coran et obtient son Certificat d'Études Primaires en 1937. Il poursuit ensuite des études religieuses sous la tutelle de son père jusqu'à l'âge de 22 ans. Après sa libération de prison en 1946, il s'inscrit à l'Université Zitouna à Tunis, où il obtient le diplôme de la Ahliya, en 1948. Il poursuit ensuite ses études au Caire, à l'université ‘Fouad I', où il obtient une licence en Lettres, en 1953, maîtrisant plusieurs langues, dont l'arabe, le français, l'anglais, le persan, l'espagnol, l'allemand et l'hébreu.

Engagement politique

Dès sa jeunesse, Si Kacem s'engage dans le Parti du Peuple Algérien (PPA), utilisant son commerce de couvertures traditionnelles à Médina Jdida comme couverture pour ses activités militantes. Il est arrêté en 1945 pour avoir organisé les manifestations du 8 mai et incarcéré à Oran. Au Caire, il intensifie ses activités politiques, collaborant avec le Bureau du Maghreb. Il écrit également dans la presse égyptienne, abordant des sujets liés à l'arabité, à l'Islam et à la colonisation. De retour à Oran, en 1954, il prépare activement le déclenchement de la guerre de Libération. Arrêté par la DST le 6 novembre 1954, il est torturé et son corps est retrouvé le 30 novembre à l'embouchure de l'oued Hamiz. Dans l'arène brûlante de l'histoire algérienne, Belkacem Zeddour Mohamed Brahim - que l'on appelait Si Kacem - n'était pas un simple homme ; il était une braise ancienne attisée par les vents d'injustice, un érudit devenu flamme au milieu d'un peuple muselé. Il est né comme naissent les graines dans une terre lourde de silence, à Oran, là où le vent porte encore l'écho des versets et le cri étouffé des ancêtres.

Fils de l'imam, il a grandi entre les lignes d'un Coran et les lignes invisibles d'un monde colonisé. Très tôt, la lumière des lettres a guidé ses pas ; mais il ne cherchait pas seulement à lire le monde il voulait le réécrire. Son engagement n'a pas surgi dans le tumulte, il a germé dans le secret, comme ces arbres qui plongent leurs racines profondément avant de percer le sol. Au lieu des sabres, il maniait les mots. À Médina Jdida, il vendait des couvertures, mais dans les plis du tissu, il tissait une rébellion silencieuse. Sous chaque étoffe, une idée. Derrière chaque mot, une lueur de liberté. Il était un oiseau migrateur d'un autre genre. Quand la prison française le libéra, il s'envola vers Tunis, puis Le Caire, non pour fuir, mais pour élargir ses ailes. Là, il but à la source de Zitouna, respira l'air du panarabisme, et plongea dans les rivières de la pensée islamique. Il apprit les langues du monde, non pour converser, mais pour combattre sur tous les fronts avec la langue de l'ennemi, s'il le fallait.

La maturité de Si Kacem était        celle d'un arbre qui donne des fruits sans jamais courber l'échine. Il n'était pas seulement un militant, mais un poète de la justice, un sage au service de la Révolution. Il avait compris, dans la douleur et l'exil, que le combat ne se gagnait pas seulement dans les montagnes, mais dans les esprits. C'est pourquoi il écrivait, traduisait, et préparait - en silence, comme on affûte une épée dans l'ombre. Quand il rentra en Algérie, en cette année incandescente de 1954, c'était comme le retour d'un prophète. Il savait que l'heure était venue, que l'histoire appelait ses enfants à se lever, à crier, à mourir peut-être, mais à ne plus plier. On dit qu'il fut trahi, arrêté, torturé. Son corps, jeté à l'embouchure de l'oued Hamiz, fut retrouvé, mais son esprit, lui, n'a jamais été noyé. Il est devenu un silence qui parle. Une absence qui instruit. Une lueur dans la nuit de ceux qui doutent. Si Kacem n'a pas eu le temps de vieillir, car la Révolution n'attend pas. Mais dans sa courte vie, il fut l'incarnation de la sagesse en révolte.

