
Quand une épingle à cheveux atteint le prix astronomique de 100 000 euros, cela donne une petite idée du raffinement et de la beauté exquise qui a été réservée aux visiteurs de l'exposition époustouflante « Hair » chez le galeriste Yann Ferrandin.Présentée au «Parcours des mondes», le plus grand rendez-vous mondial des arts premiers qui s'est tenu jusqu'au 11 septembre à Paris, l'épingle zoulou fait partie d'une centaine d'ornements destinés aujourd'hui à la vente et qui permettait jadis à sublimer les chevelures en Afrique, en Asie et Océanie. Qui est prêt à investir un euro par cheveux sur la tête pour magnifier la magie de sa chevelure ' Eh bien, l'épingle zoulou du XIXe siècle, une silhouette féminine très stylisée et gracieuse, mise à prix pour plus de cent mille euros, a déjà trouvé preneur, raconte le galeriste Yann Ferrandin, visiblement ému de se séparer de sa collection qu'il a réunie pendant plus de vingt ans : « C'est une épingle, mais qui servirait aussi à cuilleron à priser le tabac ou des substances un peu plus hallucinogènes. Les Zulu partaient souvent de nombreux jours à la guerre ou à la chasse et emportaient avec eux très peu de choses dont ces épingles qu'ils fixaient dans leurs cheveux. Ils leur permettaient par moments de sniffer des substances «remontantes», surtout quand ils allaient se battre. Cette épingle est particulièrement belle : elle pourrait être issue de l'art cycladique, 2000 ou 3000 ans avant J.-C., ou être attribuée à un artiste moderne français au début du XXe siècle. Sa sobriété fait qu'elle est universelle.» Parcourir le monde pour des épingles à cheveux et des peignes Dans sa galerie, rue de Seine, à Paris, Yann Ferrandin, marchand spécialisé en art tribal, expose une centaine de chefs d'?uvres, souvent inédits. Sa passion est née d'un peigne de Côte d'Ivoire qui l'avait incité à lancer une collection et parcourir le monde à la recherche d'accessoires de parures capillaires : « Ce sont des bijoux, mais pour des sociétés tribales, le peigne revêt une connotation autre que juste sa fonction. C'est aussi un objet d'apparat, de pouvoir, pour montrer l'appartenance à un clan, à un statut social, et puis, bien souvent un rapport avec le monde des esprits. » Paradoxalement, les cheveux sont les grands absents de l'exposition Hair, mais leur charge symbolique reste omniprésente et permet tous les fantasmes. Les épingles et peignes nous envoient dans un univers de la séduction et de l'intimité, doté d'affection et de sexualité. Entrer dans ce théâtre de la sensualité, c'est risquer de succomber à la tentation : « J'ai eu ce matin une femme qui est tombée amoureuse d'un peigne figuratif très abstrait du Ghana. Juste après, un homme a acheté un peigne d'Océanie qui fait rêver, en tressage végétal. Vous voyez, cela touche tous les sexes et tous les âges. » L'art millénaire de la coiffure dans toutes les cultures L'extrême raffinement et diversité des ornements présentés comme des sculptures reflètent l'importance et la variété des chevelures à travers les époques et les cultures : tantôt plutôt lisse, tantôt plutôt gras, crépus ou frisé, comme les coiffures, le brassage des esthétiques et la recherche de la créativité dans les ornements ne connaissent pas de limites. Une épingle en écaille de tortue issue du Japon de l'ère Meiji rivalise avec la force et la poésie d'un haïku. Le peigne Hai Kara de la partie orientale de Sumba, Indonésie, symbolise l'arbre de vie et le monde des ancêtres. Au Ghana, un peigne Ashanti se transforme en poupée de fécondité et une ?uvre du XIXe siècle de la Côte d'Ivoire suggère de porter un couple enlacé entre ses cheveux. « En Océanie, on va beaucoup utiliser les matières végétales, la vannerie, les pigments, les terres, les tressages, explique Yann Ferrandin. En Afrique, on a plus de matériaux de base : on peut sculpter le bois, l'ivoire. En Indonésie, il y a un rapport avec les matières de la mer, l'écaille de tortue qu'on retrouve aussi en Océanie, la corne du buffle, et puis le bois. Après, on se rend compte qu'on retrouve des formes très similaires dans des cultures très éloignées. C'est très intéressant de voir cette jonction entre les peuples. »
-
Votre commentaire
Votre commentaire s'affichera sur cette page après validation par l'administrateur.
Ceci n'est en aucun cas un formulaire à l'adresse du sujet évoqué,
mais juste un espace d'opinion et d'échange d'idées dans le respect.
Posté par : presse-algerie
Ecrit par : S F
Source : www.lnr-dz.com