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45 ans de festival, des contraintes et de l'espoir M. Djilali Boujdemaâ fondateur d'El Moudja



45 ans de festival, des contraintes et de l'espoir                                    M. Djilali Boujdemaâ fondateur d'El Moudja
Photo M. Hacène
La Tribune : Vous avez assisté à presque toutes les éditions de ce festival, comment l'évaluez vous aujourd'hui '
Djilali Boujdemaâ : âgé aujourd'hui de 45 ans, le festival national de théâtre amateur du Mostaganem est, à mes yeux, un festival qui est resté célibataire et qui n'a pas enfanté. J'ai assisté à 43 éditions, les meilleures sont celles, bien sur, des débuts. Au bout de la 15e édition, le festival a changé de ligne mais je reste optimiste et j'attends un changement. Pour moi il n'est plus question d'amateur lorsqu'on dépasse un certain âge, même une troupe qui arrive à résister plus de dix ans devient professionnelle. Ce festival n'a pas encore atteint ce stade, mais il est quand même devenu semi-professionnel. Cela est dû à de nombreuses contraintes au niveau de l'organisation mais aussi de la part des troupes participantes.
Quelles sont ces contraintes qui ont empêché le festival de grandir '
N'importe quel festival dispose d'une enveloppe budgétaire supérieure à celle du festival amateur. Pour se professionnaliser il faut mettre le paquet. Mostaganem dispose des espaces et il y a un grand nombre d'associations de théâtre, mais cela n'a jamais été exploité. Cette année, le nouveau commissaire a non seulement impliqué les associations de la ville mais les a également responsabilisées. L'organisation de spectacles dans les sièges des associations comme El Moudja, a été un succès au point de nous faire oublier la compétition du festival. Le festival doit impliquer les associations théâtrales au niveau local et national. A un certain moment le festival amateur de Mostaganem a été jumelé avec celui de Constantine. Je ne comprends d'ailleurs pas pourquoi cette tradition a disparu au fil des années.
Vous avez évoqué une coupure au bout de la 15e édition, qu'elle est sa nature '
Il n y a pas eu de continuité à cause de la politique, mais je reste optimiste car ce festival a atteint 45 ans. Il a même survécu à la décennie noire, il a vraiment tenu le coup. J'ai beaucoup appréhendé cette édition car si le nouveau commissaire avait échoué, cela voudrait dire que le festival va devenir une simple activité annuelle sans but, et j'ai horreur de l'activisme car cela ne correspond pas à la politique du festival.
Concernant les troupes amateurs qui viennent chaque année, qu'avez-vous relevé'
Quand on voit les troupes qui viennent actuellement, on constate que le théâtre algérien se porte bien, mais il y a également le revers de la médaille. Tous ces jeunes là veulent devenir professionnels et vite ! Cela est tout à fait compréhensible vu le fort taux de chômage. Pour résoudre ce problème il faut d'abord prendre en charge les besoins de l'amateur en lui offrant des conditions de travail confortables, et cela bien avant le stade professionnel, les espaces et les lieux de rencontres et de formations. Le festival a bien compris cela, il a même réussi à maintenir l'activité des amateurs. El Moudja a participé plus d'une vingtaine de fois au festival sans aucun sous. Nous nous sommes débrouillés avec les moyens du bord et c'est cela être amateur.
Durant le festival, certaines personnes ont jugé que certaines troupes n'ont pas le statut d'amateur, que pensez-vous de cela '
Ce que j'ai vu, c'est qu'il a des troupes de jeunes amateurs qui viennent avec subventions et des sponsors, je trouve que du moment que ces jeunes ont eu les moyens de faire quelques chose il faut que l'on soit plus exigeant avec eux pour rehausser la qualité des productions. Il faut qu'ils comprennent qu'ils sont chanceux et qu'ils ont une certaine responsabilité. A mon avis, ces troupes là sont semi-professionnelles du moment qu'elles sont subventionnées. El Moudja n'a plus participé au festival depuis les années 2000, car je trouve qu'il est injuste de notre part de participer, il faut donner la chance aux nouveaux. Pour les anciennes troupes, il faut qu'elles s'intéressent à former des jeunes. Je pense qu'il faut même aller vers un règlement plus strict pour la qualification des troupes et disqualifier les semi-professionnelles.

Vous avez longuement boycotté le festival et là vous faite un come back, y a-t-il eu un déclic '
J'ai boycotté le festival ces dernières années, mais quand j'ai appris l'installation d'un nouveau commissaire j'ai décidé d'assister à la soirée inaugurale durant laquelle j'ai compris que les choses vont changer. La jeunesse fait la force de ce festival, les organisateurs de cette année ont compris qu'il s'agit d'abord de créer un espace de rencontres et d'échanges pour les jeunes. Ce que je trouve déplorable c'est qu'il y a des gens qui viennent au festival pour s'enfermer dans les hôtels, sachant que cet événement a été lancé pour rapprocher les créateurs entre eux.
Aujourd'hui El Moudja a trouvé refuge dans une ancienne école primaire, des projets pour ce nouvel acquis '
Nous avons eu le feu vert pour aménager l'espace dont nous disposons, une ex-école primaire. Ce que je prévois pour El Moudja c'est de faire de ce lieu une école de théâtre d'ici 3 ans. Nous avons déjà entamé des ateliers de formations, notamment avec une troupe de Mila et, au début 2013, nous allons lancer des formations payantes non seulement pour les amateurs mais aussi pour nos artistes professionnels, car il est toujours bon de se remettre en question et revenir vers les planches. Le théâtre qui ne se recycle pas est foutu. Ce que je vois à la télévision m'attriste, nos stars ont stagné, elles ont besoin d'une mise à jour.
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