Dans l'intimité des foyers comme dans l'espace public, les violences faites aux femmes se banalisent. Le système patriarcal, continuant de consacrer la dominance masculine, empêche de donner un sens à des lois qui sont de fait vidées de tout leur sens. L'Algérie célébrera demain la journée internationale de lutte contre les violences faites aux femmes avec un bilan peu reluisant.Nawal Imès - Alger
(Le Soir) - Comme chaque année à l'occasion de la célébration de la journée internationale de lutte contre les violences faites aux femmes, des statistiques sont dressées. Elles font état de l'enregistrement de 7 061 cas en neuf mois.
Les victimes sont pour la plupart âgées de 26 à 35 ans et ne travaillent souvent pas. Il ne s'agit là que de la face visible de l'iceberg.
Combien sont-elles à souffrir en silence ' Combien sont-elles à subir des violences de tous genres sans pouvoir dénoncer leurs bourreaux ' Probablement trop nombreuses à subir la loi de l'omerta au nom d'un système sociétal qui impose de ne pas dénoncer mari, père ou frère. Les violences conjugales et intrafamiliales sont les plus fréquentes. Elles ont cette particularité d'être frappées du sceau du secret. Celles qui ont osé dénoncer ont subi le parcours du combattant. Dès le dépôt de la plainte, les pressions sont énormes. Elles émanent en premier lieu de l'officier de l'ordre qui perd toute neutralité pour tenter de dissuader les victimes de dénoncer un membre de sa propre famille.
Très souvent, les victimes ont en face d'elles des personnes qui ne comprennent pas leur démarche. Pire, ils la condamnent. Et ce n'est là que le début. Si la plainte est jugée recevable, c'est toute la famille qui se mobilise non pas pour soutenir la victime mais pour la dissuader de jeter la honte sur la famille. Elle est priée de pardonner au risque d'être souvent bannie.
Lorsqu'en décembre 2015, des dispositions criminalisant les violences à l'encontre des femmes, dont les violences conjugales, sont adoptées, les acteurs de la société civile ont très vite déchanté. Vidant la loi de tout son sens, le législateur a introduit la notion du «pardon» permettant l'abandon de toutes les poursuites si la victime pardonnait. C'est le tollé au sein du mouvement associatif. Pardonner ' Comment peut-on parler de pardon lorsque l'on sait dans quel climat de pression et de torture morale ce dernier est souvent arraché. L'intrusion souhaitée du droit dans le cercle de la famille est de fait presque sans impact. C'est dire que le combat pour que les violences faites aux femmes ne soient plus banalisées est encore long. Il nécessite une mobilisation de toute une société afin que l'image de la femme, véhiculée dans les médias, dans les livres scolaires évolue. Il nécessite également une réappropriation de l'espace public dans lequel les femmes sont des intruses.
Le harcèlement tant moral que sexuel est une autre forme de violence que subissent des milliers de femmes, dans la rue, sur les lieux de travail, dans les transports en commun. Il fait partie de leur quotidien au moment où l'Assemblée générale des Nations-Unies a adopté, au niveau de la 3e commission en charge des questions sociales, humanitaires et culturelles, une résolution assimilant le harcèlement sexuel à l'encontre des femmes à une violation des droits de l'Homme.
Cette résolution a été votée pour marquer la Journée internationale pour l'élimination de la violence à l'égard des femmes. C'est dire que le chemin vers l'égalité mais surtout la justice est encore long, trop long.
N. I.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Nawal Imès
Source : www.lesoirdalgerie.com