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OUYAHIA



Dans un climat d'incertitudes politiques où le gouvernail semble obéir au seul vent soufflant en direction de 2019, la marge de manœuvre d'Ouyahia paraît se réduire progressivement mais sûrement. Les évènements qui se succèdent le prouvent chaque jour, donnant l'impression de replonger dans l'atmosphère d'un été pas si lointain.Abla Chérif - Alger (Le Soir) - Les faits parlent d'eux-mêmes. En moins de temps qu'on ne l'aurait cru, l'image du Premier ministre arrivé tonitruant et sûr de lui s'est transformée en celle d'un homme attaqué, parfois «réorienté» ou carrément désavoué dans certaines décisions. Il en est ainsi de l'affaire de la privatisation des entreprises publiques. Pour parer à la crise financière qui frappe de plein fouet le pays, ce dernier a publiquement fait part de sa volonté (décision ') d'ouvrir le capital des entreprises publiques ou de procéder carrément à leur vente. La mesure, a-t-il fait savoir, concernerait «un certain nombre d'entreprises publiques dont la situation financière se détériore en raison des problèmes liés au plan de charge et à la gestion ». «Des hôtels et minoteries devant être rachetés par des acquéreurs locaux» sont cités en exemple. L'idée transformée en «débat» national au cours des deux derniers mois de l'année écoulée a pris un aspect officiel le 23 décembre. Lors d'une tripartite réunissant l'UGTA et les organisations patronales, Ouyahia annonce sa décision «d'ouvrir le capital des petites et moyennes entreprises dépendant de l'Etat dans le cadre de la loi». L'appui de l'UGTA et des entreprises patronales est sollicité. L'idée s'est donc transformée en décision qui tourne cependant court très rapidement. Quelques jours après cette réunion, Ould-Abbès surprend tout son monde en convoquant à son tour une tripartite. Elle a lieu au tout début du mois de janvier et développe un discours allant à contre-sens de celui développé par le Premier ministre. «Pour nous, dit-il, il n'y a pas de privatisation ni d'ouverture du capital des entreprises publiques. Nous sommes favorables à un partenariat avec les PME qui sont en difficultés financières, mais pas avec les grandes sociétés.» Les propos émanant d'un homme réputé répercuter essentiellement le discours du cercle présidentiel sont immédiatement perçus comme un désaveu cinglant au projet du Premier ministre. Le fait se confirme officiellement avec la diffusion, peu de temps après, d'une directive présidentielle interdisant toute privatisation des grandes et petites entreprises publiques. La réaction d'El- Mouradia est perçue comme un véritable désaveu. Un revers faisant suite à une autre situation similaire observée quelque temps auparavant. Impossible d'oublier en effet la «facilité» avec laquelle Ouyahia est «revenu» sans explications sur sa sélection des concessionnaires automobiles. Le 25 décembre dernier, il avait annoncé avoir établi la liste de dix concessionnaires (sur 84 prétendants) pour l'assemblage des véhicules avant de se rétracter une semaine plus tard en adressant une note (dont une copie a été transmise à la présidence) différant à une date ultérieure (inconnue) cette décision. L'affaire avait soulevé de nombreuses interrogations d'autant que Ould- Abbès était, cette fois encore, intervenu publiquement pour qualifier la sélection d'Ouyahia d'incompréhensible. Et puis il y a aussi cette affaire remontant, celle-là , aux premières semaines ayant suivi sa prise de fonction. Des informations, qui se sont très rapidement vérifiées sur le terrain, avaient fait alors état d'une «injonction verbale» émanant des hautes sphères dirigeantes enjoignant le PM de tempérer son discours trop «cru» pouvant avoir des effets dévastateurs sur une société déjà rudement éprouvée par la crise. Làaussi, le fait s'est vérifié très rapidement, et, du ton alarmant, Ouyahia est passé très rapidement au discours rassurant et notes d'espoir transmises aux Algériens. Depuis, le sentiment d'avoir en face un Premier ministre en perte de vitesse n'a fait que se préciser. Et la dernière directive présidentielle interdisant à celui-ci la vente des entreprises nationales n'est pas faite pour la modifier.
Beaucoup s'interrogent, d'autre part, sur l'absence de réaction du PM dans l'affaire qui a éclaté récemment avec l'ancien ministre de l'Energie. Critiqué par le porte-parole du RND lors d'une émission télévisée diffusée par Dzaïr TV, Chakib Khelil a très violemment réagi à l'encontre d'Ouyahia accusé d'avoir «menti, floué et mené les Algériens dans un état de pauvreté extrême». En des termes très durs, il a également rappelé l'épisode des cadres injustement incarcérés et d'avoir «complètement failli à sa mission». Pour des raisons inconnues, ce dernier s'est gardé de réagir envers celui qu'il avait présenté aux Algériens comme étant une victime de la justice dans l'affaire Sonatrach. La crise a été, quant à elle, perçue comme étant une affaire probablement liée à la course en cours vers 2019. Ouyahia, torpillé en raison des rumeurs qui l'ont souvent présenté comme candidat potentiel aux présidentielles ' Contrairement à Chakib Khelil qui a laissé la voie ouverte à toutes les supputations, la candidature de Ouyahia a, en tous les cas, été démentie par ce dernier. «Je ne me présenterai jamais contre le Président Bouteflika», a officiellement fait savoir le PM en novembre dernier. Mais sa fidélité lui évitera-telle de faire les frais d'une situation qui semble s'accélérer ' Les faits ayant précédé le départ de son prédécesseur, Tebboune, ressemblent, à s'y méprendre, à la situation en cours, accusations et intrigues en moins.
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