Un feu couvert de cendre, mais prêt à embraser l'injustice. Aujourd'hui encore, quand le vent du nord frôle les murs du Palais de la Culture d'Oran qui porte son nom, on croit entendre, entre deux rafales, le murmure de Si Kacem : «Éduquez pour résister. Résistez pour libérer. Libérez pour élever.» Et dans chaque mot, un battement de cÅ“ur. Dans le grand récit de la Révolution algérienne, Belkacem Zeddour Mohamed Brahim Si Kacem n'était pas un simple nom jeté dans la houle de l'histoire. Il était une constellation discrète, mais brillante, liée par des fils invisibles aux astres les plus ardents du FLN : Ahmed Ben Bella, Mohamed Khider, Hocine Aït Ahmed. Il n'était pas leur subalterne, mais leur pair dans la pensée, leur frère dans le feu. Il avançait dans l'ombre comme un architecte silencieux de l'indépendance, un homme de lettres parmi les hommes d'action, un traducteur des idéaux en langage universel. Au Caire, il n'était pas un exilé, mais un ambassadeur de l'âme algérienne. Là, dans les salons du Bureau du Maghreb, il côtoyait les maîtres de l'avenir, échangeant des idées, forgeant des plans, allumant les étincelles d'un destin commun. Aït Ahmed, dans ses mémoires, parle de lui avec une tendresse rare. Ce n'était pas une simple camaraderie, mais une reconnaissance entre deux consciences lucides. Aït Ahmed voyait en lui un homme de foi et de culture, un stratège aux yeux profonds et au verbe précis, un compagnon d'idéal, plus que d'arme. Il était ce que la Révolution avait de plus pur : l'intellectuel engagé, sans vanité ni calcul. Mohamed Khider, autre homme d'intuition politique, reconnaissait en lui une intelligence fine, une capacité d'analyse hors du commun. Zeddour Kacem savait lire les peuples comme d'autres lisent les textes, et parler aux puissants sans se courber. Dans les coulisses, il traduisait les textes du FLN en langues étrangères, non pour faire joli, mais pour construire une diplomatie révolutionnaire avant l'heure, pour donner une voix à ceux qu'on voulait faire taire.

Avec Ben Bella, la relation était empreinte d'un respect mutuel. Si Kacem, malgré son effacement apparent, était écouté avec attention. Il n'élevait jamais la voix, mais ses mots étaient des lames. Il croyait en une Algérie libre, certes, mais aussi érudite, ouverte, éclairée. Il rêvait d'un peuple libéré non seulement du joug colonial, mais aussi de l'obscurité de l'ignorance. Sa maturité était celle du vieux chêne au bord du précipice, enraciné dans la tradition, tendu vers l'avenir. Dans un monde où tant cherchaient la gloire, lui cherchait la vérité. Et c'est cette vérité-là - intransigeante, ardente, modeste - qui l'a conduit jusqu'au martyre. Si la plume d'Aït Ahmed a tenu à l'immortaliser, c'est que Zeddour Kacem n'était pas un homme parmi d'autres, mais un symbole : celui de l'intellectuel révolutionnaire, du militant discret, du frère d'âme. Il fut une lumière dans le tunnel de la colonisation, et une étoile tombée trop tôt dans la nuit de la répression. Mais il brille encore, dans les mots de ses compagnons et dans les cÅ“urs de ceux qui savent que la liberté sans conscience n'est qu'un mirage.

Car lui, il avait les deux. Son assassinat, loin d'être une victoire pour les services secrets français, fut en réalité leur défaite la plus retentissante, une preuve de faiblesse maquillée en opération de force. Ils avaient cru, en torturant Si Kacem, qu'ils pourraient étouffer la parole, effacer la pensée, briser l'échine de la Révolution. Mais ils se sont heurtés à un roc non pas un roc de chair, mais un roc de foi, de savoir, et de conviction inébranlable. Ils l'ont traqué comme on traque un danger, car ils savaient que cet homme sans arme portait en lui une puissance que leurs fusils redoutaient : celle de l'idée juste, de l'intelligence libre et du verbe clair. Ils l'ont arrêté, torturé, croyant qu'en le faisant hurler, ils feraient trembler tout un peuple. Mais ce qu'ils ont brisé, ce n'est pas son silence, c'est le peu d'honneur qui leur restait. Ils pensaient faire de la torture une science, une stratégie, une mécanique de soumission. Mais face à Si Kacem, leur instrument s'est retourné contre eux. Car il n'a rien dit. Il n'a rien cédé. Il est resté debout dans le gouffre. En jetant son corps à l'embouchure de l'oued Hamiz, ils croyaient effacer sa trace. Mais l'eau ne l'a pas englouti. Elle l'a porté.

Elle l'a chanté. Elle l'a répandu comme une légende. Ils voulaient enterrer un homme ils ont fait naître un mythe. Et ce mythe dit aujourd'hui encore que le savoir peut être plus dangereux pour l'oppresseur que mille balles, que le martyr instruit devient un feu sacré que rien n'éteint. Ils ont voulu faire de la douleur une cage, elle est devenue une envolée. En assassinant Zeddour Brahim Kacem, ils ont prouvé une seule chose : que face aux héros, leur empire n'avait plus d'armes, seulement la peur. Et la peur, dans l'histoire des peuples libres, n'a jamais été souveraine. Dans l'épopée tragique et lumineuse de la Révolution algérienne, Belkacem Zeddour Mohamed Brahim, dit Si Kacem, fut une étoile filante qui ne s'éteignit jamais. Ils crurent l'assassiner en l'ensevelissant dans un oued, mais il devint rivière souterraine, nourrissant des racines invisibles qui, des décennies plus tard, referaient surface sous forme d'espérance en fleurs. Lui, le poète de la justice, l'intellectuel insurgé, le compagnon des grands Ben Bella, Khider, Aït Ahmed, qui le salua dans ses mémoires avec des mots d'estime rare, avait vu plus loin que les montagnes de l'exil, plus haut que les mirages de la gloire. Il savait que la vraie libération d'un peuple ne s'écrit pas à la pointe du fusil, mais à la pointe du savoir. Et c'est là que réside sa victoire la plus éclatante.

En 2025, l'Algérie est peuplée de deux millions d'étudiants, instruits, éveillés, ardents. Une centaine d'universités s'élèvent, aujourd'hui, comme des phares dans les villes, les Hauts Plateaux, et même aux portes du désert. Chaque salle de classe, chaque amphithéâtre, chaque bibliothèque qui bourdonne de vie est une réponse cinglante à ceux qui avaient voulu tuer l'intelligence en 1955. Les services secrets français croyaient faire de la torture une arme, mais c'est la mémoire de Si Kacem qui est devenue indestructible. Il avait semé des graines dans la douleur, et elles ont fleuri dans la lumière. Aujourd'hui, ces jeunes Algériens, qu'il n'a pas eu le temps de voir naître, marchent dans ses pas sans le savoir. Ils portent des livres au lieu de chaînes. Ils débattent, ils inventent, ils rêvent. Ils sont la revanche vivante de celui qu'on voulait faire taire. Et si l'Algérie moderne respire, c'est qu'un jour, un homme a accepté de mourir debout pour qu'elle se tienne un jour debout, instruite, libre et digne. Il fut la parole refusée. Il est devenu la voix d'une nation. Il fut le corps brisé. Il est devenu la colonne vertébrale d'un peuple. Si Kacem n'est pas tombé. Il s'est planté. Et l'Algérie a fleuri.


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